L'aéroport de Dakar quelques heures avant la suspension de toutes les liaisons aériennes.ANA
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Covid-19 : une addition salée pour l’Afrique

Comme ailleurs dans le monde, la crise sanitaire a durement pénalisé la filière touristique en Afrique. Un secteur clé de l’économie continentale qui attend fébrilement les premiers signes de reprise. 

Publié fin janvier, le dernier baromètre annuel de l’Organisation mondiale du tourisme  (OMT) n’a fait que confirmer ce que tous les acteurs de la filière savaient déjà : avec des pertes cumulées estimées à 1.300 milliards de dollars, dues aux restrictions de déplacements provoquées par la pandémie de Covid-19, « 2020 aura été la pire année de l’histoire du tourisme ». 

Une saison blanche historique, qui a mécaniquement affecté les principales destinations africaines. Le baromètre de l’OMT estime ainsi que, dans son ensemble, le continent a perdu 70 % d’arrivées en 2020 ; une baisse en ligne avec celles observées en Europe et aux Amériques (-69 %). Pourtant, pris individuellement, les chiffres nationaux ont parfois été bien pires,  l’effondrement allant de -78 % au Maroc à -90 % en Afrique du Sud et – 91 % en Égypte sur diverses périodes de l’année.  

De quoi pousser, dès juillet 2020, l’Union africaine à estimer les pertes de revenus du voyage et du tourisme du continent à près de 55 milliards de dollars tandis qu’au même moment, le Fonds monétaire international pronostiquait un recul annuel de 12 % du PIB réel des économies africaines dépendantes du tourisme… De fait, la pandémie a complètement mis à l’arrêt une dynamique positive puisque nombre d’économies africaines bénéficiaient jusqu’alors d’une progression annuelle régulière des arrivées de voyageurs internationaux, de l’ordre de 3 à 5 % par an. 

« Certaines compagnies aériennes pourraient ne pas survivre au Covid-19 »

Pas étonnant dans ces conditions que le secteur aérien ait été particulièrement touché par la crise. Inquiète, l’UA estime même que certaines « compagnies aériennes pourraient ne pas survivre au Covid-19 », alors que le manque de vaccins disponibles sur le continent laisse prévoir « un Covid long », autrement dit une crise qui s’étale dans le temps. Pour faire face à cette course contre la montre qui s’annonce, l’industrie du transport aérien africain a plaidé pour une aide d’urgence de 10 milliards de dollars en mars dernier, dans un rapport[1]adressé aux institutions financières internationales. Le document préconise notamment une série de mesures financières telles que « le report des obligations financières existantes, ou des remboursements de prêts ». Reste à voir si cet appel à l’aide sera entendu. 

La dette de l’Afrique devrait croître de 10 à 15 points

En attendant, toutes les institutions financières anticipent une augmentation des risques d’insolvabilité des pays les plus vulnérables. Préoccupé par la hausse attendue de la dette africaine- qui devrait croître de 10 à 15 points de pourcentage en 2021- le rapport 2021 de la Banque africaine de développement (BAD) sur les perspectives économiques continentales considère pour sa part que les principaux contributeurs [à cette augmentation de la dette] « seront « les économies dépendant du tourisme et d’autres économies à forte intensité en ressources autres que le pétrole ». En Tunisie par exemple, les recettes touristiques ont chuté de 64% en 2020, faisant grimper de manière alarmante la dette publique, qui atteint désormais plus de 87% du PIB, selon le FMI. 

Jusqu’à 2 millions d’emplois directs et indirects dans le tourisme menacés sur le continent

Sur le plan social plus largement, les conséquences de la pandémie sur l’industrie africaine du tourisme- un secteur qui emploie 24,6 millions de personnes et a généré 169 milliards de dollars de revenus en 2019 – ont été désastreuses. L’ONU estime ainsi que la pandémie de coronavirus a coûté « jusqu’à 2 millions d’emplois directs et indirects » à la filière touristique africaine. Et sans financement d’urgence, la crise pourrait provoquer « un effondrement » pure et simple du secteur, avertissent d’ores et déjà plusieurs organismes internationaux. 

Face à cette situation dantesque, la reprise s’annonce laborieuse. Le baromètre OMT précité estime pour sa part qu’il faudra « au moins 10 mois » à l’industrie mondiale du tourisme pour se remettre des effets du coronavirus et « un peu plus » pour l’Afrique, qui devra renouveler en profondeur son offre (tourisme local, offres digitales…) pour rebondir durablement. 

« La reprise commencera véritablement en 2022 »

À court terme en tous les cas, Mossadeck Bally, fondateur et PDG du groupe hôtelier Azalaï, confie redouter encore « une année très difficile en 2021 ». Pour l’entrepreneur malien, qui a derrière lui trois décennies d’expérience dans l’hôtellerie panafricaine, l’affaire est entendue : « la reprise [ne] commencera véritablement [qu’] en 2022 ». 


[1] « Étude stratégique des compagnies aériennes africaines dans le contexte de la pandémie de Covid-19 : surmonter une crise de liquidités »

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