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DAOUDA NDIAYE « Seuls les africains sont capables d’éliminer le paludisme du continent ».

Et si le vaccin du paludisme est en passe d’être trouvé ? Et si personne n’allait plus mourir du paludisme ? Le rêve est permis après les avancées significatives faites dans la lutte contre ce fléau. Parmi ces avancées, il y a la découverte de l’outil de test de diagnostic rapide (TDR) du paludisme appelé « Illumigène Malaria » qui porte l’empreinte du scientifique Dr Daouda Ndiaye.

« Le paludisme fait des ravages dans la banlieue. J’en étais moi-même victime de façon tellement atroce que j’avais perdu connaissance. A mon réveil, j’ai nourri l’envie et la ferme volonté de me battre pour sortir les populations déshéritées de cette souffrance » raconte l’auteur du test révolutionnaire. Victime de cette maladie à l’âge de 14 ans, le scientifique n’a cessé d’avoir en ligne de mire la découverte d’un outil pour venir à bout de ce fléau. Le jeune Daouda Ndiaye, devenu adulte, a gravi les marches au point de cumuler les points dans ses recherches jusqu’à mettre à la disposition de l’Afrique et du monde le test « Illumigène Malaria ».

Un long parcours

Avant d’en arriver à ce stade, l’actuel chef de l’unité de parasitologie-Mycologie du Centre hospitalier Universitaire (CHU) de l’hôpital Le Dantec, en a traversé des montagnes. Issu de la banlieue dakaroise, Daouda Ndiaye a lutté « dans des conditions difficiles » jusqu’à décrocher son Certificat d’Etudes Spécialisées en Parasitologie et Mycologie, il y a 17 ans. En 2000, il obtient son doctorat en pharmacie après avoir été promu la même comme ancien interne des hôpitaux de Dakar. Persévérant, Daouda Ndiaye qui est marié à une scientifique également, décroche un Doctorat Es-Sciences à la prestigieuse université américaine de Harvard en 2007. Très insatiable, le chercheur ajoute à son tableau de chasse entre 2009 et 2010 deux diplômes de Mycologie médicale délivré par l’Institut Pasteur de Paris et par l’Université de Paris VII. Des parchemins qui lui permettent d’être élevé par le Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES) au grade de professeur titulaire des Universités en 2014. Mais aussi de devenir Conseiller Technique à l’Organisation Mondiale de la Santé en Suisse. Une tête bien faite, un engagement sans faille qui ont conduit ce chercheur à la découverte de « Illumigène Malaria ».

Test révolutionnaire

Après une dizaine de recherche, d’investigation, le nouveau test sur le paludisme a vu le jour mais les écueils ont été nombreux. Sur le plan financier, il a fallu la subvention des USA à hauteur de 500 millions de dollars. Un concours financier qui a ses conséquences pour les populations notamment africaines qui souffrent le plus de cette maladie : « les recherches ont été financées par les USA et c’est pourquoi, il n’est pas accessible à tous. C’est trop couteux pour le moment mais je me bats pour ce que le prix baisse et qu’on puisse s’en procurer au Sénégal et en Afrique » s’engage Dr Ndiaye. Pour l’instant, seules les populations vivant en Europe et au Moyen-Orient peuvent bénéficier de ce test révolutionnaire qui a été breveté en janvier 2016. Si ce test a été breveté aussi rapidement, cela tient à son caractère révolutionnaire. En effet, ce test rapide diagnostique la malaria en un temps record. Son auteur parle de sa particularité : «En moins d’une heure, Illumigène Malaria diagnostique le paludisme. Il peut être utilisé par n’importe qui et est facile à manier, dit-il avant de poursuivre, c’est un test révolutionnaire moléculaire qui permet de détecter tout parasite dans le sang. Auparavant, il n y avait pas de test qui permet cela au niveau de la prise en charge. C’est cela la particularité de ce test ».

Bien que le test saura répondre efficacement dans la lutte pour l’éradication du paludisme d’ici l’horizon 2025, il est précoce de penser qu’un vaccin sera trouvé contre le Malaria. Le professeur est dubitatif. La raison ? « Je ne suis pas sur qu’on aura les vaccins parce qu’il faut nous d’abord connaître le parasite qui renferme 6000 gênes et tant qu’on n’aura pas compris le fonctionnement de ces 6000 gênes, on ne pourra pas efficacement trouver le vaccin ». Malgré ce pessimisme froid, Dr Daouda Ndiaye est convaincu que « seuls les africains sont capables d’éliminer eux-mêmes le paludisme du continent ». Un brin d’espoir qui devrait s’accompagner par un engagement financier important de la part des états africains car il y a « beaucoup de travaux de recherches » à faire dans le cadre de la lutte contre le paludisme.

Plébiscité dans plusieurs revues spécialisées, Illumigène Malaria vient de recevoir une nouvelle consécration. Cela à travers la publication des recherches dans la revue « Nature ». Une publication survenue le 21 octobre dernier et qui va booster le rang de l’université Cheikh Anta Diop dans le classement des meilleures universités du monde.


 

Mouhamed CAMARA