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Côte d’Ivoire : La Banque Mondiale note une « croissance exceptionnelle »

Le bureau de la Banque Mondiale à Abidjan a rendu public le pré-rapport sur l’évolution économique de la Côte d’Ivoire, sur la période de 2012 à 2014, notant une performance sans précédent.

La Banque Mondiale a noté, lundi 16 février 2015, « la croissance économique exceptionnelle enregistrée par la Côte d’Ivoire au sortir de la crise », dans un pré-rapport rendu public par les experts de ladite banque, et qui a fait l’objet de débat.

« La robustesse des investissements est le facteur le plus important de la relance économique, essentiellement les investissements privés qui ont plus que doublé, bénéficiant des retombées de l’investissement public en infrastructures et la baisse des coûts de conduite des affaires en Côte d’Ivoire »

Selon Volker Treichel, économiste principal et coordonnateur des programmes pour le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Togo, « la Côte d’Ivoire a enregistré, en moyenne, un taux de croissance économique de 9,7% sur la période 2012-2013, et cela s’est poursuivi à la mi-2014 avec un taux de croissance de 8%. De belles performances au lendemain de la crise postélectorale de 2010 ». Poursuivant son intervention, M. Volker note que « la robustesse des investissements est le facteur le plus important de la relance économique, essentiellement les investissements privés qui ont plus que doublé, bénéficiant des retombées de l’investissement public en infrastructures et la baisse des coûts de conduite des affaires en Côte d’Ivoire ».

Il a en outre annoncé des perspectives de croissance annuelle de 8% prévues à moyen terme si les facteurs internes tels que la consolidation de la réconciliation nationale et de la stabilité sociopolitique, la poursuite des grands investissements en infrastructures publiques et le maintien de la stabilité macroéconomique et du rythme des réformes structurelles en faveur du secteur privé sont maintenus. « Avec un taux de 8,7% en 2013, la croissance économique de la Côte d’Ivoire a été forte et tirée par tous les secteurs d’activité, prolongeant ainsi la bonne reprise économique constatée depuis la fin de la crise postélectorale de 2010… Les estimations récentes suggèrent que la croissance du PIB s’est maintenue à près de 8% au cours du premier trimestre 2014 », explique pour sa part Ousmane Diagana, Directeur des Opérations de la Banque Mondiale pour les cinq pays de l’Afrique de l’Ouest sus-indiqués, qui se félicite de l’importance des reformes apportées aux réglementations et institutions du pays pour créer un environnement des affaires favorable.

« Il y a des efforts à faire pour la lutte contre le chômage et principalement pour l’emploi-jeune. La Banque Mondiale doit appuyer la stratégie de décollage économique de la Côte d’Ivoire qui est sur la bonne voie »

A en croire la Banque Mondiale, la chute du prix du pétrole à l’échelle internationale n’a pas véritablement affecté l’économie ivoirienne. « L’effondrement récent des cours internationaux du pétrole-et dans une moindre mesure, la baisse des prix des principaux produits d’exportation de la Côte d’Ivoire , ainsi que le fléchissement de l’euro par rapport au dollar ont des effets sur les échanges commerciaux, les revenus et la croissance du PIB en Côte d’Ivoire, même si ces effets sont actuellement considérés comme modérés », indique M. Diagana. Avant de préciser que « la baisse du prix à l’exportation des matières premières en provenance de la Côte d’Ivoire, depuis la mi-2014, a été beaucoup moins sévère que la chute de 50% enregistrée pour le prix du pétrole, ce qui sous-entend une amélioration des termes de l’échange et de la balance des paiements du pays ».

Tout en relevant que l’inflation en Côte d’Ivoire est tombée à un niveau bien inférieur à la moyenne de l’UEMOA, à la mi-2014, Ousmane Diagana observe du reste une évolution favorable sur le plan budgétaire, le solde primaire devenant légèrement excédentaire dans la première moitié de 2014. Toute chose qui se reflète, selon l’orateur, à travers l’appel aux marchés internationaux, avec une première émission d’emprunt obligataire (euro-bond) de 750 millions de dollars en juillet 2014, dont les souscriptions ont été six fois plus importantes que le montant final de l’émission obligataire qui s’est réalisée à un faible taux d’intérêt de 5,63%. En outre, le représentant de l’Institution de Bretton Woods constate l’amélioration du climat sécuritaire, ce qui constitue un atout pour la dynamique de la reprise. Le rapport a par la suite fait l’objet de critiques d’experts, de la société civile et des journalistes.

Dans cette lancée, le Pr Beda Aka de la cellule d’experts du ministère de l’Economie et des Finances a laissé entendre qu’il « existe encore des inégalités sociales en Côte d’Ivoire ». « Il y a des efforts à faire pour la lutte contre le chômage et principalement pour l’emploi-jeune. La Banque Mondiale doit appuyer la stratégie de décollage économique de la Côte d’Ivoire qui est sur la bonne voie », a-t-il conclu. C’est aussi le cas du Pr Ahouré Alban de la Cellule d’Analyse des Politiques Economiques du CIRES (CAPEC), qui note l’absence dans le rapport, de la situation socioéconomique des populations, de même que la sécurité des personnes qui est à caution, quand bien même celle de l’Etat soit renforcée. Daniel Bréchat, Président de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises de Côte d’Ivoire (CG PME-CI) estime de son coté que le rapport n’évoque pas la situation des entreprises ivoiriennes confrontées à des problèmes de financement et à une forte pression fiscale. M. Diagana a promis de prendre en compte ces différentes observations dans le rapport final qui sera disponible sous peu.


Par Hervé Gobou