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Echanges commerciaux : Adopter une approche régionale pour être plus compétitif

L’Afrique ne représente que 2% du commercial mondial. Pis, les échanges commerciaux interafricains dépassent à peine les 10%. A titre de comparaison plus de 60% des échanges commerciaux européens se font à l’intérieur de la zone. Des initiatives révèlent qu’une plus grande coopération régionale permet d’être plus compétitif.

« L’accès au marché n’est plus le plus grand défi, c’est toujours une problématique, mais le problème le plus important actuellement c’est tout  un éventail de barrière non tarifaire. On commencer par atteindre ses voisins en levant les barrières tarifaires. C’est le moment de faire des changements. Améliorer le climat des affaires par le renforcement des infrastructures notamment (…) Travailler ensemble va nous permettre de nous développer encore plus. » Cette analyse, signée du Dr Donald Kaberuka, économiste et ancien président de la Banque africaine de développement, touche à un des défis majeurs de l’Afrique, à savoir augmenter la part de sa participation au commerce mondial, de l’ordre de 2% aujourd’hui, en commençant par accroitre les échanges interafricains, entre 10 et 15 % de nos jours.

 

« Le concept de RSE est révolu. Le paradigme aujourd’hui est le suivant : les objectifs sociaux et environnementaux sont très bons pour les affaires et les entreprises. »

 

Intervenant dans le cadre de la 11e Conférence mondiale du Réseau des organisations de promotion du commerce (OPC), qui s’est tenu les 24 au 25 novembre 2016 à Marrakech, réunissant près de 200 décideurs politiques, dirigeants d’entreprises et représentants des OPC Afrique et du monde entier, organisée par Maroc Export en partenariat avec le Centre du commerce international (CCI), le docteur a lancé un appel. « Le concept de RSE est révolu. Le paradigme aujourd’hui est le suivant : les objectifs sociaux et environnementaux sont très bons pour les affaires et les entreprises. Les entreprises qui vont réussir sont celles qui vont les intégrer dans leur business model. J’ai espoir que les OPC puissent expliquer autour d’elles que les choses ont changé, il ne s’agit plus seulement de satisfaire les actionnaires. La plus grande tendance se joue autour de la dynamique démographique. Il va y avoir plus de personnes, plus de jeunes, plus connectés, plus urbanisés. Soit autant de besoin en terme de logements, infrastructures, transports, produits de consommation… C’est là que les affaires vont se faire. » A condition d’anticiper sur ces phénomènes futurs. Ce qui est l’objectif de la conférence dont l’une des thématiques abordées était : « L’Afrique : est-elle la prochaine destination en matière de commerce et d’investissement ? »

 

Encourager les partenariats entre les OPC africaines

 

« J’espère que cette rencontre internationale marquera le début d’une réelle intégration de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales,  déclarait à l’ouverture Zahra Maafiri, Directrice générale de Maroc Export, rappelant au passage que l’institution a été reconnue l’une des deux organisations les plus performantes d’Afrique. Cette conférence est une plateforme d’apprentissage – et nous avons tous beaucoup à apprendre de Maroc Export ! » La conférence étant, entre-autre, l’occasion d’examiner l’évolution de la promotion du commerce et de l’investissement et le poids grandissant de l’Afrique en tant que prochain grand pôle de croissance, elle invitera ses homologues à initier des partenariats entre eux, sur le modèle là encore de « Maroc export » qui collabore avec d’autres OPC d’Afrique notamment. « Il est important que les OPCI coopèrent davantage entre elles et qu’elles se constituent en groupes régionaux. Pas plus tard qu’hier, des OPCI des pays arabes ont donné le ton en créant un réseau régional, ‘ACTION’ (que l’on traduit par le Réseau des organisations de promotion du commerce des pays arabes). Je tiens à vous assurer que nous vous soutiendrons. Et j’espère que des groupements régionaux africains leur emboîteront le pas. »

 

« Nous regrouper nous a permis d’être plus compétitif et d’imposer nos prix alors que les importateurs jouaient sur la division pour baisser les tarifs »

 

D’ici là, certains ont déjà pris l’initiative de se fédérer pour une plus grande compétitivité. Il y a six mois, le Sénégal a pris l’initiative d’inviter ses voisins de la sous-région Afrique de l’Ouest, de créer une plateforme commune d’exportation de mangue. «  Ce qui permet d’être plus compétitif et d’imposer nos prix alors que les importateurs jouaient sur la division pour baisser les tarifs, souligne Malick Diop Directeur général de l’Agence Sénégalaise de Promotion des Exportations (ASEPEX). Aujourd’hui, on mise sur le label pour imposer nos prix. » En plus de pouvoir produire toutes l’année et d’augmenter la production, ce regroupement offre aux pays plus d’opportunités d’atteindre les marchés internationaux. Un modèle en passe d’être généralisé dans la sous-région. « Par exemple avec l’arachide. Nous en produisons 200 000 tonnes par an au Sénégal, que nous exportons en Chine, ce qui n’est pas assez compte tenu de la demande. » L’anacarde également en attendant d’autres produits réunis sous le label « Made in West Africa ». Une alternative concrète à la sous-représentation de l’Afrique dans les échanges mondiaux. « Aujourd’hui, le grande problème qui se pose, c’est le commerce intra-Afrique qui reste très faible, moins de 15%. On ne peut pas continuer à avoir un marché aussi important en termes de consommation et si peu d’échanges régionaux. Le Sénégal exporte à hauteur de 42% en direction de l’Afrique. Notre premier marché sur le ciment que nous produisons est par exemple le Mali, un pays voisin : ce qui induit une baisse des coûts de transport. Il est très important de mettre en place ces structures de coordination pour travailler sur les filières exportatrices. »  Sachant que d’ici 2020, la classe moyenne africaine devait compter 200 000 âmes.


 

Par Dounia Ben Mohamed