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Côte d’Ivoire Tous les scénarii sont possibles  

Alassane Ouattara a annoncé, le 5 mars, qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle d’octobre prochain, en Côte d’Ivoire. Une décision qui vient rebattre les cartes d’un jeu électoral qui décidera de l’ancrage de la Côte d’Ivoire sur le chemin de la stabilité.

 

Par Dounia Ben Mohamed, à Abidjan

 

 

Et 2020 arriva. Enfin. Tant attendue, ou redoutée, elle pointe son nez. Avec elle, une multitude de questions : la Côte d’Ivoire confirmera-t-elle le retour de la stabilité en traversant le RDV électoral dans la sérénité ? L’objectif affiché, celui de l’émergence à l’horizon 2020, sera-t-il atteint ? La croissance, continue depuis 2011, se traduit-elle dans l’amélioration du quotidien des populations ? La dernière étant à mi-chemin entre les deux premières.

 

« Les élections de 2020 seront paisibles, ouvertes et démocratiques »

 

« Les élections de 2020 seront paisibles, ouvertes et démocratiques » assurait il y a peu le premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, par ailleurs potentiel candidat sérieux pour succéder au président Alassane Ouattara. D’autant que ce dernier, a annoncé le 5 mars, créant la surprise, qu’il ne se serait pas candidat à un troisième mandat.  Si ce dernier quitte la scène politique par la grande porte, avec à son actif la reprise économique de la locomotive ouest-africaine, il laisse derrière lui un paysage politique complexe, où tous scenarii restent possibles.

 

 

« On peut parler d’un consensus, sur la scène régionale, internationale, et même nationale, entre les partenaires au développement, les investisseurs, et même une bonne partie de la population : personne ne veut que ce pays ne retombe dans la crise ! »

 

D’autant que la scène politique offre l’image d’un jeu de chaise musicale, complexe, entre anciens ennemis devenus alliés, nouvelles alliances et ruptures, laissant ainsi la porte ouverte à toutes les hypothèses. A qui ADO remettra les clés du pouvoir, le PDCI sera-t-il au pouvoir à travers l’élection de Bédié, quel rôle jouera celui qui reste l’enfant terrible de la classe politique ivoirienne, Guillaume Soro, quid des indépendants qui ont confirmé leur percée lors des différentes élections locales…  A l’exclusion d’une, assurent « les sages », les observateurs bien avisés du pays. « Il n’y aura pas de chaos !» « Il y a eu beaucoup trop d’investissements pour la reprise de ce pays, dont la stabilité a également un impact dans la région, les enjeux sont trop importants pour qu’on laisse ce pays déraper à nouveau, estime un opérateur économique régional. On peut parler d’un consensus, sur la scène régionale, internationale, et même nationale, entre les partenaires au développement, les investisseurs, et même une bonne partie de la population : personne ne veut que ce pays ne retombe dans la crise ! »

 

De fait, à quelques mois de l’échéance, les initiatives se multiplient pour « dialoguer » et « désamorcer » toute éventuelle bombe. Ainsi, tandis que l’ambassadeur de l’Union Européenne en Côte d’Ivoire traversele pays en bus pour échanger avec les populations ; les jeunes eux-mêmes, dépolitisés comme leurs homologues du continent et ailleurs, investissent les réseaux sociaux et la scène associative pour organiser des rencontres- débats. A l’image de Youth 4 Peace , un forum dédié à la jeunesseet à la paix qui aura donné lieu, en octobre dernier, à des échanges entre jeunes.

