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Chronique du Week-end L’hémorragie de la fuite illicite des capitaux

Le rapport 2020 de la Cnuced note que 3,7% du PIB du continent africain s’évapore de façon illégale. Cette déperdition est encore plus sensible dans les régions où on manque de tout. Au-delà du constat que faire pour y remédier ?

Par Daouda Mbaye

 

 

 

Un proverbe africain dit littéralement : «Celui qui ne donne pas de l’aumône à l’aveugle ferait mieux de lui laisser son pécule déjà collecté !». Cet adage colle bien à l’Afrique face à la fuite illicite de capitaux qui oscille autour de 90 milliards $ US par an. Pour avoir une idée de la taille de ce fléau, il faut le comparer à l’aide au développement et aux investissements extérieurs directs (IED). En réalité, les capitaux écoulés frauduleusement hors du continent font presque la somme de ces deux postes. Pour se conformer à ce proverbe, comment comprendre qu’une part de près de 4% du PIB africain soit ainsi siphonnée en douce, au moment où cette partie du monde est confrontée à moult défis. En effet, il est difficile de ne pas constater les besoins infrastructurels qui sont autant de défis à surmonter en termes d’adduction en eau potable, en assainissement, en énergie électrique, quant à la logistique, souvent elle est d’un autre siècle.

Si aujourd’hui, il est possible de se déplacer rapidement en Europe, d’Est en Ouest, du Nord au Sud, en restant sur des autoroutes, par contre c’est un véritable parcours du combattant que de parcourir à peine 500 km, souvent au sein d’un même pays africain. Nos routes ne sont généralement pas aux normes, ni non plus notre chemin de fer- pas à l’écartement standard- Les autoroutes sont facturées tellement chères que le kilométrage est au compte-gouttes. Combien de pays totalisent 300 km de voies express sur le continent ? On les compte sur les doigts de presque une main.

 

Les défis infrastructurels ne permettent pas la saignée de capitaux

 

Déjà avec des coefficients nombre d’aéroports par km², très loin des 0,36 de l’Allemagne, 0,27 France et 0,23 du Royaume Uni, il arrive que des aéroports subissent des sanctions pour non-respect de réglementations internationales. Sur le volet énergétique, les défis sont immenses. Déjà dans certaines grandes villes africaines, les délestages sont fréquents et d’aucuns parent au pressé en louant des navires-centrales électriques, dans des contrées pourtant naturellement dotées en ressources hydrauliques ou renouvelables (solaire, éolien ou marrée motrice). Dans les zones rurales, c’est une autre paire de manches.

 

Une jeunesse ignorée, non valorisée et laisser à elle-même

 

L’autre volet, où le continent subit des saignées, est à trouver dans une jeunesse qui périt par dizaines de milliers dans les flots de la Méditerranée ou emportée dans les mirages du désert sur les voies d’un hypothétique Eldorado européen.

Face à tous ces défis, des flux financiers illicites, qui sont des mouvements d’argents et des actifs transfrontaliers illégaux à la source, au transfert et à l’utilisation, sont effectués au nez et à la barbe de ces populations.

Pour situer les responsabilités et sévir, il est utile de considérer que l’hémorragie, dont cette partie du monde, est victime comprend certes la fuite illicite des capitaux, mais aussi la fraude fiscale, la fausse facturation, la corruption, voire le vol ou encore les revenus tirés de marchés illégaux.

Sur 15 ans, des études ont montré que la somme de ces fuites illégales de l’Afrique atteindrait 836 milliards $ US, et positionnent le continent en créancier net du monde, compte tenu de son stock total de dette extérieure autour de 770 milliards $ US.

 

 

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