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Covid-19 Impuissants, les Africains de l’extérieur obligés de délaisser la base

Prise de peur en raison de l’incapacité de ses pays d’accueil face au Covid-19, la diaspora africaine en Europe et en Amérique reste impuissante pour aider les populations du continent noir. La pandémie qualifiée de celle du siècle non seulement menace la vie des concernés, crée des doutes quant à leurs investissements ici et là sur leur continent d’origine engendrant la dégringolade socio-économique des familles restées.

 

Emmanuel Atcha, Texas (USA)

 

Résident à Nebraska aux États-Unis depuis 2010, Etienne Obéku envoie chaque année près de 2.000.000 de francs CFA, environ 4.000 dollars au Togo, où vit sa famille de 11 personnes (père, mère, sœurs et frères) depuis toujours. Les fonds servent à gérer cette dernière alors que les conditions de vie et professionnelles sont de plus en plus compliquées dans un pays en proie à des crises politiques répétées et gangrené par la corruption. Comme Etienne, il y a près de 1.000.000 de Togolais en Occident qui font la même chose ou presque. Selon les chiffres avancés par la Banque mondiale, en 2019, la diaspora africaine en Occident a envoyé en Afrique noire près 49 milliards de dollars (70 milliards selon d’autres sources) à sa base soit bien plus que l’aide au développement qui est octroyée. « Les envois de fonds sont en passe de devenir la principale source de financement extérieur des pays en développement »,a indiqué Dilip Ratha. Les pays comme la Gambie, le Lesotho, le Cap-Vert, le Liberia, le Zimbabwe, le Sénégal, le Togo, le Ghana et le Nigeria sont en tête en considérant le pourcentage du PIB. Mais face au coronavirus ou Covid-19, la donne a changé. Et grandement. Selon certaines sources médiatiques en Europe, il faut situer la chute dans l’ordre de 20 à 40%.

« J’ai perdu mon emploi depuis que les entreprises ont fermé leurs portes ici. C’est alors devenu difficile d’envoyer de l’argent au pays. De 165.000 francs CFA par mois que j’envoyais, on est tombé à 50.000 francs CFA; et ce n’est même plus régulier », confie Etienne. Une déclaration qui illustre bien une situation que vivent ses nombreux africains de la diaspora en Occident. Ce changement qui n’est pas sans conséquence grave pour des pays dont l’économie dépend fortement des transferts de leurs fils et filles à l’extérieur.

 

Dégringolade des conditions socio-économiques sur le continent

 

Si l’aide de la diaspora est en chute, c’est évident que c’est en raison des changements observés dans les pays d’accueil. Mais à la base, cette situation n’est pas facile à vivre. Elle a créé un effet domino alors que le continent lui-même n’était déjà pas économiquement solide. Des chantiers stoppés, des commerces en berne, des projets titubants, ce sont des dizaines de millions de foyers qui sont victimes. « Ma sœur envoyait de l’argent chaque mois pour son chantier qui est toujours en cours. Mais avec la cessation des activités de l’autre côté, tout s’est arrêté. Les ouvriers, les maçons, les ferrailleurs, les électriciens, etc. ne cessent de m’appeler. Ils sont au chômage. Et moi, plus rien à gérer. C’est compliqué. », explique Sédina Agokpa rencontré à Cotonou au Bénin et dont la sœur réside à Bruxelles depuis 7 ans. De ce côté du continent, une personne qui travaille nourrit au moins 10 personnes. Très facile d’imaginer ce que vivent les familles à la base. « Un enfant en Europe ou en Amérique est un cadeau du Dieu vivant ici. Les familles dont les enfants sont en Occident sont considérées comme bénies »,commente Hervé Adjaho, un journaliste travaillant le Togo et le Bénin.

