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Coopération Togo-Asie : L’économie en pole position

Depuis quatre décennies, le Togo entretient des relations diplomatiques solides avec ses homologues asiatiques. Mais les sanctions économiques imposées par l’Union Européenne, en 1993, pour déficit démocratique vont contribuer à renforcer davantage cette coopération sud-sud. En effet, le Togo va résolument se tourner vers l’Asie pour combler le vide laissé par la rupture de la coopération économique avec l’Union Européenne. Désormais, le pays signe son retour sur l’échiquier international avec une diplomatie dite « économique » axée sur la multiplication des échanges économiques avec ses partenaires asiatiques.

Caractéristique des grandes démocraties comme les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, cette forme de diplomatie n’est pas encore très effective sur le continent africain, si ce n’est en Afrique du Sud qui l’expérimente depuis quelques années. Selon Robert Dussey, chef de la diplomatie togolaise, cette nouvelle forme de diplomatie vise à redynamiser les liens de coopération économique du Togo avec tous les pays du monde, surtout en matière d’échanges commerciaux et de « trading ».

L’objectif visé est de valoriser les potentialités du Togo à l’international pour soutenir le développement du pays. « Faire de notre diplomatie un secteur porteur de croissance, une diplomatie véritablement au service du développement du Togo. Celle-ci doit se forger dans la réflexion, le talent et l’action », martèle-t-il.

Ce modèle diplomatique a permis au pays de se rapprocher des Dragons de l’Asie qui n’en demandent pas plus pour assouvir leur soif de conquête de nouveaux marchés émergeants dans le monde. Hormis, la Chine et le Japon, qui sont des partenaires traditionnels de longue date, le pays tourne désormais son regard vers les pays émergents du continent asiatique, notamment Taïwan, Hong Kong, Singapour dont le modèle économique intéresse particulièrement les autorités togolaises.

« N’en déplaisent à certains diplomates occidentaux, les pays asiatiques notamment la Chine, le Japon, la Malaisie, le Singapour et les Etats du Moyen Orient offrent beaucoup d’opportunités pour le Togo. La diplomatie économique du Togo en direction de cette partie du monde a pris un coup d’accélérateur suite à la crise financière qui a touché l’Europe en 2008 », explique Germain Lawson, un économiste togolais.

 

Dossier du mois 2 Le ministre togolais des affaires etrangeres et l'ambassadeur de chine au Togo

Les retombées de cette offensive diplomatique économique pour le pays

La Chine reste le premier partenaire asiatique du Togo dans cette nouvelle vision diplomatique. Selon l’ambassade de chine, le flux des échanges commerciaux entre le Togo et la Chine avoisinerait 2 milliards de dollars, chaque année. Le flux des échanges commerciaux entre le Togo et ses partenaires asiatiques tournerait autour de cinq milliards de dollars, chaque année, et se focaliserait beaucoup plus sur les exportations de biens de consommation en direction du Togo, selon le ministère du Commerce.

Cette envolée des échanges commerciaux illustre la nouvelle vision de la « diplomatie économique » du Togo en direction de ses homologues asiatiques visant à attirer les investissements innovants afin de développer le secteur privé.

« Nous sommes confrontés à des besoins spécifiques de croissance et de développement économique » reconnaît le ministre des Affaires étrangères pour qui le Togo doit s’investir pour pouvoir attirer beaucoup plus d’investisseurs asiatiques afin d’en faire bénéficier les entreprises locales qui aspirent à nouer des partenariats à travers des joint-ventures. Pour les entreprises togolaises, beaucoup de choses ont changé avec la mise en place de cette nouvelle vision.

En effet, c’est cette diplomatie qui s’est très vite manifestée en offrant des ouvertures aux entreprises togolaises sur le marché des pays asiatiques. On se rappelle encore de l’accord historique signé entre la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo (CCIT) et le ministère des Affaires étrangères, le 24 février 2014. Cet accord permet aux deux parties de « mutualiser » leurs efforts afin d’améliorer la promotion des entreprises togolaises auprès des investisseurs étrangers.

Selon le chef de la diplomatie togolaise, cet accort va désormais viser la promotion économique du pays en tirant les investisseurs étrangers vers les objectifs de développement définis dans la Stratégie de croissance accélérée et de promotion de l’emploi (SCAPE).

La diplomatie togolaise est omniprésente en Asie avec les accords économiques paraphés avec plusieurs capitales dont celui intervenu entre la CCIT et la Fédération des entreprises Singapouriennes (SBF). « La rencontre d’aujourd’hui est très importante pour nous et démontre de la bonne santé des relations d’affaires entre le Togo et Singapour. Nous allons dès à présent entamer des échanges eu égard aux secteurs d’investissement qui nous intéressent », avait déclaré Shabbir Hassanbhai, vice-président de la Fédération des entreprises singapouriennes. Ce premier accord signé entre les chefs d’entreprises togolais et leurs homologues singapouriens, en 2014, va ouvrir les vannes d’autres accords notamment en Malaisie, au Qatar, en Taiwan, au Koweït et en Indonésie.

Pour permettre aux investisseurs étrangers et opérateurs économiques de faire le déplacement du Togo sans trop de difficultés pour constater de visu les opportunités d’affaires qui s’offrent à eux, le pays a décidé de la suppression de visas pour certains pays asiatiques. « Cette politique de libéralisation de la circulation des personnes et de leurs biens va permettre de redynamiser les relations et d’accroître la coopération sur tous les plans », a confié Robert Dussey. Cette diplomatie économique du Togo a permis aux autorités du pays de signer plusieurs accords de financement de projets dont celui de la construction d’une autoroute de dernière génération qui ralliera la capitale au pays de l’hinterland pour un coût total de 1300 milliards de FCFA.

Dossier du mois 2 le premier ministre japonais Shinzo Abe et Faure Gnassingbé, président de la république togolaise en juin 2013 à Yokohama


Par Emmanuel Atcha

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