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Champions & SME Africa | « Le protectionnisme », panacée pour l’émergence des PME africaines ?

Champions & SME Africa | « Le protectionnisme », panacée pour l’émergence des PME africaines ?

Les spécialistes du financement des PME, représentants de gouvernements et d’institutions bancaires  centrales, commerciales et d’appui au secteur privé se sont retrouvés les 17 et 18  novembre à Abidjan. « Améliorer l’accès au financement et la compétitivité des entreprises » est le thème sous lequel cette 3è édition du « Champions & SME Africa Forum » se tenait à Abidjan, devant des invités conviés à l’initiative de Didier Acouetey, le commissaire général de cet événement.

Pour la réussite de ce rendez-vous économique  majeur du calendrier africain, Didier Acouetey ne voulait pas de ratés. Il est arrivé très tôt au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan, deux heures avant les invités, pour s’assurer que tout était en ordre et les consignes respectées.

Cette débauche d’énergie communicante, il a su la transmettre à ses invités : des têtes africaines bien faites qui rêvent d’une Afrique développant des PME performantes et porteuses de croissance.

Pour faire de ce rêve commun une réalité, les hommes d’affaires, financiers, banquiers, ministres et dirigeants de banques commerciales et centrales ont donné leurs points de vue au cours de panels informatifs sur les besoins de financement. Car, les PME africaines, au sud du Sahara, éprouvent des difficultés pour lever des fonds, nécessaires à leur croissance et à leur épanouissement.

La structuration, clé de réussite

Participant à cet important rendez-vous du « donner », le Président Directeur Général de Bloomfield Investment, la première agence de notation financière d’Afrique francophone, estime que « le problème essentiel des PME est la structuration. Les PME devraient comprendre qu’avant d’accéder au financement, il faut avoir la capacité de l’absorber et de le gérer – de sorte à créer plus de richesses tout en remboursant éventuellement les prêts.  Mais, pour cela, il faut être structuré. »

Stanislas Zézé indique aussi que « Les africains commencent à comprendre l’utilité des PME. Avant, les gens avaient peur de laisser d’autres gens rentrer dans leur capital. Ils anticipaient des problèmes, telle qu’une réduction de leur pouvoir ou de leur titre de propriétaire. Aujourd’hui, ils commencent à comprendre que plus vous êtes ensemble, plus il y a de ressources humaines, mieux c’est :  plus on évolue, plus on devient un champion…. Mais les champions, cela prend du temps pour les construire… Je crois donc que la prise de conscience pour une PME, c’est de savoir que pour se structurer elle doit avoir des investisseurs, des capitaux et des personnes compétentes : c’est fondamental pour la réussite. »

Rappelant que Bloomfield Investment pratique « la notation financière des PME », il explique que ce mécanisme permet d’avoir des capitaux, de les gérer de façon correcte, de créer de la richesse, de payer les dividendes des investisseurs et de développer en même temps les business. « Aujourd’hui, nous avons une centaine d’entreprise, et nous avons permis à plusieurs PME de réduire leur taux d’emprunt. Les PME sont parties en 5 ans de 12% de taux d’intérêt à 5%, c’est extraordinaire ! Il s’agit maintenant de s’organiser pour transformer toutes les opportunités en quelque chose de réel, c’est important et cela se fera avec un minimum de coopération, un minimum d’organisation et aussi une stratégie à long terme » soutient-il.

« 100 à 140 milliards de FCFA, le besoin de financement »

Lors de la rencontre bilan avec la presse, Didier Acouetey a fourni quelques indications chiffrées sur les attentes des PME africaines. « On a fait un échantillon de 19 PME ici à Abidjan. Quand on fait le cumul, elles recherchent 20 milliards. » Pour l’organisation du forum, il révèle aussi que « le budget global d’organisation fut porté à 550 000 Dollars afin de faire d’Abidjan la capitale des PME africaines ».