 

Selon d’autres témoignages reçus dans ces deux petits pays d’Afrique occidentale où les conditions de vie ne sont pas si différentes, malgré les actions d’aide des gouvernements pour alléger les poids financiers conséquents au Covid-19, les familles ont vu leur niveau de vie régressé considérablement.« Le couvre-feu instauré ici et là sur le continent a rendu les activités se déroulant la soirée et la nuit, impossibles. La peur de contracter le virus a rendu les activités exigeant la proximité impossibles. Les enseignants volontaires ou du privé sont laissés pour compte. Sans l’aide de la diaspora, dont l’appui était providentiel, c’est la dégringolade », a ajouté Hervé Adjaho qui n’oublie pas d’évoquer la situation également inquiétante des hommes et femme de médias dans le privé et surtout dans les milieux ruraux.

 

Une couche impuissante comme rarement…

 

Si la diaspora africaine en Occident a dû réduire son aide financière, elle s’est montrée également impuissante sinon incapable d’apporter son aide sur le plan social.

Autrefois, d’habitude face aux épidémies ou autres maladies sur le continent noir, les Africains de l’extérieur rassemblés dans des associations ou divers groupes sociaux, pouvaient mobiliser des produits pharmaceutiques ou un peu d’argent pour venir en aide aux plus nécessiteux. Une réalité à laquelle le Covid-19 va également s’attaquer. Alors que la base est en besoin chronique des bavettes, cache-nez (entre 200 et 1.000 francs CFA), lave-mains (entre 10.000 et 35.000 francs CFA) et de gels hydroalcoolisants (entre 1.000 et 11.000 francs CFA), la diaspora n’y peut rien. « Il y a quelques années encore, nous appelions nos frères pour mobiliser les produits contre les maladies cardiovasculaires pour nos familles restées au pays. Dieu seul sait combien cela leur coûte. Actuellement ce qu’il faut, et pour les populations et pour les médecins, ce sont les cache-nez, les désinfectants, les gels, etc. Mais nous-même aux Etats-Unis, nous sommes en manque. Vous avez appris que les Etats-Unis ont dû acheter un stock allant en France sur le tarmac. (Rire). Ça dit tout, en fait. Comment venir en aide à nos familles dans cette situation ? »,a laissé entendre une source proche d’une fondation regroupant des Togolais de la diaspora en Amérique qui depuis des années apporte son appui pour le développement.

 

En effet, dans les pays occidentaux où réside la diaspora africaine essentiellement, la pénurie est également prononcée. Une situation très mal vécue dans un pays comme le Togo où selon les estimations, 75% vivent avec moins d’un dollar par jour. Le manque crée la désobéissance aux gestes barrières recommandés par les autorités. Ainsi le mal ne cesse de se propager. Aux dernières nouvelles, le Togo a franchi 300 cas alors qu’il y a un mois, il était à moins de 200. Un bond qui trouve son explication dans l’incapacité des populations à se protéger.

 

Même si le gouvernement et les politiques se mobilisent, le suffisant est loin d’être atteint. L’aide de la diaspora se révèle indispensable. Mais que faire alors que cette dernière est elle aussi confrontée à la même situation? La diaspora a-t-elle encore les moyens de faire quelque chose pour sauver les familles ? Doit-elle attendre la fin du Covid-19 pour revenir tel un médecin après la mort ?  Quoiqu’il en soit, pour beaucoup de personnes en Afrique, même si le nombre des victimes est moins alarmant qu’en Occident, on a peur et on préfèrerait toujours être Outre-mer que sur le continent noir. Ainsi les familles continuent d’attendre beaucoup de leurs parents en Occident. Pire, certains membres de la diaspora qui sont rentrés d’Occident par peur de contracter le virus sont plutôt ceux qui sont venus contaminer leurs proches et on attend encore d’eux, s’ils

restent vivants, qu’ils fassent l’impossible pour gérer la famille victime socio-économique de la pandémie. La diaspora doit-elle peut-être repenser son aide à la base. C’est sans doute l’heure.