Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
A la uneActualité

Covid-19 L’Europe se reconfine, l’Afrique tremble

Mise en place de couvre-feux, fermetures des bars, limitations des déplacements… Alors que les nouveaux cas d’infection se multiplient, l’Europe adopte, à nouveau, des mesures de confinement pour limiter la propagation de la pandémie. Premier partenaire de l’Afrique, le nouveau ralentissement de l’activité économique en Europe ne sera pas sans impacts sur les économies africaines déjà mises à mal par la crise du Covid-19.

 

Par DBM

 

Le monde éternue et l’Afrique s’enrhume. Le vieil adage n’a jamais été aussi vrai. Alors que la pandémie Covid-19 continue de semer le chaos aux États-Unis, en Europe et dans une partie de l’Asie, en Inde notamment, l’Afrique, qui s’en sort sur le plan sanitaire, voit ses marchés s’inquiéter d’un nouveau ralentissement de l’économie mondiale.

 

Si aux Etats-Unis, l’heure est à l’élection présidentielle, et la propagation du virus qui a déjà fait 200 000 morts sur le territoire ne semble pas inquiéter outre mesure l’occupant actuel de la Maison Blanche, les gouvernements des pays de l’Union européenne, eux, se sont finalement résignés à reconfiner face à la recrudescence de nouveaux cas.

 

 

Ainsi, en France, après un record de cas en 24 heures – le bilan de l’épidémie de Covid-19 depuis son début en France a dépassé la semaine dernière les 36 000 morts –, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a décidé d’imposer un nouveau confinement aux Français à compter du 30 octobre. Si les écoles restent ouvertes, les déplacements sont limités aux travailleurs et au cas d’urgence.

 

D’autres pays européens l’ont précédé dans ce sens. L’Irlande et le Pays de Galles, entre autres, avaient, une semaine plus tôt, adopté de nouvelles mesures de restrictions. Tandis qu’en Allemagne, qui n’a que récemment imposé le port du masque dans les lieux publics, on se prépare, comme en Belgique, à un nouveau confinement. Au sud du continent, au Portugal, les restrictions ont été limitées aux localités les plus touchées. De même en Italie, un nouveau couvre-feu et les mesures drastiques sont de retour.

 

L’Europe se barricade, l’économie ralentie

 

Un reconfinement qui va se traduire par un ralentissement de l’économie au sein de l’Union, après une légère reprise. En France, il va entraîner une chute de l’activité économique de près de 15%, a prévenu le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. De même, la Banque centrale européenne (BCE) a averti que la reprise économique dans la zone euro « perd de l’élan ».

 

Sur la scène internationale, mêmes prévisions. Si certains auront été capables de relancer leur activité économique plus rapidement que les autre, l’Asie du Nord notamment (Chine, Taïwan et Corée du Sud), l’économie mondiale est globalement perturbée par la pandémie.

La crise du coronavirus a notamment fait chuter les investissements étrangers directs (IED) de 49% au premier semestre 2020 par rapport à la même période il y a un an et sont en passe de chuter de 40% pour l’année, poussés, aussi, par la crainte d’une profonde récession mondiale, selon les données d’un rapport de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED).

 

« Les flux mondiaux d’IED pour le premier semestre de cette année ont diminué de près de moitié… C’était plus drastique que ce que nous avions prévu pour l’ensemble de l’année »

 

« Les flux mondiaux d’IED (à l’exclusion des centres financiers offshore des Caraïbes) au cours du premier semestre 2020 ont été soumis à une forte pression en raison de la pandémie de Covid-19 », relève le rapport. D’après la CNUCED, ces investissements transfrontaliers ont atteint un montant estimé à 399 milliards de dollars, soit 49% de moins qu’en 2019. L’agence onusienne justifie une telle baisse par « les fermetures d’usines dans le monde entier, qui ont obligé les entreprises à retarder les projets d’investissement existants et à reporter les investissements non essentiels pour préserver les réserves de liquidités ».

 

 

« Les flux mondiaux d’IED pour le premier semestre de cette année ont diminué de près de moitié… C’était plus drastique que ce que nous avions prévu pour l’ensemble de l’année », a d’ailleurs admis le directeur de la division de l’investissement et des entreprises à la CNUCED, James Zhan, lors d’une conférence de presse à Genève.

