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Commerce : une étude pour cerner l’impact de la Zlecaf

Publié en juillet, un rapport de l’ITFC et du SESRIC évalue les conséquences économiques possibles de l’entrée en vigueur du marché commun africain sur 6 pays du continent membres de l’Organisation de la Coopération Islamique. 

Par DBM


Réalisée conjointement par la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC) et son partenaire, le Centre de Recherches Statistiques, Économiques et Sociales et de Formation pour les Pays Islamiques (SESRIC), l’étude a pour objectif « d’évaluer l’étendue de l’impact de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) sur les (27) pays africains membres de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) », expliquent ses auteurs. Ces derniers précisent par ailleurs que leur enquête a porté spécifiquement sur six pays, à savoir la Côte d’Ivoire, l’Égypte, la Guinée, le Mozambique, la Tunisie et l’Ouganda. 

Entré en vigueur le 1er janvier cette année, la Zlecaf vise à intégrer économiquement l’ensemble des 55 pays de l’Union Africaine, soit un espace communautaire de 1,3 milliard de personnes au PIB nominal de 2 500 milliards de dollars (6 800 milliards de dollars en parité du pouvoir d’achat [PPA]). De fait, cette libéralisation annoncée des échanges, qui prévoit la levée des tarifs douaniers sur 90 % des produits d’ici cinq à dix ans, devrait doper le développement du commerce intra-africain : celui-ci ne représente pour l’heure que15 % des exportations du continent lorsqu’il atteint 68 % en Europe, 61 % en Asie et 20 % en Amérique latine. 

« L’impact le plus important parmi les six pays de l’OCI est attendu en Côte d’Ivoire »

Un mouvement d’ouverture qui, selon le rapport précité, devrait particulièrement profiter à la Côte d’Ivoire. L’ITFC et le SESRIC estiment ainsi que la première puissance économique francophone d’Afrique de l’Ouest pourrait « exporter pour 1,7 milliard de dollars supplémentaires de biens et de services vers les [autres] pays africains », enregistrant ainsi « l’impact le plus important parmi les six pays [étudiés]».  Deuxième bénéficiaire présumée de la Zlecaf, l’Égypte devrait quant à elle exporter pour 790 millions de dollars supplémentaires de biens et de services vers le reste du continent, suivie ensuite de la Guinée (+ 570 millions de dollars) et de la Tunisie (+ 550 millions de dollars). Par comparaison, les exportations africaines du Mozambique et de l’Ouganda sont attendues en légère hausse (+ 40 millions de dollars et + 128 millions de dollars respectivement). 

Ces disparités, loin d’être escomptées uniquement à l’échelle des pays, devraient aussi s’observer au niveau de  « certains secteurs, entreprises et travailleurs [qui ] seront affectés négativement », prévient d’ores et déjà le rapport, qui estime du reste que cette situation contrastée « nécessitera des interventions gouvernementales pour atténuer les effets négatifs à court et moyen terme ». De même, « la pandémie de COVID-19 risque de retarder la mise en œuvre effective de la ZLECAf et d’entraver l’intégration économique en raison de la restriction des déplacements transfrontaliers et d’un protectionnisme accru pour les produits de santé stratégiques », redoutent les auteurs de l’étude.

« La libéralisation du commerce à la suite de la ZLECAf devrait stimuler le commerce entre les pays africains et créer d’importants gains de bien-être »

Il n’empêche, les projections du rapport sur l’impact de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) se veulent globalement positive, « la libéralisation du commerce à la suite de la ZLECAf [devant] stimuler le commerce entre les pays africains et [créer] d’importants gains de bien-être », estiment les équipes de l’ITFC et du SESRIC. Pour réaliser pleinement cette « opportunité de créer une valeur transfrontalière », selon les termes du directeur général de l’ITFC, Hani Salem Sonbol,  le document insiste sur la mise en place effective de plusieurs points essentiels au bon fonctionnement de la ZLECAf. Parmi eux, « la facilitation des investissements dans les infrastructures de production, la création de chaînes de valeur régionales,  l’amélioration de la connectivité […] ou encore la  protection des segments vulnérables des sociétés afin de parvenir à une croissance plus équilibrée ». Autant « […] d’outils et ressources nécessaires afin de mettre en œuvre efficacement ces politiques », note le directeur général du SESRIC, Nabil Daboor, pour qui « la zone de libre-échange continentale africaine est une étape critique dans l’amélioration de la coopération et de l’intégration économiques parmi les pays [du continent] ». 

En attendant la mise en place, par les États, de la réglementation nationale adaptée à la ZLECAf- ce qui déjà le cas en Afrique du Sud, au Ghana et en Égypte- le secteur privé, lui, est déjà prêt à en tirer profit. Quelques jours à peine après la mise en route du marché commun, en janvier, deux entreprises ghanéennes- le fabricant de boissons Kasapreko et producteur de cosmétiques Ghandour – livraient vers d’autres pays du continent leurs premières marchandises, faisant de ces sociétés parmi les premières bénéficiaires des nouveaux accords de libre-échange. Et histoire de faciliter un peu plus les échanges intra-africains, le secrétariat de la ZLECAf a mis en place un système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), en collaboration avec la Banque africaine d’exportation et d’importation (Afreximbank), afin de résoudre les difficultés liées à la convertibilité des monnaies.

Pour consulter le rapport : https://www.itfcidb.org/sites/default/files/potential_impacts_of_the_afcfta_on_selected_oic_countries_digest_version.pdf

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