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Côte d’Ivoire : Après l’attentat, Grand-Bassam veut croire en sa relève économique

Le 13 mars dernier, la cité balnéaire de Grand-Bassam (40 km au Sud-est d’Abidjan) vit avec la Côte d’Ivoire son tout premier attentat meurtrier dont elle peine à se remettre. Passé l’émoi, les choses se remettent en place à Grand-Bassam. Le 30 avril, une course hippique en hommage a eu lieu dans un contexte économique morose au quartier France où se situe la majorité des hôtels de la ville.

Deux jours différents, samedi et mardi pour mieux apprécier la reprise ou non des activités. Déjà, à la gare routière, d’ordinaire grouillante de monde pour aller vers la plage, les taxis-ville peinent à trouver la clientèle. Un signe évocateur. L’attentat du 13 mars dernier qui a officiellement fait 19 morts et 33 blessés a donné un sérieux coup d’arrêt à l’activité économique de cette ville touristique intégrée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Restauration, transport, petit commerce… sinistre total

Ce samedi 23 avril, Aboubacar Sidick alias Abou Bassam, gérant d’un restaurant à Azzureti à quelques kilomètres de Grand-Bassam, plante le décor. « C’est un coup dure pour l’économie de la ville, beaucoup de restaurants sont fermés, c’est dur. Il y a la peur qui pèse encore », indique-t-il.

« L’étoile Tiémé », le restaurant d’Aboubacar faisait, avant l’attentat, entre 1 et 1,6 million de FCFA de recette le mois. Spécialisé dans les plats africains, européens et marocains, la clientèle, qui recherchait le calme loin du bruit de Grand-Bassam se régalait avec 5 000 FCFA et 6 000fCFA le plat.

« Au moment de l’attaque, j’avais neuf Hollandais chez moi. Aujourd’hui, le restaurant a fermé, ça ne marche pas à l’instar des autres restaurants de la plage. Ici, actuellement, seul l’Etoile du Sud se frotte un peu les mains », soutient Aboubacar Sidick.

L’Etoile du Sud, c’est cet hôtel à côté duquel les tueries ont débuté. La publicité et la grande communication autour du réceptif ont attiré du monde. D’ailleurs, samedi 23 avril 2016, il y a une très forte affluence du fait d’un mariage qui y a lieu.

La plage est sale du fait du rejet des algues aquatiques par la mer

Pour deux chauffeurs de taxi croisés en ville, aucun doute, l’impact négatif de cet attentat est bien perceptible. « Il va falloir attendre 1 an pour la relance économique de Grand-Bassam, rien ne va », soutient le premier sous couvert d’anonymat tandis que le second, un peu plus âgé, entrevoit 6 mois pour oublier.

« Espace Blankson béni de Dieu », est un restaurant à proximité de l’Etoile du Sud. La jeune dame qui y vend est désespérée. La clientèle est rare et cela se voit. Les longues chaises de repos, avant, pris d’assaut, les chaises et tables de consommation sont vides.

« Avant le 13 mars, le samedi, je vendais au moins 20 poulets à raison de 6000 FCFA le poulet et le dimanche, entre 50 et 60, mais aujourd’hui, je ne parviens même pas à en vendre 3 » ,se désole-t-elle.

De son côté, Idrissa, jeune sénégalais bien connu sur la plage de Grand-Bassam pour ses paires de lunettes, ne dit pas autre chose. La complainte est la même.

« Avant, entre 10 et 12 h le samedi, je vendais 40 paires de lunette. Maintenant, à peine j’arrive à vendre une dizaine », fulmine-t-il faisant des va-et-vient sous l’ardent soleil.

Assane vend des colliers et bijoux artisanaux depuis plus de 20 ans sur cette plage. « Avant cet attentat, les colliers et les perles se vendaient bien. Je repartais avec 25 000FCFA par jour. Les articles se vendent entre 1 000F et 1 500 FCFA. Depuis cette attaque, si j’ai trop eu, un seul client qui te prend un article de 1000 FCFA », avoue-t-il.

Par anticipation face à cette conséquence prévisible, le gouvernement a, le 16 mars, lors du Conseil des ministres délocalisé dans cette capitale coloniale du pays, annoncé le décaissement de 300 millions de FCFA pour soutenir les operateurs économiques de la bordure de plage. L’argent a été décaissé mais sa répartition poserait problème ; selon quelques operateurs rencontrés.

Les hôtels attendent la clientèle

Le mardi 26 avril, « le Wharf hôtel » de Grand-Bassam est vide ou presque. Lassina Ouattara, le gérant, soutient que « nous avons tous été victimes de l’attentat. Les dégâts chez nous ici ont été minimes », affirme-t-il. Lassina Ouattara explique que « l’impact économique sur nos activités est visible ; nos activités ont fortement baissé ». La raison, toute simple pour lui : « les gens ont toujours la psychose même si Grand-Bassam est devenue par la force des choses, la ville la plus sécurisée de Côte d’Ivoire », indique-t-il.

« Cinq séminaires ont été annulés dans la foulée de l’attentat », soutient-il. Depuis les événements du 13 mars, c’est ce mardi 26 avril que le premier séminaire, à l’initiative du Programme national de lutte contre le Sida, se tient dans les locaux du «Wharf hôtel ». « Le wharf hôtel », c’est 39 chambres single et suites aujourd’hui quasiment vides dont les coûts de nuitée oscillaient entre 30 000 FCFA et 70 000 FCFA, une plage aménagée et une piscine. « Jusqu’au 13 mars, tout marchait bien, 80% de taux de remplissage, la plage totalement occupée pour se retrouver maintenant sans rien », se désole Lassina.

L’impact économique négatif a été si retentissant que la direction de ce réceptif hôtelier a mis au chômage technique une partie du personnel. « Depuis ce 25 avril, le retour de ce personnel a débuté mais c’est le 1 er mai que les dix travailleurs libérés temporairement ont repris le service », annonce le gérant. Lassina Ouattara se satisfait de la sécurité renforcée. Et du marketing déployé. Il assure qu’à partir de mi-mai, « les choses vont reprendre ». Le disant, il reconnaît que « c’est le calme plat ».

Pour rassurer la clientèle, l’organisation des hôteliers et restaurateurs de Grand-Bassam (Horest) a pris part au récent Salon du tourisme d’Abidjan (Sita 2016). « Nous demandons à tous de revenir à Grand-Bassam, la sécurité est de mise », rassure Lassina Ouattara.

Par Issiaka N’Guessan

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