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Comment financer la ZLECAf ? Une nouvelle donne dans l’investissement en Afrique

Si la mise en œuvre de la ZLECAf porte une grande partie juridique, du moins dans un premier temps, d’autres fondamentaux sont nécessaires pour une réelle libéralisation des échanges commerciaux intra-africains. A commencer par les routes, tous les éléments relatifs aux transports et à la logistique, l’énergie, les infrastructures numériques… Des ouvrages qui demandent des fonds importants. L’Initiative a chiffré ce besoin : mille milliards de dollars seront nécessaires pour la mise en œuvre. L’alternative viendra -t-elle des fonds publics africains ? 

La création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait en effet changer la donne en matière d’investissement sur le continent africain. Certains fonds publics sont déjà actifs sur certains secteurs. 

Mais tout d’abord, il est intéressant de noter qu’on entend par fonds public « un ensemble des sommes d’argent qui appartiennent à l’Etat et qui sont soumises aux règles de la comptabilité publique ». Dans le cadre de la ZLECAf, il s’agit des investissements que les Etats africains, chacun dans son périmètre, pourraient allouer pour la réussite de ce marché commun. Mais ici on évoquera tous les fonds qui sont à même d’apporter leur contribution à la construction de la plus grande zone de libre-échange au monde.

A l’évidence,  la création de la ZLECAf ouvre de grandes les opportunités aux fonds d’investissement pour cerner les secteurs où la rentabilité est plus importante que d’autres. Et selon des études récentes, deux tendances se dégagent au niveau des fonds d’investissement en Afrique, « miser dans des secteurs précis, multi-régionaliser les investissements ». 

1,7 milliard de dollars levés en 2019

C’est ainsi qu’au début de l’année 2019, indique l’Association des sociétés africaines de capital-investissement et de capital-risque (AVCA), les fonds d’investissement actifs sur le continent sont parvenus à lever 1,7 milliard de dollars dont près de 70% provenaient de fonds sectoriels. En d’autres termes, les fonds se spécialisent pour mieux se concentrer sur l’identification et la valorisation des opportunités dans leurs domaines d’expertise. 

D’ailleurs, près de 90% des montants récoltés lors des levées des fonds sont accaparés par seulement quatre secteurs d’activités, à savoir la finance, la consommation de base, l’industrie et la consommation discrétionnaire (biens de consommation durable, médias, automobile, loisirs…). 

Signe que les opportunités spécifiques sont convoitées par tous, même des fonds généralistes s’y intéressent de plus en plus. C’est le cas par exemple du développement des technologies pointues sur le continent africain, lesquelles attirent de plus en plus d’investisseurs. Ce qu’atteste du reste Enitan Obasanjo-Adeleye, directrice de la recherche chez l’AVCA, « les levées de fonds dans ce domaine en Afrique sont de plus en plus importantes ».

Ceci étant, la ZLECAf, dans son développement, ne doit pas laisser beaucoup de monde au bord de la route au risque d’y avoir “un retour de bâton“ contre le libre-échange. Donc, aux Etats mais aussi au secrétariat de la ZLECAf de mettre en place des garde-fous pour éviter certains dérapages, surtout que, depuis quelques années, l’investissement sur le continent n’est plus l’apanage de l’aide internationale et de certains grands groupes.   

« L’Afrique subsaharienne réalisera à terme un dividende démographique de 500 milliards de dollars par an sur une période de 30 ans… »

Sans aucun doute, il existe de réelles perspectives de rentabilité, mais aussi de risques. Même dans le domaine de la santé on y voit de « belles » promesses dans les années à venir. A commencer par le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) qui estime que « l’Afrique subsaharienne réalisera à terme un dividende démographique de 500 milliards de dollars par an sur une période de 30 ans si les gouvernements investissent dans la santé et l’éducation, améliorent leur gouvernance, mettent en place les infrastructures nécessaires, favorisent la création d’entreprises et rendent l’agriculture plus attrayante ».  

Et les exemples chinois et indien sont là pour prouver que cela est possible, deux pays où en trente ans (1965-1995) ce dividende a représenté jusqu’à 40% de la croissance économique. 

Energie, services financiers, transports, agriculture, industrie, santé, télécoms, BTP et grande distribution… les secteurs en tête des investissements

L’énergie (y compris l’énergie solaire), les services financiers, les transports, l’agriculture, l’industrie, la santé, les télécoms, le BTP et la grande distribution. Voilà les secteurs considérés comme les plus porteurs en Afrique.

L’énergie occupe la préférence des intentions d’investissement parce que l’Afrique compte encore quelques 600 millions d’habitants qui n’ont pas d’accès régulier à l’électricité alors que le continent dispose de conditions d’ensoleillement optimales.

Un problème de taille…

Concernant les fonds d’investissements, il est à rappeler que, jusqu’à la fin des années 90, seuls les fonds publics et multilatéraux finançaient les projets économiques voire sociaux sur le continent. Ces derniers ne pouvaient donc pas financer les petites et moyennes entreprises (PME), alors que le développement de l’Afrique passe obligatoirement par celles-ci.

On reproche aussi aux bailleurs de fonds de s’être reposés sur l’intermédiation des banques de développement nationales qui ne possédaient pas en interne les compétences nécessaires à une instruction objective. 

Idem concernant les banques de développement multilatérales (BAD, BOAD, BDEAC), qui n’étaient pas elles aussi dimensionnées pour le financement et le suivi des projets de petite taille.

Un léger mieux pour les institutions de microfinance en matière de financement de projets, « mais la taille et le potentiel des projets concernés relevaient davantage de la survie individuelle d’une famille ou d’une micro-entreprise que d’une véritable stratégie de développement économique ».

Pour leur part, des institutions financières multilatérales, comme la SFI (du groupe de la Banque mondiale), ou bilatérales (PROPARCO pour la France, DEG pour l’Allemagne, la CDC pour le Royaume-Uni, FMO pour les Pays-Bas, etc.) ont financé des investissements privés avec plus ou moins de réussite. 

Un protocole sur les investissements très attendu…

Mais c’était avant. Aujourd’hui le paysage a changé, suite à la multiplication des fonds de capital-investissement actifs en Afrique qui ont levés 2,4 milliards de dollars au cours des six premiers mois de 2018. Les transactions de private equity, recensées durant cette période, s’élèvent à 900 millions de dollars, dont 75% dans les secteurs des infrastructures & services publics, des services financiers et de l’industrie manufacturière. 

En Afrique de l’Ouest, par exemple, les principaux fonds actifs se nomment Investisseurs & Partenaires, Emerging Capital Partners, AfricInvest, Amethis Finance, Cauris Invest, Phoenix Capital Partners ou encore Adenia Partners. Sans oublier des fonds multi-pays dont l’activité africaine est significative (Partech Africa, PAI Partners, les fonds d’investissements climatiques, le FISEA, et en Allemagne le récent « Compact with Africa »), auxquels il faut ajouter les fonds de pension, les plateformes de crowdfunding (Afrikwity et Cofundy).

Malheureusement, on considère que l’industrie des fonds de pension est le maillon faible de la finance africaine, ne pesant que 372 milliards de dollars (contre une cagnotte globale de 41,3 Tr$ gérée par les fonds de pension à l’échelle mondiale), alors que la démographie explose et les systèmes de retraite par répartition sont à la faillite. 

En conclusion, la ZLECAf pourrait non seulement favoriser le développement des fonds d’investissement existants, mais aussi la création d’autres, tant les domaines d’investissement sont vastes et nombreux. A ce titre, le protocole sur les investissements, élaboré dans le cadre du processus de mise en œuvre de la ZLECAf, est très attendu…

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