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Côte d’Ivoire De nouveaux acteurs dans le secteur des transport

Jeunes cadres ivoiriens, formés pour certains dans des écoles en France, au Canada et même à Abidjan, ils se démarquent des  « pères fondateurs » du secteur du transport de voyageurs en Côte d’Ivoire, et changent la donne dans cette activité en plein mutation en Côte d’Ivoire.

Le 6 août dernier, Almamy Touré était un chef d’entreprise, heureux. Sa compagnie, Almamy Touré Transport (AT Transport) est sacrée « meilleure entreprise de transport routier de voyageurs » au titre du Prix d’Excellence 2016 de ce secteur d’activité. Un sacre pour toute une génération de managers qui entend révolutionner le transport routier de voyageurs. Touré Almamy, par ailleurs président du Groupement d’intérêt Economique des Propriétaires de véhicules de transport routier de Côte d’Ivoire (GIE PVTRCI) mène la lutte pour l’assainissement de ce secteur d’activité qui a pour gangrène, le désordre et l’activisme d’une mafia déguisée appelée « syndicat ». Almamy Touré est à l’image de cette nouvelle génération de managers qui modernise, et sécurise au passage, l’activité. Exit les moteurs bons marchés made in China, ces derniers ont opté pour du matériel de fabrication européenne. Ce quo s’est traduit par plus de confort notamment pour les usages qui se déplacent désormais dans des cars climatisés sans augmentation des tarif pour autant.

« Dans le transport, je suis un autodidacte. Certes issu d’une famille de transporteur mais avec de nouvelles idée »

Trois visages majeurs symbolisent  ce renouveau sur les routes ivoiriennes, dont Almamy Touré. Des hommes discrets, contrairement aux anciens qui étaient eux-mêmes dans les gares, à surveiller chaque départ. Eux, ont créé des sociétés mieux structurés, et savent déléguer. Chacun son poste. Et les affaires roulent. Pour preuve, Fofana Mamadou. Ta tête pensante de AVS (A votre service), une des jeunes compagnies de transport, créée en pleine crise avec de petits minicars de 18 places appelés « massa » (roi de la route). « Dans le transport, je suis un autodidacte. J’ai une formation en finance-comptabilité, certes issu d’une famille de transporteur mais avec de nouvelles idées. Après son BAC G2 au lycée technique d’Abidjan en 1985, j’ai voulu faire des affaires » indique le jeune malinké. Marque déposée des jeunes malinké, toujours aller en Europe. Fofana Mamadou n’échappe pas à laa règle et se rend en Italie. L’expérience tourne court et il retourne au bercail. Un séjour de moyenne durée à Coqivoire et démission pour convenance personnelle. « Je n’aime pas les bureaux » fait-il savoir. Il fait son entrée dans le transport par la société de transport Inza frères (STIF) qu’il quitte pour Metal Trading Transport (MTT) alors qu’il s’attendait à rejoindre le groupe pétrolier Texaco. Avec la rébellion, cette entreprise ferme et en 2004, il va négocier la reprise du trafic entre Bouaké et Abidjan. « Donner un sens professionnel au transport, telle est la ma vision car les gens sont restés longtemps dans l’anarchie. C’est pourquoi je dis toujours à mes patrons, si j’échoue, ne paye pas mes droits » soutient-il. Avec un car neuf Volvo à 121 millions de FCFA, il n’a pas droit à l’erreur et la ponctualité est une caractéristique de sa compagnie. « On a été à l’école pour observer et analyser d’où mon refus de m’engager dans la technologie chinoise, je ne fais pas confiance aux cars chinois. En Afrique on se jette sur tout, en tout cas j’observe encore 5 ans avant de prendre un car chinois » précise Fofana Mamadou. Il estime que « les perspectives sont bonnes avec cette nouvelle frange de gestionnaire ».

Le secteur du transport routier de voyageurs, 5% du PIB ivoirien

Pas très loin de la gare AVS à Adjamé, se trouve dans un charivari indescriptible d’où se sortent les plus téméraires, la gare de l’Union des Transports de Bouaké (UTB), une des plus anciennes compagnies de transport ivoiriennes. Après le père-fondateur de cette entreprise, Kouamé Konan N’sikan, un fils, Djélla Pierre Alex Robin préside à sa destinée. Il fait figure de jeune premier dans cet univers de séniors. Avec un CAP en gestion des entreprises et un diplôme universitaire d’adjoint de direction, il prépare encore son diplôme en Business of Administration au Canada. Lui aussi soutient que « je ne m’attendais pas à être dans le transport quoiqu’ayant été élevé au contact de ce secteur d’activité ». « Au début, j’avais un peu peur de toute cette responsabilité car je dirige au moins un millier de personnes dans cette entreprise, « une petite nation » et du coup on se retrouve propulser parmi les grands patrons du pays. J’ai donc appris des expériences et sur le tas » précise le PDG d’UTB. UTB revendique le transport de 8000 personnes jour sur l’ensemble du territoire ivoirien de 6h30 à 18h30 sur une vingtaine de lignes avec des cars climatisés, empruntés à au moins 5000 F entre Abidjan et Bouaké, 349 Km. UTB a été le précurseur des cars chinois sur les routes ivoiriennes « Les cars européens sont chers, leur prix est le double d’un chinois » fait-il savoir. Cette compagnie a subi une des plus grandes pertes de la crise ivoirienne, plus de 10 milliards de FCFA dont le remboursement n’a jamais été à l’ordre du jour. Mais, la gestion managériale de Robin « des cars » a permis à UTB de tenir et de relever des défis dont celui de desservir des destinations sous-régionales, Accra, Lomé et Cotonou. Primée « Meilleur transporteur de l’Afrique de l’Ouest » en février 2016, UTB rêve grand, permettre à la clientèle d’acheter son ticket de voyage à partir de la maison. Les TIC au service des usagers et pour éviter les engorgements. Sous Pierre Robin, UTB dont le capital est de 100 millions de FCFA, verra celui-ci augmenter. « Nous avons apporté l’organisation, l’innovation en incluant les TIC dans la gestion » relève le jeune PDG. Son père, Kouamé Konan N’sikan, 87 ans est rassuré : la relève est assurée. D’autres nouveaux acteurs ne devraient pas tarder à apparaitre dans un secteur en pleine ébullition. Déjà, le transport routier de voyageurs assure 5% du PIB ivoirien.


 

Issiaka N’GUESSAN