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CHRONIQUE DU WEEK-END De la stratégie d’innovation

L’Afrique s’est imposée, dans le cadre des ODD, un objectif de dépenses des investissements en R&D représentant 1% du PIB à l’horizon 2030. A l’aube de la révolution industrielle technologique 4.0, ce n’est pas assez ambitieux. Pourtant, aucun pays sur le continent noir n’a atteint cet objectif.

 

Par Daouda Mbaye

 

L’appel de leaders, tels que Thierry Zomahoun, fondateur et président du Next Einstein Forum de 2013 à 2020, qui ont toujours soutenu qu’il faut faire de l’innovation un moteur du développement de l’Afrique, est resté lettres mortes. D’ailleurs, qui connaît le Next Einstein Forum en Afrique ? Peu d’africains, par rapport à la notoriété que devrait avoir une telle institution. Poussons plus loin le bouchon… Qui a déjà entendu parler de l’African Institute for Mathematical Science (AIMS) ? Nous faisons bien allusion à cet institut d’enseignement supérieur et de recherche, créé il y a 18 ans à Muizenberg en Afrique du Sud et qui a son réseau au Cameroun, Ghana, au Rwanda, au Sénégal et au Rwanda qui connaît ! Nos meilleurs mathématiciens devraient y être orientés. AIMS non plus n’est pas assez populaire à mon sens. Je déplore qu’on fasse allusion à Einstein, comme s’il fallait limiter ses ambitions. Et pourquoi AIMS qui se rapport à but en Anglais ? Pourquoi pas un acronyme en Swahili, Wolof, Zulu ou Yoruba ou des noms de savants tels qu’Abdou Moumouni du Niger?

Etudier dans sa langue maternelle… Croyez-moi, cela fait la différence !

Malheureusement, la qualité de l’enseignement supérieur dans nos pays est tellement galvaudée que des étudiants et/ou des parents ne rêvent qu’au départ à l’étranger, une fois le diplôme du Baccalauréat acquis. Dernièrement, même la Chine est dans le lot… avec tout ce que cela peut engendrer comme perditions, frustrations… Le lycée Louis le Grand défraie la chronique ces derniers jours entre Paris et Dakar…

A l’image de pays qui ont eu le courage d’une refonte de fond en comble, allant jusqu’à changer la langue nationale et adopter une autre plus Tech, plus business, pourquoi ne pas adopter partout sur le continent l’écriture amharique et étudier dans sa langue locale nationale ? Au bout c’est tout bénéf ! L’Europe des 27, c’est autant de langues et le Conseil européen à Strasbourg est loin d’être une Tour de Babel… on y communique et on s’y comprend bien ! L’Afrique compte une multitude de langues ! Certes ! Mais pardi, c’est une richesse ! Etudier dans sa langue maternelle, écrire dans un système fondé par ses ancêtres ? Croyez-moi, cela fait la différence !

Des cracs à en revendre

En Afrique, encore une fois, la créativité se trouve dans tous les coins de rue. Un peu d’histoire nous renvoie, si besoin est, au fait que la connaissance y est bien domiciliée.

Le saviez-vous ?

L’américain Thomas Fuller né en 1710 et décédé en 1782, était un esclave africain réputé pour ses aptitudes en Mathématiques. Débarqué aux USA en 1724 à seulement 14 ans, il était tellement fort en Maths et réputé en calcul mental, faisant des calculs inimaginables. Un jour quand on lui a demandé combien de secondes il y avait dans un an et demi, il a répondu, en deux minutes environ, 47 304 000. Et combien de secondes en soixante-dix ans, dix-sept jours et douze heures? En une minute et demie, il répond 2 110 500 800.

Et ces deux inventeurs kenyans, David Gethu et Moses Keniwa, qui ont créé une main bionique actionnée par le cerveau. Créé à base de bois recyclé et d’autres matériaux…

Ou encore, Rediet Abebe, Professeur adjoint d’informatique à l’Université de Californie à Berkeley, qui vient de remporter le Prix de Thèse de Doctorat de l’ACM SIGKDD, la plus grande organisation informatique du monde en 2020.

On pourrait s’amuser à les lister plus longuement, comme aime à le faire ceux qui s’amusent à dénombrer les Héros africains et à les poster sur les réseaux pour leur rendre hommage.

L’Afrique peut faire ce saut quantique

Autre domaine où l’innovation a droit de cité : les plus grands producteurs de diamants en Afrique sont l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, la Namibie et la
République démocratique du Congo… on y trouve les plus grandes mines de diamants du monde. Excepté quelques timides industries de taille pour affiner cette pierre précieuse, qui a le niveau de l’Inde ou de la Belgique (Anvers) dans le travail du diamant ? Pourquoi ne pas financer l’innovation dans cette filière ?
Aujourd’hui, sur les 2 ou 3 pays africains qui s’approchent de ce seuil d’investissements en R&D de 1%, à peine arrivent à 200 chercheurs par million d’habitants, avec des sommes qui ne dépassent pas 800 millions $ US.

Maintenant, avec le Virtual Private Network, les hologrammes, la réalité augmentée, la supraconductivité, sans songer à réaliser de pâles copies de Facebook, de Zoom, des médicaments génétiques, l’Afrique peut faire ce saut quantique qui sauvegarderait les écosystèmes et donnerait plus de crédit aux universités locales qui, du coup, retiendraient sa jeunesse et ses compétences.

 

 

Daouda MBAYE

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