 

Génération Smart gardienne de la stabilité

Cette génération Smart, de plus en plus entreprenante, fière de sa Côte d’Ivoire et de sa nouvelle dynamique économique, innove, créé des solutions à des problématiques locales et bouscule la société ivoirienne de l’intérieur. Pacifiquement mais sûrement. « Ils sont pragmatiques, un peu comme les anglophones, observe un consultantsénégalais établi à Abidjan. Ils avancent leurs pionsstep by stepmais s’imposent de plus en plus, sur la scène économique essentiellement, mais non sans influencer la scène politique qu’ils observent, de loin, mais avec attention. »

Certains osent même franchir le pas. Arthur Moloko, directeur des opérations chez Cfao Motors Côte d’Ivoire, est, depuis les dernières élections municipales,  maire-adjoint en charge de la jeunesse à la mairie de Treichville, en tant qu’indépendant. « Je ne me vois pas comme un acteur politique mais un membre de la société civile qui a accepté d’aller sur le terrain des municipales parce que, pour moi, c’est à ce niveau, que se joue le développement. » Décidé à mettre son expérience et son réseau au service de ce développement, il se veut comme une nouvelle source d’inspiration pour cette jeunesse déçue de la politique. « Aujourd’hui, on a l’impression que les politiques composent plus de la moitié du pays. Or c’est faux, c’est la société civile et les jeunes, plus de 70 %, c’est là que le pouvoir se trouve. À nous de reprendre notre place. »

Une majorité silencieuse qui fera la différence selon lui en 2020. « Je n’ai personnellement pas de craintes pour 2020. Parce qu’il y a toute une frange de ce pays qui ne s’exprime pas, mais néanmoins consciente, qui a vécu les événements de 2010, et fera la différence. » Et de prendre pour exemple les municipales, un test réussi selon lui. « Pour l’élection au Plateau, les jeunes se sont mobilisés, et on a eu des élections libres et transparentes. La preuve qu’on peut le faire, et on doit le faire ! »

 

 

Croissance, résilience et attractivité

 

D’ici là, la Côte d’Ivoire multiplie les bonnes notes. Alors que le Fonds monétaire international (FMI) annonce une croissance à 7,4%, le pays maintient son rythme de croisière avec une moyenne qui tourne autour des 8% depuis 2011. Révélant ainsi sa résilience ainsi que le soulignera le FMI dans son dernier rapport-pays.  « En dépit des chocs endogènes et exogènes de l’année 2017, l’économie ivoirienne a montré sa résilience et de bonnes performances économiques sont prévues pour 2018 et 2019. » De fait, cette année encore, les indicateurs sont au vert, l’inflation reste sous la barre des 3 % de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA). De quoi confirmer la confiance des bailleurs de fond qui continuent de miser sur le produit Côte d’Ivoire. A commencer par la Banque africaine de développement qui a engagée plus d’un milliard d’euros de financement de projets dans le pays. De même pour la Banque mondiale qui va

financer la mise en place de onze projets de développement, dont celui du « Grand Abidjan », un investissement de 315 millions de dollars.

 

L’urgence, l’industrialisation

 

Un engagement des partenaires au développement qui n’est pas sans rassurer les investisseurs. La Côte d’Ivoire, qui a connu une croissance de 17% des IDE entre 2016 et 2017, passant de 577 à 675 millions de dollars américains, soit 0,04% des IDE dans le monde, se confirme comme hub régional, voir continental. Après les Marocains, plus que jamais présents, les Américains, Allemands et Japonais se positionnent.  Ces derniers, qui vont implanter une usine Toyota à Yopougon, confirme l’accélération de l’industrialisation du pays. Jusque-là, le maillon faible dans la chaîne de transformation des matières premières, préalable indispensable à la promotion du made in Côte d’Ivoire, le défi des années à venir pour « transformer le potentiel » selon l’ambassadeur de l’Union Européenne, Jobst Von Kirchmann.Et justement, les usines arrivent, de plus en plus, de chocolat, de café, de caoutchouc… jusqu’au plastique recyclé.

 

Tandis que la numérisation de l’économie se poursuit, et connait un coup d’accélérateur avec l’arrivée du câble souterrain Main One. De quoi offrir un environnement plus favorable à l’Ivoir’Tech. Et créer des emplois, l’objectif à atteindre. De même que la réduction de la pauvreté.

 

 

« Les Ivoiriens restent en forte attente d’une redistribution plus importante de la richesse créée »

 

 

« Les Ivoiriens restent en forte attente d’une redistribution plus importante de la richesse créée», admettait récemment le chef du gouvernement. Avant de rappeler la mise en place du Programme social, précisément destiné à répondre à cette attente, en matière d’accès à la santé, l’éducation, le logement, l’électricité, le transport… et l’emploi décent.

