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Diasporas Les JNDA, socle de la « reconnexion » Europe-Afrique

Et si le renouvellement tant attendu des relations France-Afrique, et plus largement Europe-Afrique, s’opérerait finalement à travers les startuppers et le secteur du numérique? Un des challenges abordés lors des 8e éditions des Journées Nationales des diasporas africaines (JNDA), qui se tenaient du 24 au 26 septembre à Bordeaux. Une manifestation qui s’affirme, au fil des éditions, comme le terreau de réflexion et de construction du renouvellement des relations France-Afrique, à partir d’un de ses meilleurs atouts, les diasporas africaines, plus que jamais mobilisées dans les domaines associatifs, économiques et politiques.

 

Par Dounia Ben Mohamed, à Bordeaux

 

« Les JNDA, c’est le retour du bateau », déclarait feu Manu Dibango, un fidèle de ces rencontres dont les 8eéditions du 24 au 26 septembre, lui rendaient hommage. Le retour du bateau, parce que si la capitale de l’Aquitaine fut, en tant que port négrier au temps de la traite, à l’origine de la déportation de près de 150 000 esclaves noirs entre 1672 et 1837, elle est devenue, au fil des ans, un axe du renouvellement des relations France-Afrique. A travers les échanges universitaires, les relations économiques ou culturelles, les chantiers de coopération avec les villes de Ouagadougou, Oran, Douala, etc., ainsi que les JNDA. Une initiative portée par Pierre De Gaétan Njikam. Ce Franco-Camerounais, est un homme de terrain, acolyte d’Alain Juppé et a été son adjoint en charge des partenariats avec l’Afrique et la Francophonie notamment, jusqu’à la défaite lors des dernières municipales.

 

Interview Pierre De Gaétan Njikam, fondateur des JNDA

 

 

 

 

Mais s’il a perdu les clés de l’Hôtel de ville, son engagement n’en a pas faibli pour autant. En faveur de son territoire. En faveur de ce renouvellement des relations France-Afrique, « refaire l’Afrique ensemble » selon son credo. Celui à qui l’on doit l’inscription de l’Afrique dans l’agenda bordelais, mise plus que jamais sur un de ses meilleurs atouts, les diasporas africaines en France. Des traits d’union mis en lumière par les JNDA depuis 2015, à une période où l’afro-optimiste n’était pas encore dans l’air du temps, et où les diasporas africaines ne suscitaient pas l’intérêt qu’elles connaissent aujourd’hui.

 

Une édition « de la résilience »

 

Et pour cette édition 2020 « de la résilience » selon son instigateur, reportée en raison de la Covid-19, mais finalement maintenue contre vents et marée, l’accent aura été mis sur les entrepreneurs et les femmes, à travers les deux traditionnels temps forts des JNDA. D’abord les Numafs, les rencontres numériques Bordeaux Afrique, au cours desquelles, le Mister Africa Tech Samir Abdelkrim, Fondateur d’EMERGING Valley, et le directeur de la French Tech Bordeaux, Philippe Metayer ont analysé la réponse de l’écosystème africain à la crise sanitaire. Une réponse illustrée par la solution numérique Susu mise en place par Bola Bardet, entrepreneure de la diaspora, virtuellement présente à la manifestation pour témoigner de son expérience. Une démonstration concrète de l’apport des diasporas africaines, lesquelles peuvent servir, un process déjà en cours, de socle au renouvellement des relations France-Afrique et, au-delà Europe-Afrique, un impératif pour faire face aux géants américains et asiatiques du digital.

 

Interview Philippe Métayer, DG French Tech Bordeaux 

 

Un échange suivi par la traditionnelle Journée des femmes, qui finalement ne durera que le temps d’une après-midi, mais qui réunira, par l’entreprise d’une inconditionnelle des JNDA, Denise Epoté, des entrepreneures numériques de la diaspora. Fatim Cissé, Diana Brondel, Soumia Malinbaum, Julie Abisségué, Nelly Chatue-Diop, pour des échanges de haut niveau, autour des défis de l’IA, la Blockchain, la Fintech…

 

Interview Diana Brondel, CEO Xaalys

 

 

« En tant qu’élus, conseilleurs, membres du CPA, vous avez de l’impact ! »

 

Au rendez-vous également, des élus de la diaspora, Arnaud Ngatcha, adjoint à la maire de Paris en charge des relations internationales et de la francophonie ; Maxence Ansel, conseillère régionale d’Ile-de-France ; Latifa Kharja-Tehhoune, élue à Chanteloup-les-Vignes ; Serge Bakoa président du conseil des diasporas africaines de France (CPA) ; et d’autres, invités à échanger à leur tour sur la question du rôle de la diaspora.

