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Côte d’Ivoire – Développer les infrastructures pour soutenir l’émergence

Le secteur privé du BTP entend apporter sa contribution à l’émergence de la Côte d’Ivoire, et ce grâce au développement des nombreuses infrastructures du pays. Abidjan a donc vécu du 24 au 26 novembre dernier au rythme du deuxième SIA (Salon des Infrastructures) – lors duquel la capitale a annoncé un investissement de 3560 milliards de FCFA (7 milliards de dollars US), dans le cadre de son second Plan national de développement (PND 2016-2020).

« De 2011 à 2015, 1800 milliards FCFA  (3,6 milliards de dollars US) ont été alloués par le Programme présidentiel d’urgence (PPU) à la réhabilitation des infrastructures de base – détruites ou rendues obsolètes après la crise. » Pour Patrick Achi, Ministre des Infrastructures Economiques, c’est ce premier effort amorcé par les autorités qu’il convenait de rappeler à l’ouverture du SIA 2016. Une autre façon de dire que les enjeux du développement des infrastructures sont tout aussi politiques qu’économiques.

Une demande essentiellement publique

Comme l’explique Ismaël Boga-N’guessan, le Commissaire général du salon, les interventions du SIA sont d’abord promotionnelles et techniques : « Tous les acteurs des Infrastructures se donnent rendez-vous pour promouvoir leurs activités, tisser des partenariats, présenter des innovations, démontrer leur savoir-faire. » Toutefois, dans un secteur soutenu essentiellement par la demande publique, il s’agit surtout de donner aux différents professionnels les outils pour se former et s’informer. C’est pourquoi, Philippe Eponon, le président du GIBTP (Groupement Ivoirien BTP)  a défendu dans les panels qu’il animait le besoin de comprendre « toute la chaîne infrastructurelle, pour former les acteurs à  la prévention et la gestion du contentieux des marchés publics. »

Une politique de grands chantiers

Si le Programme présidentiel d’urgence (PPU) a permi de faire monter le budget de 45 milliards FCFA en 2011 à 135 milliards FCFA en 2014, il s’agit pour le Ministre des Finances de faire de « 2017, l’année du redémarrage ou de la ré-accélération. » Il s’inscrit ainsi dans la lignée du Premier Ministre, qui dès le mois de Juillet 2016 précisait ses quelques grands chantiers : un barrage hydro-électrique le plus puissant de la sous-région et ce pour un coût de 286 milliards FCFA ; un plan de 60 000 logements sociaux à construire dans la région du Grand-Bassam, mais dont seuls 3200 ont été réalisés jusqu’à ce jour… Dans un cas comme dans l’autre, ces nouvelles infrastructures ne peuvent donc émerger sans la volonté et sans l’appui des autorités, qui paradoxalement font parfois défaut dans le paiement.

Des difficultés pour les PME

« En ce qui concerne le BTP, c’est d’abord le problème des préfinancements… vous voyez comme cela a gangrené le domaine des logements sociaux. » Pour Soro Doté, Président National de la Confédération des Pme et Pmi du BTP de Côte d’Ivoire, la difficulté est donc essentiellement financière : « tant qu’il n’y a pas le fonds de garantie pour les PME, on ne pourra jamais avancer. Par exemple, les travaux qui ont été faits au Ministère des Affaires Etrangères ne sont pas payés à ce jour. Mais si grâce à ce plan on est payé, cela va nous permettre de travailler de nouveau.» Il insiste aussi sur le besoin de se protéger d’une concurrence étrangère, en faisant respectant le « décret signé sur la préférence nationale et sur la quote-part dans l’attribution des marchés » car ce dernier n’est que trop rarement appliqué.

L’appétit des firmes internationales

Chinois, turcs, français et burkinabè se livrent eux aussi une bataille sans merci sur les chantiers ivoiriens. Grâce au C2D (Contrat de désendettement et de développement), la France assure la reconstruction post-crise, de sorte que le 3è pont d’Abidjan porte sa marque. Coût des travaux de ce pont à péage : 308 millions d’euros – dont 28 pour le groupe Bouygues qui gère cet ouvrage sur 30 ans, et qui par ailleurs continue de s’implanter via ses filiales Colas et Ciprel. C’est aussi la China Energy Engineering Corp qui réalisera la Centrale thermique de Songon pour un montant de 500 millions de dollars, pendant que la Turquie et ses 17 sociétés ivoiriennes de BTP s’intéresse aux infrastructures électriques. Dernier exemple, l’aéroport nord-ivoirien et ses routes, infrastructures centrales de la reconstruction, sont bitumées par des entrepreneurs burkinabè.

L’émergence dès 2020

Lors de l’inauguration de la route Pont Comoé-Agnibilékrou, le Président Alassane Ouattara a rappelé ses ambitions pour le pays : « Plus de 2000 milliards FCFA ont été investis dans les travaux d’infrastructures routières afin d’atteindre notre objectif de l’émergence à l’horizon 2020. Je me suis engagé à mettre toute notre énergie à reconstruire la Côte d’Ivoire et cela passe en priorité, par la restauration de nos infrastructures, pour renforcer les échanges et améliorer le quotidien de nos populations. » Notons que plus de 70% du réseau ivoirien semble de nouveau praticable, pendant que l’accès à l’eau potable dans les districts d’Abidjan ainsi que la nouvelle route vers le Burkina Faso sont les priorités de l’agenda 2017.

Ainsi, le développement des infrastructures se veut l’un des outils principaux pour soutenir l’émergence. Et si la Côte d’Ivoire s’assure un peu plus une place de leader des espaces CEDEAO et UEMOA, ses PME nationales cherchent parfois encore comment tirer le meilleur avantage dans cette économie de la reconstruction.


 

Auteur Issiaka N’GUESSAN

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