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Dakar Fashion Week « Le luxe artisanal, c’est ce que l’on veut faire ! »

A la veille de la 16ème édition de la Dakar Fashion Week qui se tient du 20 au 24 juin dans la capitale sénégalaise, ANA a interrogé sa fondatrice, Adama Paris, sur les grandes évolutions de ce RDV qui se veut la plateforme de la mode made in Africa sur le continent.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

A la veille de la seizième édition de la Dakar Fashion Week, comment expliquer le succès de ce RDV devenu la plateforme de la mode en Afrique francophone ?

16 ans, même moi je n’y crois pas (rire). Ma force : les gens qui m’entourent. Le côté humain doit primer pour la réussite. Mais aussi l’opiniâtreté, la persévérance. On essaie d’innover à chaque fois. Sans prétention, je suis très fière d’accueillir une stagiaire new-yorkaise, qui a acheté son billet pour Dakar, alors qu’elle ne sera pas payée, juste pour travailler avec moi. C’est aussi lié au fait que je mets la main à la pâte. Ils ne sont pas là pour faire du café. Ils s’impliquent. Comme moi, partie de rien. Pas parce que je suis plus intelligente ou plus compétente mais parce que je ne lâche rien.

Comment a évolué la DFW et qu’a-t-elle apporté au secteur de la mode au Sénégal et au-delà ?

Avec le recul, on se rend compte que des métiers de la mode sont nés grâce à nous. Aujourd’hui, des créateurs révélés par la DFW travaillent même dans la sous-région. La mode ce n’est pas seulement les mannequins et la création. La création de la chaîne de télé, Fashion Africa TV, a également beaucoup contribué à donner de la visibilité à tous ces acteurs. Ce qui me rend fière c’est de voir, d’année en année des créateurs, des mannequins qui viennent de l’Afrique entière. Ce dont je rêvais il y a 16 ans. Je ne voulais pas d’un évènement entre nous, Sénégalais. Notre réussite tient à notre esprit global. En seize éditions, la DFW a accueilli 600 créateurs, 35 chaque année. Depuis 7, 8 ans on essaie d’intéresser les anglophones. Cette année, nous accueillons entre autre le Nigéria, l’Afrique du Sud… L’Afrique dans sa globalité. J’arpente l’Afrique depuis 16 ans, et je cible les pays où la croissance est forte, suffisamment attractif, pour que les créateurs trouvent un marché.

Si l’univers de la mode brasse des milliards en Occident, pour les créateurs du continent c’est encore un défi. Comment les accompagnez-vous dans ce sens, avec la DFW entre autre ?

La DFW s’inscrit dans cette optique. Depuis 3 ans , on travaille sur la création d’une fédération de la mode africaine. Ce qui est en cours de réalisation. Pour la première fois, nous avons récemment réuni au Maroc, les organisateurs de fashions week en Afrique. C’est à nous de mener cette bataille, pas les créateurs. Ces derniers ont des préoccupations alimentaires. Avec la DFW, la télévision, on peut y contribuer. Et aujourd’hui avec cette fédération on peut aller plus loin. Au début, l’idée était d’avoir un calendrier sur les différents évènements organisés sur le continent. Aujourd’hui, l’objectif est de permettre de lever des fonds, ce qui est le nerf de la guerre. Si on parle d’une seule voix, on est plus fort qu’Adama Paris toute seule. L’idée est de créer notre propre écosystème dans lequel les professionnels du secteur vont évoluer. Avec ce fond, on va pouvoir financer des projets régionaux. Par exemple, un salon de la mode en Afrique de l’Ouest. Il s’agit de gérer notre réseau, notre business ensemble et pas chacun dans son coin. Ce qui va contribuer à booster le business de chacun tout en dynamisant le secteur. Et donner de la visiter à ces acteurs. Si un investisseur international veut fabriquer des chaussettes en Afrique, on lui présentera le meilleur créateur.

Vous avez évoqué la chaine de TV, il y a également les éditions internationales de la Black Fashion Week, à Paris, en Europe, etc… Le label Adama Paris prend de l’ampleur…

Je suis également en train de construire mon usine à Dakar. Et nous ouvrerons prochainement un nouvel espace à Paris. L’idée est de réunir, sur un même lieu « The best of Africa ». Lequel sera également un lieu de vie, où l’on pourra découvrir un nouveau thé par exemple. Une rencontre avec l’Afrique. Toute la décoration, les meubles, sera made in Africa. Ce n’est sera pas Château rouge mais pas Versailles non plus. Avec notre identité. Nous restons Africains. Sans luxe tapageur ou outrancier. Et c’est ça que l’on veut faire du luxe artisanal.


Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed