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Docteur Bara Ndiaye : « Sensibiliser les femmes enceintes à accoucher dans une structure adaptée »

Former les sages-femmes et le personnel soignant est devenu une priorité en Afrique. Afin de lutter contre la mortalité maternelle et infantile, la première ONG de santé publique en Afrique, l’AMREF Flying Doctors, propose plusieurs programmes d’e-santé. Nous avons donné la parole au Docteur Bara Ndiaye, responsable des programmes de l’AMREF Afrique de l’Ouest, afin de nous en dire un peu plus.

Aujourd’hui et selon les chiffres de l’AMREF, une femme meurt toutes les 3 minutes faute de soins basiques pendant la grossesse ou l’accouchement. Cette première ONG de santé publique en Afrique, créée en 1958, a lancé un programme « Flying Doctors ». Elle estime que 80% des décès maternels pourraient être évités grâce à des sages-femmes. Et pour cela, elle prévoit de former15 000 personnes au métier. Le docteur et responsable des programmes de l’AMREF en Afrique de l’Ouest, Bara Ndiaye, œuvre à sensibiliser les sages-femmes en Afrique à se former par l’e-leargning. Il étudie également les projets, supervise les actions menées en Afrique de l’Ouest. L’AMREF travaille à renforcer durablement les projets en santé publique et a su tisser des liens avec les gouvernements et les communautés. Tout ceci, dans le but de mener à bien ses différents programmes de formation du personnel soignant et des sages-femmes, locaux.

 

Quel constat faites-vous actuellement en Afrique au sujet de la mortalité infantile et maternelle ?

Au niveau de l’Afrique de l’Ouest, les femmes et les enfants sont les plus vulnérables en matière de mortalité maternelle. Rien qu’au Sénégal, la mortalité est de 392 pour 1000 naissances vivantes. En Guinée par exemple, la situation est encore plus préoccupante, nous avons enregistré un taux de mortalité à hauteur de 500 pour 1000 naissances vivantes. Parmi nos objectifs se trouve également celui d’assurer à l’enfant un suivi de qualité jusqu’à l’âge de cinq ans, en lui administrant des soins nécessaires à son développement. Nous tentons de proposer des programmes répondant à chaque problématique. Nous souhaitons renforcer les systèmes de santé africains en invitant les gouvernements et les communautés à participer activement à nos actions. Il faut former les sages-femmes et sensibiliser les femmes enceintes à accoucher dans une structure adaptée.

 

Comment expliquer que ces taux de mortalité soient aussi élevés ?

Le facteur principal qui explique cette mortalité est le peu d’accouchements en structures. Par ailleurs, les femmes n’ont pas toujours accès à des soins provenant de personnel qualifié et bien formé. Le caractère culturel figure aussi parmi les facteurs favorisant la mortalité maternelle et infantile. Les femmes en Afrique ne sont pas assez sensibilisées au fait d’être suivies et d’accoucher dans un hôpital, ou une clinique. Les facteurs d’accessibilité géographiques et financiers expliquent aussi le nombre si important de mortalité maternelle et infantile sur le continent. L’insuffisance des ressources humaines empêche aussi de dispenser des soins de qualité. Nous sommes convaincus que s’il y’avait plus de personnels dans les hôpitaux, chaque femme pourrait bénéficier d’attentions et de soins adaptés à son cas. A tous les niveaux, il existe donc des facteurs permettant d’expliquer ces faits.

 

Pouvez-vous nous présenter les programmes de cette ONG ?

Avant tout, il est intéressant de savoir que l’AMREF « Flying Doctors » mène des programmes de santé, des missions de chirurgie, des formations de personnel médical et paramédical et des évaluations de santé publique dans plus de trente pays en Afrique. Au Sénégal, comme ailleurs, nous agissons sur quatre éléments essentiels à l’être humain. Le premier d’entre eux est la santé de la mère et de l’enfant, ensuite vient celui concernant l’accès à l’eau et l’assainissement, puis l’assistance médico-chirurgicale, sans oublier la formation du personnel de santé. Nous avons trois manières différentes d’aborder ces programmes. La première stratégie permet de lutter contre les éventuels problèmes de santé que peuvent rencontrer les femmes enceintes. La seconde stratégie que nous proposons c’est d’accroître les ressources humaines en matière de santé. Le troisième axe de nos actions est de renforcer l’innovation et la technologie. Ces trois axes nous permettent d’obtenir les quatre projets de santé publique que j’ai précédemment indiqués. Nous souhaitons aussi renforcer l’offre de service au niveau des structures de santé et des services de prestation afin de parvenir à un accès amélioré. Cela aura certainement un impact positif sur la santé des uns et des autres. Il faut savoir que chaque programme comprend une partie consacrée à la prévention, mais aussi à la détection et au traitement.

 

Qui sont vos partenaires ?

 

Nous avons des partenaires institutionnels et privés, qui sont des sociétés en majorité. Ils s’impliquent dans cette logique de partenariat-public – privé, afin d’appuyer les ONG. Ainsi, celles-ci peuvent à leur tour encourager les Etats dans leur stratégie. Leur apport financier au niveau de l’Afrique de l’Ouest est de l’ordre d’un milliard de dollars, chaque année. Cet argent est distribué en fonction des projets bien définis avec une logique d’intervention bien étudiée.

 

Comment sont dispensés les cours de l’AMREF en direction des sages-femmes ?

C’est avec la méthode d’e-learning de l’AMREF que les sages-femmes peuvent se former et se perfectionner. Grâce à une plateforme sur le web, elles peuvent apprendre les cours mais aussi être évaluées. Nous formons des enseignants pour l’utilisation de cette plateforme, mais aussi des tuteurs encadrant les étudiants lors de stages et dans le cadre de la formation professionnelle. Nous proposons également un programme par le biais de la téléphonie mobile permettant de suivre les femmes, préalablement identifiées comme enceintes afin de leur prodiguer le meilleur des suivis et des soins, sans oublier de les rassurer sur l’accouchement en structure. Nous proposons aussi d’accéder aux cours via une valise de télémédecine permettant d’élaborer des stratégies avancées et d’effectuer des échographies, des analyses sanguines…


 

Propos recueillis par Darine Habchi

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