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Champions & SME Africa Forum : La start-up se pérennise

Pour sa troisième édition, organisée les 17 et 18 novembre à Abidjan, Champions & SME Africa Forum a réuni plus de 500 dirigeants d’entreprises du continent. Signe que le RDV se pérennise, preuve également qu’il touche à un des défis majeurs du continent : les PME, seules alternatives à un continent qui, à l’horizon 2050, verra 100 millions de jeunes se présenter aux portes du marché du travail, alors que seuls 40% y trouveront un emploi.

Après Dakar et Nairobi, la troisième édition de Champions & SME Africa Forum s’est tenue à Abidjan les 17 et 18 novembre 2016. Avec la même ambition, de taille, réunir l’ensemble de l’écosystème nécessaire à l’éclosion des PME africaines. Et si le RDV a une fois de plus réunis plus de 500 chefs d’entreprises originaires d’une trentaine de pays, c’est qu’il touche à un des défis majeurs du continent : comment accompagner les PME africaines ?

 

« On ne peut pas développer l’Afrique si on n’a pas plus de champions. Nous, nous parlons d’Uberisation des mécanismes de financements, des alternatives plus rapides pour financer les PME. »

 

Le diagnostic est désormais bien connu : le continent est majoritairement composé,  autour de 90% selon les statistiques, de petites et moyennes entreprises, à l’origine de 45% des créations d’emplois. D’où  le consensus suivant : accompagner les PME, c’est participer, de manière concrète, au développement socio-économique du continent. Mais si désormais tout le monde en est convaincu aujourd’hui, y compris les pouvoirs publics qui ont mis en place des outils destinés à les fortifier, reste que ces dernières connaissent encore une série de difficultés. Au premier rang desquelles, l’accès au financement, lui même lié à leur manque de structuration. C’est ce cercle vertueux que propose le SME forum ainsi que le rappelait son initiateur, Didier Acouetey, PDG fondateur d’AfricSearch (lire son interview/ ajouter le lien/ http://www.africanewsagency.fr/?p=4985 ), premier cabinet de recrutement panafricain. « Le Champions forum est une start-up que l’on veut faire grandir ensemble pour qu’ils deviennent le RDV des champions africains. » Ce qu’il est en passe de devenir, à en croire les chiffres de cette édition. Plus de 500 dirigeants de PME, originaires de 32 pays, les représentants des banques et institutions financiers dont l’African Guarantee Fund, fidèle partenaire de la manifestation ; l’International Finance Corporation ou encore le spécialiste de la mésofinance en Afrique, Cofina. Soit une soixantaine d’acteurs spécialement venus  livrer conseils et expertises aux PME.

 

« On ne peut pas développer l’Afrique si on n’a pas plus de champions. Des pays ont développé des modèles, Singapour par exemple. Nous, nous parlons d’Uberisation des mécanismes de financements, des alternatives plus rapides pour financer les PME. » Et d’observer : « Ce qui est intéressant de noter sur cette édition, c’est la taille des besoins exprimés par les entreprises en terme de besoin de financement. A Dakar, ils se situaient entre 20 et  60 millions de dollars. Ici, à Abidjan, on parle de  de centaines de millions de dollars. Le forum attire donc également une catégorie PME inscrites dans des stratégies de développement plus ambitieuse. Ou alors, on peut voir le verre à moitié plein, l’ Afrique se développe de plus en plus donc les besoins sont plus importants, alors que l’écosystème n’est peut être pas assez réactif pour que ces PME viennent dans des forums comme celui là pour lever des fonds. »

 

Un sujet maîtrisé par le ministre ivoirien du commerce, Jean-Louis Billon, à l’origine du programme Phoenix, lequel, inspiré du Small Business Act adopté aux USA, vise à apporter des réponses à leurs problématiques.  « Les PME africaines sont trop souvent seules dans leur combat pour la croissance, déclare Jean-Louis Billon. Les patrons africains sont confrontés à des obstacles bien particuliers. D’abord, l’accès aux financements est trop limité. À cela s’ajoutent les problèmes d’infrastructures, notamment l’accès à l’électricité. Enfin, elles préfèrent souvent rester dans l’informel pour ne pas être matraquées par la fiscalité et les complications réglementaires. » D’où l’intérêt de la « plate-forme SME Champions forum ». «  Cette plate-forme incarne ce que l’Afrique fait de mieux quand elle innove. Champions SME forum c’est l’Afrique qui gagne et qui réussit. »

 

« L’Afrique a besoin d’IDE mais l’Afrique a aussi besoin d’une élite économique, d’une bourgeoisie capable d’investir. Aujourd’hui, je plaide devant vous pour une promotion forte de cet afro-capitalisme. »

 

 

L’occasion pour le ministre d’exprimer un plaidoyer en faveur de l’émergence d’un « afrocapitalisme ». « Nous avons tous des exemples de PME qui explosent. Des acteurs qui créent de la richesse et de l’emploi mais cet élan économique endogène est encore insuffisant face aux 2 milliards d’individus attendus sur le continent dont 500 millions de jeunes qui vont entrer sur le marché du travail. L’Afrique a besoin d’une élite économique, d’une bourgeoisie capable d’investir. Notre avenir ne peut reposer uniquement sur les IDE. Nous avons besoins de partenaires mais aussi de compter sur nos propres forces. Aujourd’hui, je plaide devant vous pour une promotion forte de cet afro-capitalisme. »

Un discours apprécié des acteurs économiques africains présents dans la salle, lesquels militent depuis plusieurs années pour le « local containt » ou autrement dit la préférence nationale. « Il est plus facile pour un investisseur étranger de développer des projets en Afrique que pour un africain, ce qui paraît paradoxal, déplore Mossadeck Bally, PDG du groupe Azalaï Hotels. Nous devons avoir cette préférence nationale. »

 

« Pendant que nous discutons des stratégies dans les forums, le peuple gronde, à Libreville comme ailleurs. Nous savons définir des stratégies mais nous avons du mal à les appliquer. »

 

 

D’autant que l’heure est à l’urgence, une urgence sociale, ainsi que l’admet Biendi Magana-Moussavou, jeune Ministre des PME du Gabon. « Pendant que nous discutons des stratégies dans les forums, le peuple gronde, à Libreville comme ailleurs. Nous savons définir des stratégies mais nous avons du mal à les appliquer. » Des États y sont toutefois parvenus. Le Kenya par exemple qui a mis en place un programme qui assure la participation de PME nationales sur des chantiers routiers. Le Nigeria également qui a adopté une loi qui impose 25% de contrats locaux lors des appels d’offre lancés par l’état. Encore faut il avoir des PME en mesure d’assurer ces contrats. On en revient donc au point central des débats : comment consolider les PME pour en faire les champions de demain ? En marge des conférences, des ateliers étaient organisés pour apporter des premiers éléments de réponses aux problématiques rencontrées par ces sociétés. De même qu’un concours de start-up. Ce qui fait tout l’intérêt de ce forum : au delà d’apporter un diagnostic, des solutions sont proposées, et les plus solides auront même pu décrocher un financement.


 

Par Dounia Ben Mohamed, en direct d’Abidjan

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