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Education : l’enseignement des STIM de plus en plus plébiscité sur le continent

Mises en lumière pendant la crise sanitaire, en raison des nombreuses innovations médicales survenues au cours de cette période de pandémie, les disciplines scientifiques ont le vent en poupe sur le continent. Un mouvement en grande partie nourri par les pouvoirs publics africains, de plus en plus conscients des enjeux liés aux sciences et aux technologies. 

 Par Ange Iliza, à Kigali

En Afrique de l’Est comme ailleurs sur le continent, le débat a de tout temps été nourri lorsqu’il s’agit d’évoquer l’utilité comparative des principales disciplines académiques : les sociétés ont-elles plus besoin de savoirs scientifiques, les fameuses STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques), ou au contraire de connaissances en sciences humaines (­sociologie, psychologie, anthropologie, etc.) et en humanités (littérature, histoire, philosophie, arts) ?  La crise liée au Covid-19 a (temporairement) mis fin à ces vifs échanges en mettant en évidence le rôle décisif de la recherche et de l’innovation dans la lutte contre la pandémie, avec notamment la conception de vaccins efficaces en un temps record.  Les dirigeants africains se sont alors emparés du réseau social Twitter pour prendre position sur cette question. « Nous ne devrions pas débattre de cela ; les arts ont un rôle à jouer mais pour qu’une société survive, elle ne doit pas être à la traîne en matière de sciences et de technologie. Ne perdons pas notre temps avec des arguments hors sujet », a ainsi asséné le président ougandais Yoweri Museveni sur son compte Twitter, le 13 octobre. 

De fait, cette attractivité nouvelle pour les matières scientifiques intervient après que de nombreux pays d’Afrique de l’Est ont introduit des programmes d’études basés sur les compétences scientifiques au cours des cinq dernières années. Bien que ces dispositifs de formation aient rencontré leur lot de difficultés, notamment le manque de ressources, il n’en demeure pas moins que cette politique commence à porter ses fruits. 

Parmi les 20 pays qui « sur-performent » le plus en matière d’innovation par rapport à leur niveau de développement, six viennent d’Afrique de l’Est et australe

Publié par la Cornell University, l’INSEAD Business School et l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, l’Indice mondial de l’innovation (Global Innovation Index) note ainsi que parmi les 20 pays qui « sur-performent » le plus en matière d’innovation par rapport à leur niveau de développement, six viennent d’Afrique de l’Est et australe, à savoir le Kenya, le Mozambique, le  Rwanda, Madagascar, l’Afrique du Sud et le Malawi. Le point commun des pays sus-cités ? Leurs gouvernants ont tous fait de la science une priorité nationale. 

Pour améliorer encore ces résultats, le ministère rwandais de l’Education a depuis début octobre- date correspondant au début de  l’année scolaire- introduit un programme hebdomadaire de formation professionnelle des enseignants sur ces disciplines, dispensé après les heures de cours. Chaque mercredi après-midi, les enseignants se réunissent ainsi et choisissent un sujet d’intérêt pour lequel ils peuvent demander une formation personnalisée. Ce nouveau dispositif s’ajoute au fait que plus de 80 % des écoles secondaires du Rwanda peuvent accéder à au moins 50 ordinateurs connectés, via le programme « Smart Classroom (Classe intelligente) », ce qui permet aux enseignants et aux élèves d’utiliser les outils numériques mis à leur disposition pour faire des recherches et s’informer sur les sciences. 

Une politique volontariste de promotion des STIM

Une politique volontariste que salue Herine Otieno, la directrice des programmes de formation des enseignants au très élitiste Institut africain des sciences mathématiques (African Institute for Mathematical Sciences, plus connu sous l’acronyme AIMS) de Kigali. « Le Rwanda a délibérément investi dans la promotion des cours de STIM dans les écoles, non seulement dans les villes mais aussi dans tout le pays. Les [Smart Classrooms] , les enseignants formés et les environnements d’étude facilités par des programmes tels que les programmes d’alimentation scolaire, entre autres, ont permis aux étudiants et aux enseignants de suivre plus facilement les cours de STIM, qui nécessitent généralement beaucoup de ressources », se félicite la responsable pédagogique. 

Mieux, le nombre de filles suivant des cursus « STIM » a augmenté de manière significative au cours des dernières années ; à tel point que lors de la proclamation des résultats de l’examen national cette année, très orienté « sciences », la majorité des dix meilleurs élèves du pays étaient des filles. Pour Herine Otieno, « c’est un indicateur fort que les disciplines STIM prennent racine », et ce même si « il y a encore des domaines à améliorer, notamment en termes de ressources, comme le ratio étudiants/manuels et les laboratoires pour les cours de sciences ».  

Une dynamique à l’œuvre sur tout le continent

Loin de se cantonner au pays des Mille Collines, cette dynamique visant à renforcer les filières scientifiques est aussi à l’œuvre dans plusieurs autres nations du continent. En Afrique de l’Ouest, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Burkina Faso ont notamment rejoint l’Initiative des conseils subventionnaires de la science en Afrique subsaharienne (SGCI), dont l’objectif est de  booster la recherche scientifique à l’échelle panafricaine. Idem au Kenya, un autre pays est-africain qui a également adopté un programme éducatif basé sur les compétences scientifiques, et où des structures reconnues telles que le centre d’innovation Fablab Winam sont devenues des lieux de réflexion et de pratique pour les scientifiques, ingénieurs et designers. « Nous concevons et réalisons des outils nécessaires à la vie quotidienne, tels que des meubles, des machines et des outils personnalisés. La communauté autour de notre atelier est le marché cible », explique Martin Oloo, l’initiateur du projet, qui rappelle par la même occasion que le Fablab Winam n’est que « l’un des 1700 laboratoires de plus de 100 pays qui contribuent à faire progresser les connaissances en matière de STIM et à inspirer les jeunes ». Sa formule innovante a depuis été répliquée au Rwanda, où elle sert le même objectif que les établissements de formation technique et professionnel du pays, de plus en plus plébiscités (366 recensés à fin juillet 2021 pour un effectif total de 91 440 étudiants) : tous offrent une plateforme d’apprentissage et de pratique aux STIM. 

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