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Côte d’Ivoire : Remaniement après la grogne sociale

Après un premier mandat centré sur la reconstruction, Alassane Ouattara recompose son équipe sur fond de grogne sociale à mi second mandat.

 

La Côte d’Ivoire a vécu une semaine de troubles : militaires mutins, fonctionnaires en grève, et recomposition du gouvernement. Ce remaniement impose une nouvelle feuille de route à la Présidence, laquelle entame la seconde phase de son mandat en faisant face à de réelles tensions sociales.

 

Les principaux sortants

 

Les perspectives du passage de témoin en 2020 ne pouvaient laisser le gouvernement statique au regard de la grogne. Certains payent des reformes mal abouties et d’autres des défaites électorales. D’une part, la trop grande longévité de quelques ministres comme Moussa Dosso (depuis 2003), la réforme du permis de conduire et des transports par Gaoussou Touré, ou encore la mauvaise gestion du processus TNT par Affoussiata Bamba-Lamine, ont conduit à leurs sorties respectives. D’autre part, les débâcles électorales d’Anzoumana Moutayé du MFA et de Rémi Allah-Kouadio du PDCI, cadres du gouvernement et fidèles de Bédié, expliquent leurs limogeages.

 

Le départ de Duncan, conséquences

 

Duncan, technocrate parfaitement bilingue comme Ouattara, n’avait d’yeux que pour les agrégats économiques. Son départ de la Primature, pour le poste de Vice-président, ne devrait donc pas laisser un grand vide dans l’opinion. Toutefois, le maintien d’Ahoua Théophile N’doli, comme directeur de cabinet du nouveau premier Ministre mais anciennement de Duncan, révèle que Ouattara veut jouer la continuité. Ainsi, la Primature sans Duncan ne devrait pas subir d’énormes changements dans la mise en œuvre du programme politique ivoirien. D’ailleurs, Patrick Achi, alors ministre des Infrastructures Economiques, annonçait il y a peu une accélération des investissements dans les infrastructures économiques, qui devrait donc être maintenue sous la nouvelle équipe.

 

Nouvelle feuille de route

 

Amadou Gon Coulibaly, Ministre d’Etat puis Secrétaire Général de la Présidence, devient le nouveau Premier Ministre. Sa feuille de route est axée à la fois sur des réformes institutionnelles «  avec la modernisation de l’administration, la promotion de la bonne gouvernance et d’une justice qui rassure compatriotes et investisseurs étrangers » et sur des réformes économiques pour soutenir « la promotion de l’agro-industrie, le développement des énergies – y compris les énergies renouvelables – et l’extension des infrastructures. »

 

Agir sur l’emploi

 

Pour répondre à la grogne sociale, le nouveau Premier ministre entend aussi agir sur le front de l’emploi. « Au plan social, la poursuite de nos efforts dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’eau potable, de l’électricité ; l’intensification de nos actions pour assurer une meilleure redistribution des fruits de la croissance; et l’accélération des programmes de création d’emploi notamment pour les jeunes » sont les nouvelles priorités. Mais dans un contexte post-crise, le nouvel homme fort du gouvernement n’oublie pas le plan sécuritaire pour lequel il souhaite poursuivre « les efforts de modernisation, de professionnalisation et d’équipement des Forces de Défense et de Sécurité pour garantir la sécurité des personnes et des biens. »

 

Les tensions sociales

 

Malgré une croissance estimée à 8.5% selon le FMI, la Côte d’Ivoire reste confrontée à des tensions sociales. Sur les marchés, c’est la grogne face aux prix élevés des denrées de première nécessité et la complainte permanente des ivoiriens de ne pas ressentir la croissance économique. La réforme de la retraite par une ordonnance de 2012 a provoqué une grève générale des 66 syndicats de la Fonction publique. La grève est relancée de façon « illimitée » selon les responsables de la plateforme des syndicats de la Fonction publique ivoirienne. Du côté des mutins, le gouvernement a accepté de payer à partir de ce lundi 16 janvier, 5 millions FCFA à chacun des 8400 soldats issus de l’ex-rébellion des Forces Nouvelles. 7 autres millions FCFA leur seront reversés sur 7 mois, soit un total de 12 millions FCFA par soldat. Le prix de la guerre et de la paix.


 

 

Auteur Issiaka N’guessan // Photo : Nouvelle équipe gouvernementale – © Issiaka N’guessan

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