ArchivesLe dossier du mois

Côte d’Ivoire : La crise ? quelle crise ?

A voir les investisseurs se bousculer au pays des éléphants, difficile d’imaginer ce que les élections présidentielles prévues en octobre 2015 pourraient avoir de déstabilisant. Le pays semble bien en ordre de marche vers le développement.

« En Côte d’Ivoire, le risque politique n’a plus rien à voir avec celui qu’il était il y a encore quelques années. C’est ce que nous pensons, mais c’est aussi ce que pense la grande majorité des investisseurs et des milieux d’affaires ». Aurélien Mali sait de quoi il parle. L’analyste en chef responsable de la Côte d’Ivoire chez l’agence de notation financière Moody’s évalue le pays plusieurs fois par an, et ce, depuis plus de quinze ans. A l’entendre, on peine à croire qu’il y a seulement quatre ans, les élections présidentielles avaient donné lieu à une guerre civile qui fit plus de 3 000 morts.

Une crise dont les milieux d’affaires se souviennent pourtant. Laurent Gbagbo, le candidat déclaré battu et aujourd’hui en attente de son procès à La Haye (Pays-Bas), organisait, début 2011, la saisie des agences de la BCEAO. Du 24 janvier au 8 avril, Alassane Ouattara obtenait un embargo sur le cacao ivoirien en vue d’assécher les ressources de son adversaire. En février, les banques fermaient les unes après les autres pour raisons de sécurité tandis que la Société ivoirienne de raffinage, dans l’incapacité d’acheter du pétrole, suspendait toutes ses activités jusqu’à nouvel ordre. Avec la fermeture des banques et des ports, les prix de la viande, de l’huile, du sucre et du gaz explosaient. Le chaos. Et pourtant…

Et pourtant aujourd’hui, pas de « psychose » en attendant les élections d’octobre 2015. Pas de fuite de capitaux non plus. Pour preuve, le niveau d’investissement total (privé et public) devrait représenter près de 20% du PIB en 2015. « Cette croissance de l’investissement est impressionnante, reconnaît Aurélien Mali. En 2011, l’investissement total valait 7% du PIB. C’est bien la preuve que les agents évaluent le risque politique à un niveau assez faible ». En effet, à d’autres époques, ils auraient certainement attendu la tenue des élections avant de prendre le risque de s’engager.

Preuve tangible d’une confiance retrouvée, le retour du siège de la Banque africaine de développement à Abidjan, qui avait déménagé à Tunis durant la crise, suivi par celui de banques privées, comme City group, qui avait elle aussi délocalisé son siège, mais cette fois à Dakar.

En réalité, la question n’est même plus de savoir si les élections vont bien se passer ou non, mais plutôt « qu’est-ce qui pourrait bien empêcher qu’elle se passe correctement ? se demande Aurélien Mali. Les pro-Gbagbo n’ont plus les moyens de déstabiliser le pays. Une partie du Front populaire ivoirien a déjà tourné la page et les autres sont bien identifiés et en nombre restreints ». De l’autre côté, la coalition autour d’Alassane Ouattara est solide et l’ancien président Henri Konan Bedié a maintenu son soutien au chef de l’Etat.

Economiquement aussi, les voyants sont au vert. « Le pays est assez bien géré même si la croissance n’est pas totalement inclusive, remarque l’analyste. La production de cacao a augmenté de façon très importante, mais pas seulement. En quelques années, le développement des infrastructures de transport a permis un acheminement des denrées plus aisées, si bien que bon nombre de productions agricoles ont augmenté de manière significative. C’est vrai pour le café, pour l’hévéa, la noix de cajou et d’autres encore ».

Si beaucoup de problèmes subsistent, le pays donne l’impression d’être en ordre de marche vers le développement. Et c’est sans compter un secteur minier largement inexploité, et « dont le potentiel est bien supérieur à celui d’un pays comme le Ghana », s’enthousiasme Aurélien Mali. La privatisation de l’électricité a globalement été un succès. A tel point que la Côte d’Ivoire en est devenu exportatrice. La croissance est très bonne, parmi les 10 plus élevés au monde, et aucun pays dans la région n’a intérêt à déstabiliser son voisin tant il est un moteur économique important pour eux. La communauté internationale et les bailleurs de fonds ont beaucoup investi et soutiennent les réformes, tandis que 10 000 hommes des forces de sécurité de l’ONU sont toujours sur place. Alors, on vous le demande à vous, puisque nous n’avons pas de réponses : quel pourrait être le risque associé aux élections présidentielles en Côte d’Ivoire ?


Par Julien Wagner