 

Condition sine qua non de l’émergence. Laquelle, à en croire la ministre du Plan et du développement, Nialé Kaba, pointe son nez. Alors que la Côte d’Ivoire présente, selon elle, « toutes les caractéristiques de l’émergence », elle assure : « si nous ne sommes pas émergents en 2020, peut-être le serions-nous en 2025 ou 2030. (Toutefois), nous sommes pré-émergents ». Chiffres à l’appui, elle poursuit : « La Côte d’Ivoire a enregistré de 2012 à 2018 un taux de croissance économique annuel moyen de 8,6% contre 0,8% de 2000 à 2010. Une dynamique impulsée par les investissements et les réformes stratégiques qui ont permis d’améliorer les indicateurs socio-économiques. Le niveau de l’investissement, en forte croissance, est passé de 8,2% en 2011, au sortir de la grave crise postélectorale ivoirienne, à un taux de 20,8% en 2018. En valeur nominale, ces investissements ont plus que triplé de 2011 à 2018, passant de 928 milliards Fcfa à 4 968 milliards Fcfa.  Le Produit intérieur brut (PIB) par habitant a augmenté de 33% de 2010 à 2017, passant de 560 300 Fcfa à 745 200 Fcfa, selon des données officielles. Quant au niveau des dépenses pro-pauvres, il est passé de 885,2 milliards Fcfa en 2010 à 2 290,8 milliards Fcfa en 2018. Ces performances ont permis d’inverser la tendance haussière du taux de pauvreté qui est passé de 10% en 1984 à 38,8% en 1998 et à 48,6% en 2008 pour s’établir à 51% en 2011. Ce taux a baissé à partir de 2012 pour ressortir à 46,3% en 2015 et devrait fléchir en 2018 selon des enquêtes en cours. »

 

En somme, la Côte d’Ivoire est sur le chemin de l’émergence. Et entend bien atteindre le cap fixé ainsi que l’assurait le chef de l’État lors de son traditionnel message à la nation à l’occasion de la fête d’indépendance, le 7 aoûtdernier, sous la forme d’un entretient avec un journaliste de la chaîne nationale RTI au lieu du discours habituel. « En seulement 8 ans, nous avons quasiment tout doublé. Le PIB a été doublé et le revenu par habitant a augmenté de 40% ». Rappelant l’orientation suivie, à savoir « faire en sorte que l’investissement privé soit le moteur de la croissance économique », il met l’accent sur l’industrialisation de l’économie, notamment dans le secteur agricole qui représente 20% de l’économie.

 

L’après 2020 déjà sur les rails

 

Balayant les querelles politiciennes, il confirme : l’après 2020 et déjà sur les rails. A l’image des travaux du métro d’Abidjan qui vont, enfin, démarrer, la Côte d’Ivoire a sa nouvelle feuille de route, le  « Plan Stratégique Côte d’Ivoire 2030 » élaborée avec le cabinet de stratégie McKinsey, qui met l’accent sur quatre axes principaux, à savoir : le capital humain de demain, en renforçant les systèmes éducatif et sanitaire ; redynamiser les moteurs d’emplois et d’inclusion sociale ; poursuivre la mise à niveau des accélérateurs de la croissance (infrastructures, environnement des affaires, financement) ; revaloriser les moteurs d’exports et d’investissements (industrialisation ciblée et développement d’un hub tertiaire dans une approche d’intégration sous-régionale).

 

« Nous nous devons dans les années à venir d’accélérer la transformation de notre économie afin que cette dernière génère plus de valeur ajoutée sur le territoire national grâce à l’amélioration qualitative de nos produits, à l’amélioration de nos infrastructures et la création de zones industrielles décentralisées, à une plus grande transformation de nos produits agricoles, au développement d’industries manufacturées et de services, au développement des PME, à la transformation du secteur artisanal et au meilleur financement de notre économie », résume le chef de l’État.

 

Il aura ainsi fixé le cap. Reste à passer l’épreuve de 2020…