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PME Pour l’émergence de champions africains

Abidjan accueille, les 17 et 18 novembre 2016, la troisième édition de l’Africa SME Champions Forum qui réunira 300 dirigeants de PME et Champions africains, plus de 20 Start Up, une centaine de dirigeants d’Institutions financières africaines et internationales, des décideurs publics et des Experts en développement d’entreprises. Une initiative portée par Didier Acouetey, président fondateur d’AfricSearch, un cabinet spécialisé en RH.

Pourquoi le choix d’Abidjan pour cette édition, après Dakar et Nairobi ?

Cet événement se voulant panafricain, Il est important qu’il se déroule sur les différentes parties du continent afin de faciliter l’interconnexion entre les entreprises, mais également avec les institutions financières. C’est un challenge important, car le forum vise à promouvoir le développement régional et continental des entreprises. Les francophones sont venus en grand nombre à Nairobi à titre d’exemple ; maintenant il s’agira de faire venir les anglophones. Le fait que le commerce intra-africain soit autour de 10 à 15 %, ce qui est très faible, contrairement à des continents comme l’Europe, 60 %, ou l’Asie, 40 %, nous incite à mieux connecter le secteur privé africain, si l’on veut accélérer le développement de l’Afrique. La Côte d’ivoire étant une plateforme économique importante en Afrique, et en particulier en Afrique de l’ouest, avec une forte croissance et une économie relativement diversifiée, il nous a paru intéressant de tenir le forum 2016 à Abidjan. L’éléphant de l’Afrique est de retour, semble-t-il.

Quelle sera la thématique centrale de cette édition ? 

La thématique de cette année est « L’amélioration de l’accès au financement et la compétitivité des entreprises ». Un consensus général est établi sur le rôle clé du secteur privé en Afrique, reconnu comme le fer de lance de l’économie du continent. Sans oublier que 90% de ce secteur privé sont constitués de PME. Lorsque vous constatez que le premier frein au développement des PME en Afrique est l’accès au financement, et qu’à peine 20% de ces entreprises ont accès au financement bancaire, vous en déduisez par vous-même que l’amélioration de l’accès au financement des entreprises est une priorité, si nous voulons réellement faire émerger économiquement le continent, et offrir des opportunités d’emplois aux 12 millions de jeunes africains qui entreront sur le marché de l’emploi chaque année.

La question de l’accès au financement est majeure, car dans un contexte de forte présence des entreprises internationales sur les marchés africains, qu’elles soient européennes, asiatiques ou américaines, il est indispensable de consolider les entreprises africaines et les faire croître plus rapidement, afin qu’elles puissent entrer en compétition avec les autres géants mondiaux dans les différents secteurs tels que l’agroalimentaire, les télécommunications, le BTP, le transport, etc. Il est impératif aujourd’hui de créer ces champions africains. 

 

Beaucoup parlent du financement, mais selon les études, c’est principalement d’accompagnement, en matière de management, de comptabilité, de consolidation de leur structure, qu’ont besoin ces PME …

En effet, le financement n’est pas d’une  grande utilité lorsque les pré-requis de développement d’une entreprise ne sont pas réunis. C’est tout l’intérêt de l’incubation, comme on le voit dans des pays comme les Etats-Unis, la France, ou en Inde. Aujourd’hui heureusement, de plus en plus d’incubateurs se développent en Afrique pour accompagner les Start Up et les PME dans les domaines que vous avez cités. A cet effet, le Kenya est un très bon exemple dans les domaines des TICS. Le Sénégal suit également cet exemple actuellement.

N’oublions pas non plus que beaucoup d’entreprises en Afrique sont nées dans le secteur informel, avec des fondateurs extrêmement brillants dans les affaires, mais n’ayant pas fait beaucoup d’études. Les notions de management formel, de comptabilité, de contrôle des comptes, de gouvernance, de cadre légal n’ont pas été une priorité pour eux pendant de nombreuses années, or ce sont des entreprises qui réalisent des chiffres d’affaires très importants. Avec la succession qui s’organise à la tête de ces entreprises, avec les enfants des fondateurs qui ont étudié dans les grandes universités, le processus commence à s’inverser progressivement.

Que préconisez-vous ? Une intervention beaucoup plus en amont : accompagner les PME à la naissance et tout au long de leur cursus…

Une partie de la solution consiste à multiplier les interactions entre les différents acteurs de cet écosystème, depuis les chefs d’entreprise jusqu’aux banquiers en passant par les ministères et les institutions financières.

Au niveau des banques, la gestion du risque « PME » doit être appréhendée différemment. La proximité sur le terrain que les banques doivent développer avec les PME leur permettra de mieux connaître la structure de leurs activités et leurs dirigeants, en les conseillant réellement dans le choix des instruments de financement (produits de trésorerie, investissement, dette, etc.).

Il est également primordial de faciliter leur accès aux marchés financiers et boursiers, à l’instar de l’expérience réussie de la bourse de Maurice, et de multiplier l’accès aux incubateurs de croissance, avec les conseils et le coaching nécessaire à leur développement.

Les organisations patronales doivent également apporter davantage de réponses opérationnelles aux PME en leur fournissant des appuis techniques et en favorisant de plus fortes interactions entre les grandes entreprises et les PME, sous la forme de contrats de sous-traitance, de formations, de mise à disposition de talents ou de transfert de savoir-faire.

Du côté de l’Etat, les fonds publics de garantie, de soutien et d’accompagnement des PME doivent être plus « intelligents » dans leur format d’assistance et mieux gérés. A l’instar du Plan Phoenix lancé récemment en Côte d’Ivoire,  l’Etat doit aussi faciliter l’accès des PME aux marchés publics lors des appels d’offres, dans l’esprit du « Small Business Act » américain.

Proposer toute une gamme d’outils, de réseaux et de services aux PME Africaines est indispensable. Elles sortiront ainsi de leur refuge et se donneront les moyens de la vocation qui est la leur : transformer durablement l’Afrique et devenir enfin les Champions de demain.

La question de l’emploi est étroitement liée à celle des PME. Pour simplifier l’équation : sans PME, pas d’emplois. Or, c’est à niveau que ce situe l’urgence en Afrique… 

Parce qu’elles représentent 90% des sociétés privées du continent et sont à l’origine de 45% des créations d’emploi, les PME garantissent une redistribution plus large et plus équitable des fruits de la croissance. Dans les pays économiquement développés, elles servent à la fois de laboratoire et d’incubateur en ouvrant la voie à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Leur extraordinaire répartition sur l’ensemble des territoires leur permet d’apporter emplois et pouvoir d’achat dans les zones les plus éloignées des centres économiques. Elles constituent aussi un extraordinaire creuset pour la formation des ressources humaines. Enfin, elles sont la première étape du processus de rationalisation économique de l’Afrique.

L’urgence d’accompagner les PME en Afrique ne devrait plus souffrir de discussions sans fin. Ce sont elles qui vont créer les jobs dont l’Afrique a besoin.

Qu’attendez-vous, en guise de conclusion, de ce troisième rendez-vous ?

L’objectif majeur de ce forum est de faciliter l’émergence des Champions africains en leur permettant d’accéder à l’écosystème de financements constitué par les banques, les fonds d’investissements, fonds de garantie, fondations et Business Angels ; mais également à travers  les conseils permettant d’accélérer leur croissance grâce aux experts en développement de PME présents et master classes proposées durant le forum.

Le temps de l’Afrique doit être le temps des PME, si nous voulons réussir la transformation économique et sociale du continent.


 

 

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