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Côte d’Ivoire : sortir de la crise grâce à l’agriculture verte.

La ville de Korhogo a su se sortir plus que d’autres de la crise que le pays a connue pendant dix ans. En 2002, alors que la rébellion en prend possession, la capitale du nord ivoirien  ne présente pas un visage reluisant. Dix ans plus tard pourtant, Korhogo renaît de ses cendres, et ce grâce à son économie verte. Reportage.

Le 19 septembre 2002, au moment où la rébellion des ex-Forces Nouvelles (FN) prend ses quartiers à Korhogo, l’avenir ne se présente pas sous son meilleur jour. C’est aussi la période de l’harmattan qui se singularise par de la poussière ocre et un soleil de plomb : artères non bitumées, crevasses, égrainage de coton par les groupes Sicosa (société ivoirienne de coton des Savanes) et par l’ex-LCCI (La compagnie cotonnière de Côte d’Ivoire). Ici, pourtant, la crise a servi de ferment à la renaissance de la ville, située à 635 Km d’Abidjan, et aujourd’hui capitale de la région du Poro.

Agriculture cotonnière, socle du salut économique

Selon le recensement « RGPH 2014 », Korhogo compte 225 547 habitants majoritairement producteurs de coton, de maïs, de noix de cajou et d’anacarde. Après une période d’arrêt due à la survenue de la rébellion, l’économie a timidement repris grâce à une subvention de l’Union Européenne, puis par le développement de la culture attelée. A l’époque, plus de 120.000 producteurs de la région des Savanes, la plus grande zone de production de l’Or blanc, sont affiliés à la LCCI :

« Le coton a immanquablement permis la survie de l’économie au niveau de Korhogo – avec pour Korhogo seule, 100.000 producteurs » explique Ouattara Manan Raphaël, ex-porte-parole des organisations professionnelles agricoles affiliées LCCI et président de la coopérative CEAK. « C’est aussi la situation géographique de Korhogo qui a le plus contribué à son économie ; c’est une ville frontalière d’avec le Mali et le Burkina Faso, donc le commerce y est très développé » ajoute Coulibaly Mamadou, Directeur Général de la CIDT (Compagnie ivoirienne pour le développement des textiles, public) et vice-président du Conseil régional de Korhogo.

La place des collectivités territoriales

Pour mieux aborder les défis environnementaux, le vice-président du Conseil régional de Korhogo prend part à toutes les rencontres sur le climat. A Paris (Cop 21) comme à Marrakech (Cop 22), il défend que « les collectivités territoriales ont une place prépondérante dans la gestion du climat, surtout dans notre région qui est agricole. Produire du coton nécessite une bonne pluviométrie donc nos techniciens sont à ces rendez-vous, et nous soutenons nos entrepreneurs dans cette voie. »

Par exemple, le tissu industriel de Korhogo s’est étoffé d’une huilerie verte, pour un capital de 8 milliards de FCFA. Ali Ghazal, le PCA de la société, est convaincu que la croissance de l’économie verte passe par les institutions publiques :

« Nous employons à peu près 200 travailleurs et utilisons une chaudière de dernière génération qui fonctionne avec la coque de coton, qui est naturelle et ne pollue pas l’air contrairement à d’autres… C’est pourquoi l’Etat songe à un projet pour dans trois ans, autour de la coque et de la tige de coton, spécifiquement dans la région Nord du pays, ce qui devrait favoriser encore plus l’emploi des habitants. »

Le dynamisme de la population

Chassés dans les régions Centre-Ouest où ils cultivaient du cacao, les Sénoufo ont également rejoint leur terre natale pour y reprendre la culture du coton, mais surtout celle de l’anacarde. Presqu’inconnue il y a 10 ans, l’anacarde est donc produite en majorité à Korhogo, et la Côte d’Ivoire en est devenue le premier exportateur mondial.

Pour Koné Sidi, ancien Directeur chargé de la production de LCCI, ce sont ces retours de populations qui ont contribué au développement de la ville :

« Je pense que le premier facteur de réussite de la ville est le dynamisme de la population.  Il n’y a pratiquement pas de chômage ici car chacun peut trouver à se débrouiller : chauffeur de moto-taxi, coiffeur,  aide-maçon,  mécanicien, commerçant, et bien sûr dans l’agriculture. Par exemple, les 3 dernières années ont vu le prix d’achat de l’anacarde se maintenir au-delà de 600 FCFA, soit 10 fois plus qu’il y a 10 ans, ce qui a impulsé un essor à l’économie de la zone et a créé des emplois, notamment quand le coton était au plus bas… »

Le vivrier, support du coton et de l’anacarde

Simplice Yao KOFFI, Spécialiste en Espace rural et aménagement du territoire de l’Université Péléforo Gon Coulibaly (Korhogo), précise enfin que rien n’aurait pu tenir sans le secteur vivrier. Pour lui, si Korhogo a pu s’en sortir plus aisément que d’autres, c’est parce que sa production vivrière est une des plus importantes du pays :

« Le développement économique de Korhogo s’est certes renforcé pendant la crise : mais surtout grâce à l’essor du vivrier marchand… Des enquêtes menées entre 2002 et 2012 ont montré que le vivrier était plus rentable tant par son faible coût variable que par son haut rendement. Par sa rentabilité donc, le secteur du vivrier est arrivé à maintenir le coton et soutenir l’anacarde dans le paysage agricole de la région. De sorte que Korhogo a pu développer des capacités d’adaptation face à la crise socio-politique de notre pays; et c’est ainsi que la ville a finalement progressé au sortir de celle-ci. »


 

Issiaka N’GUESSAN