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Cinéma : l’Afrique se révèle à Cannes

Le cinéma mondial est réuni à Cannes depuis le 6 juillet pour la 74ème édition du Festival de Cannes. Plus que présente, l’Afrique est notamment en lice pour la Palme d’or avec deux films en compétition. Signe de l’engouement pour le cinéma africain. Lequel se diversifie et se veut plus « real ». 

Par DBM 

Et si l’Afrique remportait cette année sa deuxième Palme d’Or, près d’un demi-siècle après la consécration de l’Algérien Mohammed Lakhdar-Hamina pour Chronique des années de braise (1975) ? Après Mati Diop, première cinéaste africaine jamais en lice pour la Palme d’or et lauréate du Grand Prix du Festival de Cannes avec « Atlantique » en 2019, l’espoir est en tous les cas permis : parmi les 24 films en lice cette année pour le prestigieux prix, dont deux sont africains. 

Le premier, « Haut et fort », signé du Franco-Marocain Nabil Ayouch- connu notamment pour son clivant « Much Loved » (lire son portrait)- suit les traces d’Anas, un ancien rappeur engagé dans un centre culturel du bidonville de Sidi Moumen (Casablanca), qui transmet sa passion pour le hip-hop à une bande de jeunes en quête de repères. Un tableau saisissant d’un Maroc qui oscille entre tradition et modernité, et qui vaut au royaume chérifien sa première sélection pour la Palme d’Or. 

Le second, « Lingui, les liens sacrés », est le nouveau long-métrage du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, un habitué de la Croisette : prix du jury en 2010 pour « Un homme qui crie », il a été membre du jury l’année suivante avant de présenter son métrage de fiction « Grigris » en 2013. Il reviendra par la suite présenter en 2016, hors compétition, Hissein Habré, une tragédie tchadienne, un documentaire qui donne la parole aux victimes de l’ancien dictateur. C’est  après un court intermède politique- il sera brièvement nommé ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat par Idriss Déby Itno en 2017- qu’il décide de se consacrer à l’écriture du scénario de Lingui, l’histoire une adolescente de quinze ans qui doit résoudre une grossesse non désirée dans un pays où la loi et la religion s’opposent à l’avortement.

« Haut et fort » et « Lingui », deux fictions sur fond de fresque sociale

Deux fictions sur fond de fresque sociale, et qui incarnent à merveille le cinéma africain contemporain, miroir fidèle des réalités du continent. Avec ses forces et ses failles. Loin des caricatures qu’offrent, encore, certains réalisateurs venus d’ailleurs quand ils posent leurs caméras en Afrique, à l’image du film français « OSS 117 Alerte rouge en Afrique Noire »- une parodie du célèbre James Bond-, qui sera par ailleurs projeté en clôture du Festival de Cannes. 

En marge de la course à la Palme d’or, le continent sera également présent avec la réalisatrice franco-tunisienne Leyla Bouzid, qui dévoilera « Une histoire d’amour et de désirs », la rencontre entre un jeune franco-algérien et une jeune Tunisienne sur les bancs de la fac à Paris. De fait, le film témoigne du renouvellement du cinéma tunisien depuis l’avènement de la démocratie, tout en confortant un peu plus la réputation de la jeune cinéaste (née en 1984) : le premier long-métrage de Leyla Bouzid, « À peine j’ouvre les yeux », avait décroché les honneurs de la Mostra de Venise, en 2015. 

Plus insolite, « Interrogatoire secret » est quant à lui un drame de seize minutes signé du Kinois Junior Kapinga, dans lequel le personnage principal (joué par Rachel Kiesse Mbangu) apprend sa séropositivité et décide de faire œuvre d’introspection pour découvrir l’origine de son mal. 

Offrir une visibilité aux jeunes talents d’Afrique

Le court-métrage est l’un des huit films mis en lumière par le catalogue des « Talentueuses Caméras d’Afrique », une programmation développée par l’Agence culturelle africaine (ACA), dont le but est d’offrir une visibilité internationale aux jeunes talents du continent. Idem au Pavillon Afriques, une plateforme « [qui] réunit les acteurs du cinéma africain en un seul lieu et dont la force tient à son objectif commun : faire rayonner les talents et faire découvrir la richesse du cinéma africain aux cinéphiles du monde entier » explique Karine Barclais, fondatrice de cette initiative, qui se déroule à l’occasion du Marché du Film du Festival de Cannes.

Au total, l’Afrique sera représentée par 6 films sur la Croisette et il faudra attendre le 17 juillet et la fin du festival pour connaître le palmarès de cette 74e édition du Festival de Cannes. En attendant, le cinéma africain peut d’ores et déjà se féliciter de compter parmi les membres du jury, l’une de ses plus brillantes ambassadrices, Mati Diop. Une autre manière, élégante et subtile, de représenter le continent. 

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