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Côte d’Ivoire- La classe moyenne conditionne les nouveaux produits d’assurance et de banque

Dans une étude IPSOS rendue publique en octobre 2015, le groupe CFAO fait une incursion dans la sphère de la classe moyenne africaine du Maroc, du Nigéria, du Kenya, de la Côte d’Ivoire et du Cameroun. En Côte d’Ivoire, cette frange sociale impacte l’économie des assurances et banque.

Selon l’étude IPSOS commandée par CFAO, en 2010, ils étaient 78 millions de jeunes cadres du privé à constituer sur le continent africain cette classe dite moyenne.
Ils sont jeunes, de la tranche d’âge 25-40 ans, sortis des grandes écoles ou universités, un niveau académique BAC+4 au moins et ont des envies qui diffèrent de celles des parents et devanciers. « Avec cette étude, nous avons souhaité dépasser l’approche numérique, fondée sur la simple appréciation des niveaux de revenu des différentes couches sociales africaines, nous avons mis l’accent sur les caractéristiques sociales de la classe moyenne, sur ses spécificités et sur ses habitudes de consommation » explique Richard Bielle, président du Directoire de CFAO.
Une« clientèle intermédiaire, ni pauvre ni riche » 
 
ANA s’est rendue à la Société ivoirienne de banque (SIB, Groupe Attijariwafa Bank, Maroc) pour apprécier la prise en compte de la classe moyenne ici appelée, « clientèle intermédiaire, ni pauvre ni riche » indique Charles Dutauziet, directeur de l’agence de Bouaké (349 Km d’Abidjan, Centre-Nord, région de Gbèkè). « Nous constituons des offres packagées avec une vente en gros, l’ouverture du compte est affiliée à plusieurs produits pour cette cible qui se retrouvait chez les usuriers » précise-t-il. « Le prêt immobilier, type de prêt qui était anciennement rare » selon Dutauziet est le produit vers lequel les banques orientent la classe moyenne. « C’est l’immobilier qui peut régler leur problème » assure Charles Dutauziet.
Pour le directeur de la Sib à Bouaké, la prise en compte de cette classe moyenne a amené les banques à anticiper sur les besoins de ces jeunes cadres. « Les banques vont jusqu’à bancariser cette cible par des avances sur bourse à partir de l’école » indique M. Dutauziet.
Jean Philippe Kacou est lui chef d’agence à Saham Assurance, première société d’assurance en Afrique subsaharienne et  6è en Afrique. Il estime que « la classe moyenne occupe une place importante. On a initié produits phares orientés vers l’éducation et la vie. L’éducation intéresse la classe moyenne » soutient-il. «La classe moyenne impacte la consommation orientée vers l’équipement en électroménagers, l’éducation et les assurances » fait-il savoir. Il estime que les assureurs sont obligés de « faire preuve de créativité car on a plus de besoin pour contenter les jeunes cadres qui ont une autre mentalité, ont des projets, veulent que leurs enfants soient des chefs d’entreprise et la majorité inscrit les enfants dans les écoles bilingues qui coûtent chères ».
Selon l’étude IPSOS, en 2040 la classe moyenne comptera sur le continent 224 millions d’individus 
Selon l’étude IPSOS, en 2040 la classe moyenne comptera sur le continent 224 millions d’individus et précise que « ce nouveau consommateur africain est un salarié du secteur privé sorti d’une logique de subsistance et qui privilégie la consommation locale. Ils dépensent un quart de leurs revenus pour leur alimentation et gèrent rigoureusement et cumulent emploi formel et informel et investissent dans l’avenir, notamment dans l’éducation de leurs enfants » lit-on dans l’étude rendue publique en début d’année. 17% de ces jeunes cadres africains qui sont Ivoiriens utilisent des cartes magnétiques pour leurs achats et fréquentent les hypermarchés et supermarchés. De cette classe moyenne africaine, les Ivoiriens utilisent à 42%  le paiement mobile.
Toussaint N’gotta est journaliste au quotidien ivoirien LG Infos. Pour l’avenir de sa progéniture, il indique avoir contracté « une assurance-éducation » avec sa banque dit-il « sur conseils de ma gestionnaire ».  Il précise avoir suivi les conseils de sa gestionnaire, indiquant qu’il a contracté une assurance-éducation pour les enfants. Tout comme lui, Alex N’guettia, PDG de plusieurs sociétés de négoce dans la filière cajou dit prendre des dispositions pour « l’avenir de mes enfants », avec « pour priorités, la sécurité sociale pour les enfants et une très bonne éducation ».
Priorité de la classe moyenne : « le logement, l’éducation et la santé ».
« J’ai contracté une assurance-maladie » pour les enfants mais en termes de priorité,  « c’est le logement, l’éducation et la santé ».
Alex N’guettia précise avoir ouvert des « comptes épargnes pour les enfants sur lesquels, je fais des épargnes et j’investis dans le logement » indique-t-il.
Fils d’un chauffeur de minibus « badjan », 22 places, il explique qu’il est d’une famille polygame avec « beaucoup d’enfants », toute chose qui ne pouvait emmener le père à penser à des initiatives d’assurance. Aujourd’hui, jeune cadre du privé, il a une vision autre que celle de son père, privilégiant l’anticipation et la prévision. Et cela passe par les banques et les assurances.


Issiaka N’GUESSAN