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Côte d’Ivoire Une élection présidentielle à haut risque

Le 31 octobre prochain, les Ivoiriens se rendront aux urnes dans un contexte très délicat. Entre les divisions au sein de la population, les craintes d’un retour au chaos, et une situation économique impactée par la pandémie du nouveau coronavirus, le pays semble au bord de l’implosion.

 

Par Issiaka N’Guessan à Abidjan

 

Cette élection constitue une nouvelle étape de crise dans un pays qui a connu une rébellion, une partition du pays en deux à partir du 19 septembre 2002 suivie d’une grave crise postélectorale qui a pris fin le 11 avril 2011. Et le pays est encore et toujours divisé, comme l’explique le politologue Geoffroy-Julien Kouao qui craint un approfondissement de la « fracture sociale » à l’issue de cette élection que boycotte l’opposition ivoirienne. « Cette élection est symptomatique du refus de la démocratie par la classe politique depuis 1990. Avec l’absence de l’opposition, l’enjeu reste le taux de participation. Dans tous les cas le scrutin du 31 octobre prochain va approfondir la fracture sociale et les clivages politiques. C’est un gâchis démocratique », estime-t-il.

Les recherches de solutions à cette crise politique se multiplient de la part de la CEDEAO, et sa mission conduite par la ministre ghanéenne des Affaires Etrangères, Shirley Ayorkor Btchwey. Cette dernière a exhorté « les candidats à la présidentielle du PDCI et du FPI à reconsidérer sérieusement la décision de boycotter l’élection et l’appel à leurs partisans à se lancer dans la désobéissance civile pour protester contre le processus électoral. Mais plutôt à œuvrer de façon sérieuse pour parvenir à un consensus sur le processus électoral puisqu’ils pourraient ne pas être en mesure de contrôler les excès qui résulteraient de leur appel à la désobéissance civile. » De son côté, le gouvernement ivoirien multiplie les initiatives de dialogue. Après un premier rendez-vous manqué samedi 17 octobre, ce mercredi 21 octobre, une rencontre est programmée à la primature avec les forces politiques de l’opposition qui ont participé au dialogue politique.

« Tant que cette affaire ne finira pas, on ne va pas s’en sortir »

Alors pour le moment en Côte d’Ivoire, on ne sort pas, comme l’explique un chauffeur de taxi : « L’élection présidentielle a plombé nos activités. Tant que cette affaire ne finira pas, on ne va pas s’en sortir. » En zone industrielle de Koumassi (au sud d’Abidjan), Mohamed, Libanais responsable d’une entreprise de fabrication de chaussures en plastique, confie que « l’activité a ralenti un peu depuis que la crise a commencé et c’est partout. Tous les commerces sont concernés de Koumassi à Cocody. Les clients ont commencé à rentrer chez eux. Ils disent qu’ils reviendront après les élections. Donc actuellement, les activités sont au ralenti, elles ne marchent pas trop. » Un coup de plus dans un pays où le taux de pauvreté est établi à 37,2%. Pourtant il a connu lors des neuf dernières années un redécollage économique mais qui ne masque pas pour autant les disparités sociales. Des routes ont été construites mais les Ivoiriens estiment qu’« on ne mange pas la route », dénonçant une pauvreté exacerbée.

Le taux de croissance a connu un bond à partir de 2012 pour s’établir à 8% jusqu’en 2018. « Malgré la conjoncture mondiale due au coronavirus, le taux de croissance s’établira à environ 2% », a fait savoir le secrétaire général de la présidence de la République. Un optimisme pas du tout partagé par une frange de la population. Une morosité s’observe sur le terrain surtout avec les empêchements de circuler, les casses de véhicules de transport comme celles de ce mardi 20 octobre 2020 à Yopougon. Des taxis et véhicules de transport en commun appelés « gbaka » ont été incendiés par des individus non identifiés.

 

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