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Diasporas Quel impact économique ?

La baisse des transferts d’argent à destination du continent durant la crise Covid 19, révèle, s’il fallait encore le démontrer, le rôle que jouent les diasporas africaines. Si leur désir de contribuer au développement de leur pays d’origine se confirme, les canaux encourageant ou facilitant leurs investissements restent à construire.

 

Par Bilikiss Mentari

 

Tout d’abord combien sont-ils ? Difficile à dire, tout le monde ne s’accordant pas sur la notion de diaspora. Si l’on s’en tient aux chiffres fournis par la Commission de l’Union africaine, qui définit la diaspora africaine comme l’ensemble des personnes d’origine africaine vivant hors du continent, on recense 40 millions de personnes en Amérique du Nord, 112,65 millions en Amérique du Sud, 3,51 millions en Europe et 13,56 millions aux Caraïbes. La diaspora africaine en France pour elle seule, selon les données publiées par l’AFD, représente environ la moitié de la diaspora africaine d’Europe ; elle est composée à la fois d’étrangers (2,5 millions de personnes, dont 813 000 d’Afrique subsaharienne) et de descendants d’immigrés (1,7 million).

 

Un record : 554 milliards de dollars de transferts d’argent réalisés en 2019

 

Là où, au contraire, tout le monde s’accorde, c’est sur le rôle économique que jouent ces populations dans leur pays d’origine. Désormais, les envois d’argent des migrants africains à leurs familles dépassent en montant ceux de l’aide au développement et des investissements des entreprises étrangères. Avec un chiffre record enregistré en 2019 : 554 milliards de dollars de transferts d’argent vers les pays à revenu faible et intermédiaire. Sachant que là encore les chiffres officiels sont très en dessous de la réalité, si l’on y ajoute les transferts informels, par définition plus difficiles à mesurer, mais qui pourraient représenter entre 35% et 75% des flux comptabilisés. La diaspora est donc devenue un acteur majeur du développement des pays d’origine. Et même si les fonds servent avant tout à répondre à des besoins d’ordre primaire (consommation, loyer, éducation, santé), ils se traduisent par une hausse des dépenses d’éducation, de santé et un recul de la pauvreté toujours selon le même rapport de la Banque. Et des points de croissance ! 7% pour le Mali par exemple. « Les envois de fonds sont en passe de devenir la principale source de financement extérieur des pays en développement », confirmait ainsi Dilip Ratha, auteur d’un rapport publié par la Banque Mondiale en 2019.

 

« Si l’on pouvait convaincre un membre de la diaspora sur dix d’investir 1000 dollars dans son pays d’origine, l’Afrique collecterait ainsi 3 milliards de dollars par an pour financer le développement »

 

Et pourtant le potentiel de la diaspora reste encore largement sous-exploité selon les analystes. « Si l’on pouvait convaincre un membre de la diaspora sur dix d’investir 1000 dollars dans son pays d’origine, l’Afrique collecterait ainsi 3 milliards de dollars par an pour financer le développement », observe Dilip Ratha. Si les membres de la diaspora manifestent le désir de contribuer à ce développement, les canaux le permettant restent à construire. En effet, si plus d’une trentaine de pays africains ont mis en place des services ou des ministères chargés de susciter l’intérêt de la diaspora, les mécanismes encourageant et facilitant les investissements de cette dernière font encore défaut, ou sont méconnus, ou n’ont pas encore gagné la confiance des intéressés.

Avec quelques exceptions près toutefois. Les « diasporas bonds » notamment, des emprunts obligataires qui ciblent précisément la diaspora, connaissent un intérêt grandissant. Initiés à partir des années 2000 par l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Rwanda, le Nigeria ou plus récemment le Sénégal, ils traduisent l’intérêt des diasporas et s’adaptent à leurs attentes. L’Éthiopie également se démarque avec la mise en place dès 2002 de l’Ethiopian Diaspora Directorate. Suivi par l’Agence de la diaspora éthiopienne (EDTF), en août 2018, qui a mobilisé 5,4 millions de dollars auprès de 25 670 donateurs dans 93 pays au cours de l’année 2019. Des fonds mobilisés en faveur de projets présélectionnés dans les domaines de la santé, l’éducation, l’approvisionnement en eau, la création d’emplois, l’amélioration des moyens de subsistance des handicapés et le soutien aux personnes déplacées. Des initiatives qui se sont traduites de manière concrète : selon une étude de la Banque centrale d’Éthiopie, les envois de fonds de la diaspora éthiopienne sont passés de 4 milliards en 2016, à plus de 4,6 milliards de dollars en 2017 ; ce qui correspond à environ 5% du PIB du pays.

 

L’alternative, les entrepreneurs de la diaspora et leur solution « locale »

 

Mais d’autres outils sont à mettre en place. D’autant plus dans ce contexte de crise autour de la pandémie de la Covid-19 qui se prolonge et s’est d’ores et déjà traduite par une baisse des transferts de fonds vers l’Afrique. Une baisse de l’ordre de 21% en 2020, soit 18 milliards de dollars de moins pour les personnes qui en dépendent, selon une note de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA-ONU). Intitulée « Préserver les envois de fonds à l’époque du Covid-19 », celle-ci souligne l’impact de cette baisse sur les populations locales, et plaide en faveur de la baisse des coûts de transaction, encore très lourdsjusqu’à 9% du montant des transactions en Afrique en 2018. Même si la concurrence dans le secteur a fait baisser les coûts des transactions, puisqu’ils étaient proches des 12% en 2016. L’essor de la Fintech apporte également de plus en plus de solutions portées par des acteurs des diasporas.

 

L’alternative viendra peut-être, et sans doute, de cette génération d’entrepreneurs binationaux. De plus en plus nombreux, ses derniers, forts de leur double expertise, locale et internationale, et aider par les outils numériques notamment, créent des solutions aux standards internationaux qui répondent aux failles de leur pays d’origine. De même, de mieux en mieux organisés, en quête de visibilité, ces acteurs plus que jamais actifs de la diaspora, font entendre leur voix, « ici et là-bas », sur la scène politique, économique et sociale.

 

Même si ces derniers déplorent le manque d’outils à leur attention, alors que, selon un rapport de la CNUCED, d’ici 2030, les objectifs de développement durable nécessiteront des investissements à hauteur de 40,9 milliards de dollars par an, il s’agit plus que jamais de catalyser ces fonds.

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