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Dr Philipe Yavo, enseignant-chercheur : « Allier le développement urbain au développement durable »

Les villes africaines conçues sur des modèles de développement urbain datant de la période coloniale se trouvent aujourd’hui confrontées à plusieurs défis liés à la forte croissance démographique enregistrée depuis quelques années. Cette situation mène les experts africains à penser à une autre forme de développement urbain désormais ouverte, qui associe l’Etat, les collectivités locales, les milieux économiques et les professionnels urbanistes. Malgré tous les problèmes structurels liés au développement urbain des villes en Afrique, Dr Philipe Yavo, Directeur des Affaires académiques et de la scolarité à l’Ecole Africaine des Métiers d’Architecture et d’Urbanisme (EAMAU) pense qu’il faudra allier le développement urbain au développement durable.

Entretien

Le continent africain enregistre une poussée démographique depuis des années. Quels sont les défis majeurs auxquels font face les villes africaines ?

Les villes africaines font face à de nombreux défis nés de la croissance démographique. Ainsi, nous pouvons citer sur le plan humain des problèmes tels que l’accès au logement décent qui est une problématique importante puisque dans la majeure partie des cas, la production du logement est dominée par l’autopromotion dans un contexte économique difficile. Les besoins en logements augmentent d’années en années, cependant il n’existe pas d’offre structurée pouvant répondre efficacement à ces besoins. Nous faisons face également à un problème d’accès aux services urbains de base tels que l’eau potable, l’électricité, l’hygiène et l’assainissement,… face à la croissance démographique des villes qui nécessitent des investissements importants. Le plus grand problème reste l’accès à l’emploi décent, la pauvreté et la paupérisation d’importantes couches de la population urbaine.

Vous venez d’énumérer les problèmes de l’urbanisation des villes africaines sur la population urbaine. Qu’en est-il du développement physique des villes africaines ?

Sur le plan physique, la croissance démographique se traduit presque linéairement par la croissance spatiale à travers l’étalement urbain et la prolifération de quartiers spontanés. Cela pose un problème de planification et d’aménagement de l’espace urbain. Dans le contexte où cette planification est défaillante, les conséquences sont désastreuses, notamment sur le plan environnemental.

Dans ce cas, comment, selon vous, les Etats africains peuvent-ils relever ces défis ?

Le problème se pose d’abord en termes de planification. Les Etats africains doivent se donner les moyens de planifier efficacement le développement de tous leurs établissements humains. Ainsi, non seulement les grandes villes millionnaires doivent disposer d’outils de planification et d’aménagement urbain, mais aussi toutes les agglomérations. Il convient ainsi d’intégrer la dynamique d’urbanisation à une approche holistique du développement de nos pays. Les villes qui sont créatrices de richesse peuvent trouver en leur sein les ressources nécessaires pour financer leur développement harmonieux. Cela suppose cependant que ces villes soient planifiées et orientées de manière à optimiser les flux économiques et les valoriser pour garantir un développement durable.

Est-ce à dire qu’il faudra désormais penser à une politique pour les villes africaines ?

Il faut nécessairement penser à une nouvelle politique pour les villes africaines. La ville africaine a prouvé que malgré les difficultés structurelles, elle est pourvoyeuse de richesse et de croissance économique. La ville africaine est résiliente. Sur la base de ces constats, nous devons orienter notre développement autour de la perspective d’un continent qui s’urbanise, comme le reste de l’humanité. Il faut donc une nouvelle politique pour la ville, mais il faut également une nouvelle vision du développement du continent. Cette vision devant nécessairement allier le développement urbain au développement durable. Je cite la prochaine conférence des Nations-Unies sur l’urbanisation et l’habitat qui déclame : « Il est temps de penser urbain ».

Le défi démographique a conduit à d’autres défis socio-économiques. Pensez-vous que les différentes politiques élaborées depuis des décennies vont suffire pour donner une autre image aux villes africaines ?

Il ne faut pas s’attarder sur le passif des politiques précédentes. Il faut prendre les avancées comme acquis et développer la nouvelle vision. Sur le plan scientifique, l’Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU) a mené maintes réflexions sur le futur de la ville africaine. Les modèles théoriques existent, qui permettent de corriger les politiques et pratiques, et de mieux faire. Il faut s’y employer. Il faut également mettre l’accent sur la question de la gouvernance qui est une pierre angulaire du développement. La gouvernance du développement urbain doit désormais être ouverte, et il faut associer l’Etat, les collectivités locales, les milieux économiques, les populations, les professionnels urbanistes, ingénieurs, architectes, gestionnaires urbains et bien sûr les scientifiques comme nous à l’EAMAU.

Quel pourra être l’apport des institutions de formation comme la vôtre pour réorienter la politique urbaine des Etats africains ?

Notre école a une offre de formation professionnelle initiale qui permet d’offrir aux Etats africains des spécialistes de haut niveau en architecture, urbanisme et gestion urbaine. Ces produits ont les compétences scientifiques et techniques nécessaires en plus d’être opérationnels dans le contexte particulier de nos pays. L’EAMAU offre également des formations continues et des formations spécialisées aux professionnels en activités, aux cadres et techniciens des collectivités locales, des ministères, des entreprises, etc. L’EAMAU enfin mène des réflexions théoriques et élabore des modèles qui peuvent servir au développement durable à travers des modèles architecturaux, urbanistiques et des procédés de gestion urbaine.

Nous avions un total de 964 diplômés à la date du 10 juillet 2015 et ce nombre va s’accroitre cette année 2016 au prochain Grand Jury des diplômes de Licence en Architecture, Urbanisme et Gestion Urbaine, de Master en Architecture, Urbanisme et Gestion Urbaine, d’Architecte et d’Architecte-Urbaniste. Environ 200 candidats répondront à l’invitation des membres de jury émérites et dont les expertises sont reconnues à l’échelle du continent et du monde.


 

Par Blamé Ekoué

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