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Actualité

Eau et assainissement « L’innovation réside dans les business model, plus que dans la technologie »

Selon les estimations, il faudrait 50 à 60 milliards de dollars par an d’ici 2025 pour assurer à toutes les populations africaines un accès à une eau de bonne qualité. Des fonds difficiles à mobiliser… sauf si on adopte une approche qui inclue tous les acteurs concernés. Y compris les populations locales. C’est du moins le point de vue partagé par les participants de la rencontre organisée par la Cade le 11 février à Paris qui abordait la question des nouvelles de modèles de partenariat public-privé dans le secteur.

Par DBM

« Nous avons déjà traité la question de l’eau en 2015, à l’occasion notamment de la publication du livre L’Afrique et l’eau, mais plutôt sous un angle géopolitique et politique publique. Aujourd’hui, nous avons voulu aller plus loin. Parce qu’il y a encore des territoires où les populations n’ont pas accès à l’eau. Quel est le problème ? » interpelle en guise d’ouverture Roland Portella, Président de la CADE (Coordination de l’Afrique de demain). Modérateur de la conférence, le journaliste Alain Foka prolonge la question et pose les termes du débat.  « Comme 80% des Africains, j’ai vécu la problématique de l’eau, cette denrée si rare. Je viens d’une région, le Cameroun où l’eau est une vraie question. J’ai envie, en sortant d’ici, d’avoir des réponses. Comment donner accès à l’eau potable au plus grand nombre ? 80% de nos maladies viennent de ce manque d’assainissement ? Comment financer cette urgence au regard des difficultés auxquelles sont confrontées les États ? Quels sont les modèles innovants dans la mesure où, 60 ans les indépendances, ça ne marche toujours pas… »

« Il faut une coordination de l’ensemble des acteurs pour apporter une solution durable »

Même si, « beaucoup de progrès ont été faits, assure, chiffres à l’appui, Arthur Minsat, chef de l’Unité Europe-Afrique-Moyen-Orient, centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Mais avec de grandes disparités au sein des régions. Le continent africain est celui qui s’urbanise le plus vite au monde, 15 à 40% en moins de cinquante ans. Ce qui a permis notamment de pouvoir avoir accès à l’eau, et en particulier en Afrique du nord. Pour atteindre les 100% d’accès à l’eau, il va falloir mobiliser 50 à 60 md de dollars par an d’ici 2025. »

Une urgence pour aujourd’hui, pour demain encore plus alors que la population africaine va doubler ainsi que le souligne Diane Binder, vice-présidente du développement international Afrique et Océan Indien, groupe Suez. « 80% de cette croissance démographique se fera dans les villes, se posera alors avec plus grande acuité la question de l’accès aux services de base, notamment l’eau et assainissement. Qui peut y arriver ? C’est à la fois une question simple et compliquée : Il faut une coordination de l’ensemble des acteurs pour apporter une solution durable. C’est à la fois de la responsabilité des États, des opérateurs, publics et privés, des citoyens dans leurs consommations, des industriels… Tous ces acteurs, dont les intérêts ne sont pas toujours alignés, on doit arriver à les faire travailler ensemble pour le bien commun. L’innovation réside en réalité dans l’approche, dans les business model, plus que dans la technologie. »

« Les sociétés civiles sont montées en puissance au cours des dernières années manifestant une exigence de redevabilité »

Reste que les exemples récents (cf. l’affaire Véolia contre Seeg au Gabon) révèlent les divergences entre les trois principales composantes de ce pacte vertueux, à savoir les multinationales ; les responsables publics et les populations. Ces dernières, et c’est là une des innovations majeures, se sont saisies de cette question. « Les sociétés civiles sont montées en puissance au cours des dernières années manifestant une exigence de redevabilité aux pouvoirs publics, relève Jean Bosco Bazie, DG Eau Vive et internationale, auteur de L’Afrique et l’eau. » Selon lequel les ONG ont également leur place dans ces « modèles de PPP innovants ».  « Eau vive est un réseau d’organisations, actif depuis 40 ans en zone sahélienne. Nous mobilisons différents acteurs, et les moyens financiers, pour faire progresser le secteur. Et nous nous réjouissons du fait, qu’au cours de ses 20 dernières années, à force de pousser, la question commence à sortir du ghetto et attire plus grand nombre d’acteurs. Car l’État, aussi puissant soit il ne peut tout faire. Le rôle des ONG a évolué, chacun à sa place, il y a tellement à faire. Or, trop souvent la question a été abordée sous l’angle idéologique, à travers cette idée de privatisation, ce qui a faussé le débat, notamment en raison de l’opacité dans laquelle les contrats ont été négociés, d’où les fantasmes et controverses. »

« Il faut trouver un bon équilibre non pas pour que le service soit rentable mais pour qu’il puisse fonctionner. »

Un point de vue aujourd’hui largement partagé : il n’est plus question de privatisation… mais d’« équation ». Y compris par les multinationales. Du moins d’après Diane Binder. « 50 à 60 milliards de dollars par an d’ici 2025 sont nécessaires pour répondre aux besoins en eau potable et assainissement. C’est une somme colossale. Comment mobiliser les fonds ? Ce que l’on voit souvent, ce sont des bailleurs de fonds qui financent les projets mais ne s’intéressent pas à leur réalisation. Or l’équation est simple : il faut trouver un bon équilibre non pas pour que le service soit rentable mais pour qu’il puisse fonctionner. » Et de citer un exemple d’« inclusivité ». « Au Mozambique, vous aviez une flopée de petits opérateurs privés. Si la SAUR, arrivée dans les années 2000, n’avait pas pris la réalité de la situation et ces opérateurs privés, elle se serait plantée. Aujourd’hui, ces opérateurs ont été intégrés à travers des franchises. »

« Le mot clé est l’inclusivité de tous les partenaires » résume Arthur Minsat. Les femmes, les populations locales, les fondations, les bailleurs, les gouvernements… Les solutions qui ont déjà été essayées peuvent être utiles. » Et de citer les exemples de décentralisation en Tunisie ou au Ghana ; la gestion par contrat à Tripoli ; la coproduction dans les bidonvilles en Afrique du Sud… « On peut également avoir des solutions localisées, comme en Angola, des bons du trésor ont été émis pour mieux gérer cette manne et l’orienter vers les besoins locaux à travers la création du fonds commun d’assainissement. »

Gouvernance, finance et connaissance, les 3 piliers de ces modèles innovants

« Aujourd’hui, il est normal de payer pour recharger son téléphone. Pour l’eau, ce n’est pas évident à faire accepter parce qu’on a encore cette idée que c’est un bien de dieu, qui doit être gratuit. Quand on a, par effet de rattrapage, commencé à faire payer l’eau, qui n’était pas facturé à la valeur du service, on a eu droit à des manifestations monstres dans des pays comme l’Egypte. Des questions liées à la gouvernance mais surtout à l’équilibre financier », déplore Hachmi Kennou, gouverneur honoraire, conseil mondial de l’eau, directeur exécutif de l’Institut Méditerranéen de l’eau. Et d’en conclure : « Les 3 piliers de ces modèles innovants sont : la gouvernance, la finance et la connaissance. »