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DDM ICC – Cap-Vert : les ICC au coeur du modèle économique

Bon élève en matière de gouvernance, le Cap-Vert l’est également en termes de politiques de valorisation de son patrimoine culturel et de promotion des industries créatives. Avec une approche volontairement panafricaine.

Par DBM

Si l’âme de Césaria Evora est omniprésente à Mindelo, la capitale culturelle de l’archipel du Cap-Vert, qui a vu naître « la Diva aux pieds nus », on comprend vite que l’esprit des lieux a inspiré cette dernière. Avec son identité séculaire propre, fruit du brassage culturel entre les influences africaines et européennes, l’architecture chatoyante de ses maisons toutes en couleur, et les nombreuses mélodies- du fado à la samba en passant par des sons plus urbains-   qui rythment ses jours, la cité semble évoluer dans un univers parallèle, comme hors du temps. Passé cette première impression, le visiteur discerne pourtant une autre réalité : la deuxième ville du pays est aujourd’hui en pleine mutation, portée par une communauté d’artistes et par des responsables politiques qui voient en elle la meilleure ambassadrice de la culture capverdienne. 

« Notre image a été construite par les autres et diffusée à l’intérieur du continent. Nous devons corriger et diffuser une image positive de l’Afrique »

De fait, les disciplines créatives présentes dans cette commune de l’île de São Vicente s’énoncent comme un inventaire à la Prévert : mode, artisanat, arts plastiques, production audiovisuelle, graphisme, jeux vidéo… Un patrimoine unique, que les autorités Cap-Verdiennes sont bien décidées à mettre en valeur, en positionnant l’archipel idéalement situé entre les côtes ouest-africaines et l’Atlantique comme la capitale culturelle africaine. “L’Afrique est un vaste continent, très diversifié, mais avec un vrai problème d’image. Notre image a été construite par les autres et diffusée à l’intérieur du continent. Nous devons corriger et diffuser une image positive de l’Afrique”, exhorte ainsi José Gonçalves, l’ancien ministre du Tourisme, des Transports et de l’Économie maritime du Cap-Vert. En matière de tourisme, nous avons un énorme potentiel, mais nos infrastructures demandent des investissements, pour lesquels il faut de la stabilité… Et au final, créer les perspectives pour que les Africains trouvent plus davantage à rester en Afrique que l’inverse. »

Mais pour atteindre ces ambitions, tout un écosystème reste à construire, qui va des écoles de formation aux usines de textile en passant par les studios et maisons de production. L’objectif, poser les fondations d’une véritable industrie. Laquelle pourrait trouver son centre de gravité à Mindelo, qui abrite d’ores et déjà le Hub flottant, un centre de production et de divertissement de musique contemporaine, d’arts et de culture conçu par l’architecte nigérian Kunlé Adeyemi. 

Un million d’euros investi pour la réhabilitation du patrimoine

À ce titre, plusieurs projets ont été lancés dans le cadre de la stratégie nationale de promotion de la culture.   Parmi ceux-là, l’ouverture d’un centre culturel qui met l’accent sur le design et l’artisanat ; un projet d’un million d’euros totalement financé par le gouvernement cap-verdien et qui a pour objectif de faire de la réhabilitation de patrimoine. “Nous travaillons aussi à formaliser les professions liées à l’art et à la culture”, explique le ministre de la Culture et des Industries créatives du Cap-Vert, Abrão Vicente. Et de poursuivre : “artistes et créateurs ont des carrières très fragiles parce qu’ils n’ont pas de sécurité sociale, ne payent pas d’impôts. Aussi ils arrivent à un moment dans leur vie où ils se retrouvent dépendants de l’aide de l’État », constate le responsable politique.

« Nous devons faire estimer la contribution de l’Afrique dans le marché de l’industrie culturelle et créative »

Reste une question au cœur des préoccupations, tant des autorités que des acteurs du secteur, celle de la protection des droits d’auteurs.  À ce titre, et depuis trois ans, le Cap-Vert a adhéré à tous les traités internationaux relatifs à la protection des droits d’auteur. Une nouvelle loi a aussi été adoptée récemment en ce sens, qui finance notamment les entités gestionnaires de la propriété intellectuelle. « Nous devons faire estimer la contribution de l’Afrique dans le marché de l’industrie culturelle et créative, c’est pourquoi la question de la propriété intellectuelle est fondamentale, juge Abrão Vicente. La collecte mondiale des droits d’auteur est estimée à 7 milliards de dollars par an ; un montant sur lequel L’Afrique ne perçoit que 290 millions. C’est pourquoi les pays africains doivent s’organiser pour avoir des entités gestionnaires s’occupant de la collecte de ces montants. »

En attendant, l’archipel mène avec ses pairs du continent un autre combat, celui de la restitution des œuvres africaines. « Le Cap-Vert a signé l’accord relatif à la restitution des œuvres d’art, et entend faire partie du groupe qui va porter ce projet au niveau international. L’objectif principal est de travailler au niveau panafricain, et de montrer une Afrique avec des dirigeants qui ont conscience de leurs droits au niveau international. C’est dans ce sens que le Cap-Vert renforce sa présence dans les organisations internationales telles que l’Unesco”, poursuit-il.

« Ceux qui souhaitent la restitution de leurs œuvres doivent en assumer la responsabilité et construire les musées nationaux en mesure de les accueillir »

Et d’ajouter : « Je crois que les œuvres d’arts doivent revenir dans leur pays et lieu d’origine. Aussi, ceux qui souhaitent la restitution de leurs œuvres doivent en assumer la responsabilité et construire les musées nationaux en mesure de les accueillir. C’est pourquoi le Cap-Vert va faire du lobbying au niveau des organisations multilatérales africaines pour mobiliser des fonds pour la restitution des œuvres. Si le Bénin veut récupérer ses œuvres, ce n’est pas juste de la responsabilité du Bénin mais aussi de tous les pays africains d’aider le Bénin. La nouvelle histoire africaine ne se fera pas sans la restitution des œuvres qui ont été pillées. Il faut prendre conscience que la présence physique de ces œuvres fait partie du patrimoine culturel africain. »

En la matière, le Cap-Vert, qui finance ses projets sur fonds propres, se donne les moyens de ses ambitions. « Si le Cap Vert est un exemple de succès pour la construction des infrastructures, il peut aussi influencer les autres pays, estime le ministre. Idem pour le Sénégal qui, avec son Musée des civilisations noires, remplit toutes les conditions pour être un musée de référence internationale. Après la restitution, il faut avoir la capacité de faire du marketing et faire connaître ces musées et ces œuvres africaines. La statue de la Liberté n’est pas plus jolie que celle de la Renaissance à Dakar. Mais si la Tour Eiffel, Notre Dame sont connues à travers le monde, c’est parce que la France fait du marketing autour. Il faut aussi que les pays africains investissent aujourd’hui dans ce domaine. Ce qui est plus facile à travers les instruments digitaux dont nous bénéficions désormais. Et nous pouvons le faire collectivement. »

« Promouvoir positivement notre identité»

« La culture n’est pas une question d’amateur”, conclu le ministre Abrão Vicente. Le Cap-Vert est le premier pays à avoir ouvert un centre culturel en Europe. Dans cet objectif de catalyser les investissements et de promouvoir positivement notre identité ».  Car la culture, loin de n’être qu’un divertissement est également le vecteur d’une histoire, d’une identité et d’un patrimoine. 

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