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Édito Comment renforcer la compétitivité des Startups africaines ?

Demandez à un acteur dans l’entrepreneuriat de vous définir une startup, vous trouverez une floraison de définitions. Une startup conserve cependant une qualité intrinsèque qui la caractérise :  c’est la vélocité ou cette aptitude à croître de manière (hyper) rapide pour devenir un géant. 

Par Edith Brou, CEO of ACG Entreprises 

Aux États-Unis, il faut compter juste 10 ans en moyenne pour une startup qui a trouvé son modèle économique pour se retrouver lister sur une place boursière et devenir ainsi un jackpot pour ses fondateurs et actionnaires et une additionalité bien souvent positive pour la société.

Pour renforcer la compétitivité des startups africaines en vue d’en faire des géants de demain, je voudrais emprunter l’analogie de l’écosystème. En biologie, un écosystème est un ensemble formé par une communauté d’êtres vivants en interrelation avec leur environnement. Les composants de l’écosystème développent un dense réseau de dépendances, d’échanges d’énergie, d’information et de matière permettant le maintien et le développement de la vie. 

La vie et le succès d’une startup est ainsi portée par un écosystème qui comprend de nombreuses parties prenantes : entrepreneurs eux-mêmes,  investisseurs, pouvoirs publics, universités et lieux de recherche, grandes entreprises, organisations d’appui à l’entrepreneuriat et prestataires de services….tous avons donc un rôle à jouer. 

Nous voudrions faire ici un certain nombre de recommandations : 

Pour Un État plus interventionniste

Il faut en finir avec l’idéologie ou la perception que nos pouvoirs publics ne sauraient jouer un rôle important pour les startups. En Afrique plus qu’ailleurs, la nature historiquement extrovertie de nos économies et ses implications doit susciter un activisme énergique de nos pouvoirs publics.

L’État s’apparente à un couteau suisse qui dispose de nombreux outils pour appuyer les jeunes pousses: adopter des mesures d’incitation fiscales et non-fiscales, soutenir le financement des startups, booster l’infrastructure orientée entrepreneur, dérouler l’Internet public gratuit, équiper ses citoyens de compétences numériques au travers decursus refondés, attirer et faciliter l’implantation de programmes de classe mondiale d’appui aux startups (bootcamps, accélérateurs, écoles de code…),, devenir un adopteur précoce des innovations de startups et j’en passe. On le voit avec l’exemple toujours en construction du Rwanda quand pour sa part, la Sierra Leone vient de nommer son premier Directeur national de l’innovationrattaché directement à la présidence.

Les États gagneraient à faire refléter dans leurs programmes nationaux de développement un choix d’investissement clair sur des secteurs jugés prioritaires (où le pays dispose déjà ou non d’un certain avantage compétitif) et d’accompagner vigoureusement l’éclosion et le développement de startups dans ces secteurs. 

Les grandes villes africaines ne devraient non plus rester en marge. L’Alliance des villes européennes pour les startups (SCALE)recense pas moins de 19 initiatives de municipalités ayant ainsi mis sur pied des programmes ou des agences de développement économique et d’innovation pour créer des micro environnement favorables pour les startups résidentes dans leurs villes.

En Afrique, la plus ancienne et trop rare initiative Silicone Capedepuis 10 ans est un catalyste de l’innovation tech pour la région du Cape (Cape Town notamment) en Afrique du Sud quant la ville-état de Lagos au Nigéria finance depuis 2017 Code Lagosqui forme gratuitement ses citoyens au code.

Des Startup Act…………………..mais aussi du financement innovant

Depuis l’adoption d’un Startup Act en Tunisie qui est un cadre juridique dédié aux Startups

pour faciliter leur lancement et leur développement; de nombreux pays africains essaient d’emboîter le pas. La question du financement y occupe une place centrale. 

Les startups africaines continuent cruellement de manquer de financement en phase de pré-démarrage et de démarrage. Il nous faut en amont financer une masse critique de jeunes startups pour espérer voir émerger des pépites. Le Maroc montre la voie avec le récent programme 212 foundersqui offre un dispositif de financement complet de l’amorçage à la série A portée par CDG (via CDG Invest), une institution financière publique qui gère l’épargne à long terme au Maroc.

Par ailleurs, la mobilisation de sources de financement non-traditionnel est insuffisamment regardée. Nous proposons par exemple qu’une partie du bénéfice net des loteries nationales sert à financer des startups. Des précédents existent: la loterie néerlandaise Dutch Postcode dédie un millions d’euros chaque année pour financer des startups dans l’environnementquant le Fonds Communautaire de la loterie nationale d’Angleterre octroie plus de 500 millions de livres sterling chaque an en faveur des initiatives citoyennes, dont des entreprises sociales.

Les espaces de coworking et incubateurs ont de la marge pour faire beaucoup plus

Selon GSMA, on recense 442 Tech Hubs en Afrique, ce qui reste un chiffre largement sous-estimé à notre sens. 

L’existence même d’espaces accueillant de jeunes pousses est désormais un acquis: reste la question du déploiement de services à valeur ajoutée!

La constitution de boîtes d’outils d’aide aux startups qualifiés dans le jargon de “Perks” (pouvant comprendre par exemple des crédits d’hébergeur web, outils de productivité gratuits, services juridiques facilités, forfait bancaire, forfait média) nous semble la suite logique pour un accompagnement meilleur. 

En Cote d’Ivoire, à titre d’exemple un seul sur la trentaine d’espaces de coworking et d’incubateurs accueille en son sein un Centre de Gestion Agrééqui est un centre de type privé d’assistance et d’encadrement en matière de gestion, de comptabilité et de fiscalité des PME avec à la clé des avantages fiscaux. 

Des startups décomplexées qui vont à la conquête de ressources

Selon que des entrepreneurs se sentent à l’étroit dans leur environnement, l’autre option envisagée est de partir vers des écosystèmes plus matures de pays différents (avec des opportunités plus nombreuses de levée de fonds et de soutien) via la possibilité qu’offre désormais les visas startup. De nombreuses startups à très haut potentiel au Nigéria l’ont compris et n’hésitent plus à franchir le pas en relocalisant leur entité juridique, voire tout ou partie de l’équipe exécutive aux États-Unis, en Angleterre ou encore en Estonie tout en maintenant leurs opérations chez eux. 

Peut-être qu’un tel électrochoc d’une saignée des talents et de la valeur ajoutée créée est utile pour nous rendre finalement compte que les futures licornes et gazelles africaines ne demandent qu’un écosystème propice pour exploser.