 

« Nous sommes là, deux ans jour pour jour après que, avec Alain Juppé et d’autres élus, nous nous soyons retrouvés pour lancer cette initiative politique visant à mobiliser les élus pour un plaidoyer actif sur nos territoires et préfigurer une grande action, portée par les élus, aux niveaux local et national », rappellera Pierre De Gaétan Njikam dans l’hémicycle de Bordeaux Métropole qui accueille la séance. Une initiative qui se traduira notamment par les premières universités d’été de la diaspora africaines, co-organisées avec le Conseil présidentiel pour l’Afrique et animées par Didier Acouetey, président d’AfricSearch.

 

En présence de la conseillère Afrique d’Emmanuel Macron, Marie Audouard, du président du CPA, Wilfrid Lauriano do Rego, ces élus des deux rives ne manqueront pas de souligner leur « lassitude » face à la redondance des discours et des promesses et aux manques d’actions et de résultats ainsi que le résumera l’invité de la séquence, Didier Acouetey. « J’ai l’impression d’entendre des choses que j’entends depuis trente ans. Dans les années 80 et 90, on entendait les mêmes histoires… un peu folkloriques. Le jeune africain qu’est-ce que ça lui fait quand on lui dit on va t’apprendre le français, te construire un terrain de foot, te donner une bourse pour aller étudier à Bordeaux, on va réinventer les relations France-Afrique comme cela a été annoncé au discours de Ouagadougou… » « Une sorte de parole publique qui s’étiole et devient inaudible et peu crédible » qu’il compare à « la parole chinoise ». « Quand on dit à un jeune africain vous allez apprendre le mandarin, avoir un hôpital construit en moins de trois mois, on ne va plus parler de dettes mais de plusieurs milliards d’investissement. On change le paradigme. » Regrettant « le manque d’ambition » de la politique africaine de la France, qui au lieu d’un profond renouvellement plusieurs fois annoncé, ne propose qu’ « un ravalement de façade insuffisant ». Il exhorte : « En tant qu’élus, conseilleurs, membres du CPA, vous avez de l’impact ! Si on veut réinventer les choses, qu’on entende différemment le discours en Afrique, il faut aller au-delà ce qu’on entend depuis trente ans. »

 

Les diasporas, « un accélérateur de ce changement »

 

« Et se mettre au boulot », soutiendra Maxence Ansel qui soulignera « le devoir de vérité » des élus de la diaspora. « Dans nos quartiers, nos enfants, en décrochage scolaire, souffrent. C’est bien de distribuer de l’argent, mais à qui cela profite ? Les gens n’aiment plus la France en Afrique. Les jeunes notamment. Nous en tant qu’élus, binationaux, quel est notre apport ? Si on ne dit pas cette vérité, on ne représente personne, ni les quartiers, ni nos enfants. C’est bien beau d’être élu, d’avoir des titres, mais faisons notre boulot, et du boulot il y en a ! »

 

Des échanges vifs entendus par Marie Audouard conseillère Afrique d’Emmanuel Macron qui assurera que les diasporas africaines sont inscrites sur la feuille de route africaine du chef de l’État. « Nous sommes convaincus que c’est un accélérateur de ce changement, parce que, par définition, les personnes de la diaspora sont convaincues plus que quiconque de la nécessité d’un partenariat d’égal à égal entre le continent africain et la France. » Avant d’annoncer, en 2021, un grand rendez-vous axé sur la société civile et la jeunesse.

 

Interview Latifa Kharja, élue Chanteloup-les-Vignes

 

 

 

 

En attendant, le nouveau maire écolo de Bordeaux, Pierre Hurmic, manifestement sensible à cette expression « disruptive », assurera du soutien de la nouvelle équipe municipale aux JNDA et aux initiatives solides mises en place autour de cette plateforme, devenue au fil des éditions, le terrain d’expression, et d’action, des diasporas africaines de France. Et il faudra compter sur son instigateur pour ne pas abandonner la lutte, avec une 9eédition d’ores et déjà programmée en mai 2021.

 

 

 

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