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E-learning « Je parle l’Afrique 2.0 »

Avec « Je parle l’Afrique 2.0 » Stephie-Rose Nyot Nyot, franco-camerounaise, veut redonner ses lettres de noblesse aux langues régionales africaines. En commençant par le bassa, elle s’attaque désormais au swahili, lingala, bambara, baoulé, wolof…Elle cible principalement les enfants dont les parents veulent perpétuer ce riche héritage immatériel. 

Par Mérième Alaoui 

Une plateforme de cours en ligne https://jeparlelafrique2point0.com, des cartes de naissance ou d’anniversaire, un abécédaire ludique, une chronique mensuelle sur RFI, un partenariat avec Bayard Afrique et Trace Tv… Stephie-Rose Nyot Nyot ne sait plus où donner de la tête. Son projet pour promouvoir les langues régionales africaines, « Je parle l’Afrique 2.0 » a dépassé toutes ses espérances. Face au public du dernier forum de Saint-Louis à Berlin du 19 au 21 septembre, elle a reçu une nouvelle salves d’encouragements enthousiastes.

Tout est parti de la simple page facebook « Je parle le bassa 2.0 ». Lancée en 2013, c’était une façon pour la jeune franco-camerounaise de 31 ans de renouer avec la langue maternelle de ses parents. « Je suis née en France, mais depuis toute petite, on parle bassa à la maison. Une fois adulte, je me suis retrouvée au Québec pour mes études, loin du cocon familial. Je me suis rendue compte que j’avais un peu oublié cette langue si familière. Cela m’a perturbée ». Si la jeune spécialiste en communication est francophone et maîtrise l’anglais, elle réalise que le bassa, principalement parlé au Cameroun par deux millions de personnes, représente beaucoup plus. Une partie de son histoire familiale, ses racines, les codes de son imaginaire.

Se rappeler l’importance de la tradition orale dans le continent

Loin de ses parents, à l’autre bout de planète, elle souhaitait donc se connecter avec d’autres personnes qui partagent ses inquiétudes. Très vite, ils sont plus de 10 000 à la rejoindre. Et le potentiel est important : on dénombre quelques 800 000 locuteurs dispersés dans le monde. Ces Camerounais installés à l’étranger la contactent en premier. Mais aussi ses compatriotes restés au pays. « J’ai découvert que dans la plupart de ces familles, on a met la pression aux enfants pour qu’ils maîtrisent le français et l’anglais et on néglige le bassa. Devenus parents, ces Camerounais ont à coeur de renouer avec cet héritage ».

Après les parents, ce sont les institutions qui contactent directement l’entrepreneuse, mais aussi les médias. « J’ai été très sollicitée car c’est un sujet rassembleur. Les Africains adorent entendre parler de leur langue à la radio par exemple » poursuit celle qui signe désormais une chronique mensuelle sur RFI.

Un imaginaire enfantin plus moderne et plus réaliste 

Car c’est bien d’oralité dont il s’agit. Renouer avec une langue africaine régionale, c’est se rappeler que la tradition orale est au coeur des cultures en Afrique, continent du plurilinguisme par excellence. On dénombre de 200 à 2000 langues différentes avec les dialectes, pidgins et langues créoles pour la fourchette hausse. Stéphie Rose Nyot Nyot a donc privilégié la lecture en phonétique, avec l’alphabet latin. « Le plus important à mon sens est de lire et d’assimiler les mots facilement pour communiquer. Rare sont ceux qui éprouve le besoin de lire un texte en alphabet bassa ! » sourit-elle.

Pour souhaiter l’anniversaire d’un enfant, un lion porte en guise de chapeau un cupcake, deux petites filles noires aux cheveux crépus se trouvent des deux côtés d’une guirlande colorée. La carte pour enfant est la dernière trouvaille. Des traits rigolos et modernes qui reprennent un univers enfantin. Sans les clichés si longtemps véhiculés sur l’Afrique. « C’est très important, les enfants se créent un imaginaire avec ce qu’ils voient et lisent. Nous voulons les débarrasser de ces images négatives sur l’Afrique souvent retrouvées dans les contes etc. Il faut leur apprendre la fierté d’être noir » raconte Doussou, jeune maman franco-sénégalaise charmée par le projet.

« L’Afrique c’est chic »

L’intérêt des langues africaines s’accompagne d’une tendance plus générale et qui devrait perdurer. « C’est un peu comme la mode du wax, quand j’étais jeune, il était inconcevable de porter une robe en pagne. Cela faisait bledard ! Aujourd’hui c’est très tendance » se souvient l’entrepreneuse. Pour elle, le parallèle avec les langues régionales est logique. « L’accent dit ‘africain’ a longtemps été moqué, dans les sketchs de Michel Leeb par exemple. Mais on a tous constaté le succès planétaire de Black Panther dont une partie du scénario est  xhosa », une des onze langues officielles d’Afrique du Sud. Elle analyse le même phénomène dans l’industrie musicale. « Les artistes d’afro trap par exemple font désormais partie des références de la culture populaire moderne aux Etats-Unis mais aussi en France ».

L’entreprise déjà bien lancée s’attaque à de nouveaux terrains d’exploration. Il s’agit de représenter le maximum de langues, du kabyle à l’afrikaans. « Tout est possible à partir du moment ou j’ai assez de contributeurs » précise l’entrepreneuse. A bon entendeur…