Mais pour le panéliste David Ekabouma de l’African Guarantee Fund « si le forum SME a une capacité de catalyseur  pour les entreprises grâce à des ramifications B to B, à des Masters Class et à la présence de partenaires financiers ; il faut quand même enregistrer de 100 à 140 milliards de FCFA de déficit de financement dont les PME ne bénéficient pas. »

Pour Didier Acouetey toujours, « le cœur des PME en Afrique ne fait pas plus de 100 millions de Dollars en matière de quête individuelle de financement, notamment dans les domaines des BTP et de l’agro-industrie. » L’organisateur de l’édition se félicite aussi de la fréquentation :  « Nous sommes satisfaits de cette 3ème édition de  l’African Forum Champions & SME. 32 pays sont représentés à Abidjan, à la différence de 40 à Nairobi, où nous avions engagé 600 000 Dollars pour l’organisation. Avec 200 entités présentes, 100 institutions financières et 70 start-up, la fréquentation ne cesse d’augmenter depuis notre ouverture. »

Le protectionnisme, pilier institutionnel des PME africaines

Le 17 novembre, à l’ouverture du Forum, le Ministre Gabonais de la Promotion des PME en charge de l’Entrepreneuriat National, Biendi Maganga Moussavou, défendait  l’idée commune de « faciliter l’accès au financement pour améliorer la compétitivité des entreprises ». Le Ministre gabonais regrettait qu’en dépit de l’existence d’un Ministère lié aux PME, « l’efficacité n’ait pas toujours été au rendez-vous au Gabon. Aussi, le nouveau gouvernement gabonais aura pour ambition de soutenir nos PME dans l’attribution des marchés. »

Son homologue ivoirien, Jean Louis Billon, Ministre du Commerce, abondait dans ce sens : « notre avenir ne peut reposer sur les seuls investissements directs étrangers. En 2050, l’Afrique aura 2 milliards d’habitants dont 500 millions de jeunes sur le marché de l’emploi. » Koné Adama, conseiller technique au ministère, détaillait aussi la position du Ministre : « la Côte d’Ivoire prévoit que 25% des marchés de l’administration soient alloués aux PME locales, avec un délai de paiement qui ne devrait pas excéder 90 jours. Il faut protéger nos PME nationales pour les rendre un peu plus fortes. Tout comme en Occident il y a eu un moment de l’histoire où les gouvernements ont protégé leurs entreprises nationales, de sorte qu’elles ont pu grandir,  se stabiliser, et être enfin prêtes à affronter les concurrents. »

Des jeunes entrepreneurs qui se tournent vers l’État

Pour Daniella Dacouba, professionnelle de la formation des employés du marketing, de la communication et de l’événementiel « l’État doit en effet favoriser le nationalisme économique. Si l’État favorise les PME locales, cela encouragera les jeunes, c’est ce dont l’Afrique a besoin – comme le dit le ministre Billon. » Mais elle tempère aussi ce qui pourrait être perçu comme une forme d’attentisme : « Bien sûr, il y a encore beaucoup de difficultés sur le terrain, de sorte qu’on a encore besoin des gens pour révolutionner les choses. Il ne faut pas croiser les bras pour attendre que seul l’Etat nous aide, il faut se lever, créer et se faire connaître, en prenant modèle sur le Kenya par exemple. »

Un autre entrepreneur ivoirien, le jeune Soro Wagnima, Directeur général de sa société de médiation commerciale, concède qu’ « il n’est pas facile pour des PME d’accéder aux financements.  C’est vrai, il y a des propositions et des solutions qui ont été  données et je constate que des mécanismes sont en place pour en faire bénéficier les PME. Mais il y a plusieurs acteurs qui interviennent : ce ne sont pas que les banques qui doivent être indexées, c’est tous les acteurs économiques. » Heureux de faire partie du casting des « Champions », le jeune entrepreneur précise encore : « Pour nous qui avons monté notre entreprise, il faut qu’on bénéficie de certaines faveurs de l’État. »

Ce regard vers l’État constitue-t-il la solution idoine à l’épanouissement des PME africaines ? Beaucoup veulent y croire mais, dans un monde à l’économie libéralisée, cela semble plus facile à dire qu’à faire.


 

Issiaka N’GUESSAN

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