 

Les flux d’IDE vers l’Afrique subsaharienne ont diminué de 21%

 

Même ralentissement sur le continent africain. Même s’il continue de maintenir la propagation du virus avec des résultats palpables – moins de 1% des cas de contamination que compte le monde à l’heure actuelle –, les conséquences sur les économies se font déjà sentir. Avec un secteur du tourisme et de l’évènementiel à l’agonie, entrainant la perte de milliers d’emplois, des croissances qui ralentissent, et des IDE en baisse. La récession qui touche le premier partenaire commercial, l’UE, confirme dès lors que l’ère de l’après Covid n’est pas encore arrivée.

 

Selon les données de la CNUCED, les investissements transfrontaliers ont juste atteint 16 milliards de dollars au cours du premier semestre de cette année. En Afrique du Nord, le total des entrées d’IED a diminué de 44% pour atteindre 3,8 milliards de dollars au cours du premier semestre de l’année. Par exemple, les flux entrants vers l’Égypte ont diminué de 57%, pour atteindre 1,9 milliard de dollars au premier semestre 2020. À contre-courant, les flux d’IED vers le Maroc ont augmenté de 6% pour atteindre 0,8 milliard de dollars, en raison d’un profil d’investissement relativement diversifié. Les flux d’IED vers l’Afrique subsaharienne ont diminué de 21% pour atteindre un montant estimé à 12 milliards de dollars. Les flux entrants vers le Nigeria ont chuté de 29% pour atteindre 1,2 milliard de dollars, la mise en œuvre des projets en cours ayant été ralentie par la fermeture de sites dans les industries pétrolière et gazière. Les investissements vers l’Éthiopie ont été relativement stables, ne diminuant que de 12% pour atteindre 1,1 milliard de dollars.

 

Contrairement à la tendance, les flux d’IED vers l’Afrique du Sud ont augmenté de 24 % pour atteindre 2,9 milliards de dollars. Toutefois, cette augmentation est due en grande partie à des transferts intra-entreprise de sociétés étrangères vers leurs filiales dans le pays plutôt qu’à des projets d’investissement en terrain vierge.

 

En attendant, si la CNUCED prévoit une baisse de 7 à 9 % du commerce mondial pour 2020, malgré des signes de rebond au troisième trimestre, là encore l’exception chinoise pourrait bénéficier à l’Afrique. Les exportations du pays, après avoir chuté au cours des premiers mois de la pandémie, se sont stabilisées au deuxième trimestre 2020 et ont fortement rebondi au troisième trimestre, avec des taux de croissance de près de 10%. La Chine reste la principale source d’IED pour Addis-Abeba, pour ne citer qu’elle, avec un quart des nouveaux projets approuvés cette année.

 

La Zleca, une opportunité pour repenser le partenariat UE-Afrique sur la base du commerce équitable

 

Dans une telle configuration, quid du « nouveau » partenariat UE-Afrique ?  Si les dirigeants de l’Union européenne ont réitéré leur soutien au continent, au niveau de « l’allègement ou l’exemption de la dette comme un moyen d’alléger le fardeau financier de la crise sanitaire actuelle en Afrique », comme l’a souligné récemment Charles Michel à Bruxelles, le cap reste le même : orienter le partenariat avec l’Afrique sur sa transformation économique, en parallèle avec la transition verte et numérique de l’UE.

 

L’UE est d’ores et déjà le premier partenaire de l’Afrique en termes de commerce, d’investissement et de développement. Un champ qu’elle souhaite élargir avec des possibilités d’investissement dans des secteurs tels que l’économie numérique et de la connaissance, les énergies renouvelables, les transports, la santé et les systèmes agroalimentaires. Des annonces concrètes devaient être faites lors du prochain sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine, prévu en décembre finalement reporté à 2021.

 

« L’heure est au libre-échange mais aussi au commerce équitable entre les deux continents »

 

D’ici là, « le moment est venu pour l’Afrique de rompre avec le primat de la pensée de court terme et la structure coloniale de dépendance. L’heure est au libre-échange mais aussi au commerce équitable entre les deux continents », exhorte l’économiste togolais Kako Nubukpo dans une tribune publiée dans Jeune Afrique.  « C’est pourquoi l’accord de libre-échange africain (Zleca) constitue une excellente plateforme pour que les produits véritablement africains alimentent les marchés africains sur la base de règles d’origine et de contenu local strictes ».

 

Une Zleca qui poursuit son chemin, non sans peine dans la configuration actuelle, s’affichant selon l’économiste, à la lumière de la crise Covid-19 révélatrice des failles des uns et des autres, comme l’alternative pour une « Afrique [qui] veut le libre-échange mais aussi le commerce équitable, ainsi qu’un soutien bien ciblé, afin de parvenir à un partenariat gagnant-gagnant avec l’Europe ».

 

 

 

 

 

Ce message est également disponible en : Anglais