Le numérique, un outil pour accélérer l'éducation pour tous-Unicef-DR
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Education : Repenser l’école de demain

Alors que 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore, le défi n’est plus seulement d’intégrer les nouveaux outils technologies dans nos systèmes éducatifs mais de repenser les modèles de formation sur le continent, à l’aune des défis et opportunités de la 4révolution industrielle. Analyse.

Par Dounia Ben Mohamed 

La technologie n’aura pas attendu la pandémie de Covid 19 pour apporter des solutions aux problématiques liées à l’éducation en Afrique. Ceci dit, avec la fermeture des écoles provoquée par la crise sanitaire en 2020, les outils numériques sont devenus du jour au lendemain la seule alternative pour continuer à étudier et enseigner à distance. Résultat, l’intégration de la technologie dans les systèmes éducatifs a encore accéléré. Avec un impact tangible : les études démontrent qu’en Afrique comme ailleurs dans le reste du monde, les technologies numériques appliquées à l’éducation (les « EdTech ») ont permis de maximiser les potentiels de l’apprenant, en l’amenant à être plus compétitif et adaptable sur le marché de l’emploi. 

De fait, la numérisation des procédés d’enseignement, de formation et plus largement d’éducation, offre des possibilités d’amélioration significative des systèmes éducatifs du continent : enrichir l’offre pédagogique, palier au déficit de manuels pédagogiques et d’enseignants, relever le défi de l’apprentissage individualisé, de la massification des salles et de l’accès aux plateformes d’échanges, réduire les distances matérielles entre les sources d’information, de formation et les apprenants… Tous ces éléments positifs sont autant de promesses que concrétisent déjà (partiellement) les EdTech, qui bénéficient par ailleurs à plein de l’actuelle transition numérique (72 % de la population africaine détenait un téléphone portable en 2020, selon les données de l’UIT- l’agence onusienne de développement des télécommunications- 58 % ayant accès à la 4G).

« À l’aune de la 4révolution industrielle, l’intégration de la technologie ne suffit plus. Il faut repenser les modèles éducatifs et inventer des solutions innovantes pour un accès universel à une éducation de qualité pour tous »

Mais alors que l’Afrique subsaharienne est la région la plus dynamique du monde en matière démographique (2,49 % de croissance annuelle en 2020, soit deux fois et demi la moyenne planétaire)- avec une forte majorité de jeunes (60 % de moins de 25 ans)-, à l’aune de la 4révolution industrielle, l’intégration de la technologie ne suffit plus. Il faut repenser les modèles éducatifs et inventer des solutions innovantes pour un accès universel à une éducation de qualité pour tous. Flairant le filon, de grands groupes internationaux ou panafricains investissent déjà massivement dans les secteurs de l’éducation et de la formation, ce qui contribue au renforcement des infrastructures TIC ainsi qu’à la réduction progressive de la fracture numérique. Du côté des pouvoirs publiques, de nombreux États africains ont lancé- et ce depuis plusieurs années- des programmes d’alphabétisation de masse, mené des initiatives visant à garantir la connexion internet dans les zones les plus reculées ou bien encore fourni du matériel aux écoles les plus démunies. Ces engagements sont à encourager car ils sont les piliers sur lesquels s’appuiera l’Afrique de demain.

Le défi aujourd’hui est d’adapter le système éducatif aux besoins des économies africaines, en pleine mutation, et d’assurer ainsi à la jeune africaine- encore trop souvent attirée par les mirages de l’immigration dans les pays du Nord « vieillissants »- une formation accessible, de qualité, épanouissante et en mesure de lui fournir des opportunités professionnelles sur place. 

« C’est une véritable révolution qui devra s’opérer en matière d’éducation et de formation »

Or, pour Didier Acouetey, président d’AfricSearch, le premier cabinet de recrutement de ressources humaines africaines, le modèle actuel « a craqué ».  « L’ensemble des études montre que le manque d’éducation et l’inadéquation des compétences sont les principaux obstacles que rencontrent les jeunes sur le marché du travail en général. L’Afrique n’échappe pas à cette réalité et ceci est démontré notamment par le taux élevé de vacance de postes dans certains pays, en présence d’un chômage massif, ce qui confirme l’existence d’un décalage entre l’offre et la demande de qualifications », observe le recruteur togolais. 

Une logique implacable qui, au vu de la trajectoire démographique du continent- 420 millions de jeunes de 15 à 35 ans aujourd’hui et 830 millions attendus à l’horizon 2050, avec seulement 3,1 millions d’emplois créés chaque année pour 10 à 20 millions de jeunes africains arrivant dans le même temps sur le marché du travail- ira en se renforçant. Davantage, avec 85 % des emplois de 2030 qui n’existent pas encore, selon une étude conjointe de la société informatique américaine Dell et du think tank californien « L’Institut pour le futur », il apparaît de toute évidence que « c’est une véritable révolution qui devra s’opérer en matière d’éducation et de formation », exhorte Didier Acouetey.  

De nouveaux entrepreneurs ont investi le secteur de l’éducation au cours des vingt dernières années

Le secteur privé a compris cet enjeu majeur pour les États et les sociétés africaines avec toute une classe de nouveaux entrepreneurs qui ont investi le secteur de l’éducation au cours des vingt dernières années, à l’image de la multiplication récente des établissements supérieurs, axés sur les STEM notamment. Des matières scientifiques qui correspondent justement aux besoins croissants d’expertise technique dans tous les domaines clés du futur (Biotechnologie, robotique, IA, Big data…). Le mouvement est donc lancé mais beaucoup reste à faire…

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