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Cart’Afrik : Les ICC, un levier pour relancer l’économie africaine post-Covid

Les industries culturelles et créatives (ICC) africaines doivent aujourd’hui se réinventer pour réussir leur transition dans un monde post-Covid. Un défi qui est aussi une occasion unique de renforcer la contribution de ces filières à l’économie du continent, selon l’entrepreneur culturel rwandais Raoul Rugamba.  

Par Raoul Rugamba*

En 2019, les industries culturelles  et créatives (ICC) ont généré 2 250 milliards de dollars de revenus à l’échelle de la planète (3 % du PIB mondial), un chiffre supérieur aux recettes réalisées par le secteur des télécommunications (1 570 milliards de dollars/an) ou au PIB de l’Inde (1900 milliards de dollars). Il n’est donc pas surprenant que le poids économique de cette filièresoit aussi particulièrement significatif en Afrique (5 millions d’emplois et 26 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuels). J’ai pour ma part découvert  l’industrie culturelle au sortir du lycée, en 2008, et n’ai eu de cesse depuis d’apprendre de ce secteur fascinant. 

La pandémie de Covid-19 a cependant bouleversé les équilibres existants et entraîné dans son sillage une forte contraction de l’activité économique globale. Dans de telles conditions d’adversité, le marché de l’emploi africain sur le segment des ICC- un vivier important d’emplois pour les jeunes- a très logiquement été affecté, le secteur ayant en outre peu bénéficié des mesures de soutien publiques. 

« Il est nécessaire de repenser en profondeur notre approche des ICC car elles sont des catalyseurs du développement économique et social des pays africains »

A l’aune de ces défis, il est donc nécessaire de repenser en profondeur notre approche des ICC car elles sont des catalyseurs du développement économique et social des pays africains, et un moteur de croissance pour d’autres secteurs tels que le tourisme, l’éducation, la santé, la fintech… Pour relever avec succès ce pari, les acteurs du secteur devront cependant renforcer leurs connaissances et compétences ; une démarche qui va à rebours de ce qui s’est longtemps observé dans la filière africaine des ICC, où les nouveaux arrivants considéraient souvent celle-ci comme moins contraignante en termes de qualifications et d’exigences. C’est cet état d’esprit que nous, acteurs de l’ICC, devons aujourd’hui changer afin de doter en particulier les jeunes des compétences appropriées et les aider à se positionner pour l’emploi du futur et ses outils qui seront la 3D, l’intelligence artificielle (IA) et la réalité virtuelle (RV). En Tunisie, notre partenaire Net-Info -une école d’Art et de technologie- œuvre déjà à cette mission puisqu’elle a initié  10 000 jeunes aux divers métiers de la culture numérique tandis que la plupart de ses diplômés ont été embauchés par des entreprises internationales. Un constat flatteur  qui semble corroborer les conclusions d’une étude réalisée en 2007, qui relevaient notamment que 17 % des employés des start-ups les plus prospères de la Silicon Valley avaient une formation dans l’industrie artistique ; un gage de créativité selon les auteurs du rapport.    

Le contexte post-Covid actuel devrait par ailleurs être vu comme une opportunité pour les États africains de reconsidérer leurs politiques à l’égard des ICC. Une redéfinition pertinente des politiques culturelles permettrait en particulier de dynamiser l’ensemble de la chaîne de valeur de la filière, et au-delà d’accélérer le développement social des pays concernés. Le moment est venu pour les pays du continent de mettre à profit leur culture, de tirer parti du potentiel de leur pouvoir d’attraction (soft power) afin de positionner l’Afrique sur la carte mondiale, d’accroître les investissements directs étrangers et de se servir de ce canal de production créative pour exporter davantage de biens et de services.  

« La zone de libre-échange continentale (ZLECAf) est une occasion unique de construire un marché commun pour les ICC africaines »

À cet égard, la zone de libre-échange continentale (ZLECAf) est une occasion unique de construire un marché commun pour les ICC africaines. Les gouvernements, artistes et plus largement, acteurs des ICC en Afrique, ne sauraient ainsi manquer l’opportunité d’exploiter un marché de 1,2 milliard d’habitants, où les festivals, concerts et autres carnavals ne seraient de facto plus limités à un public seulement national. Quand on sait par exemple que le carnaval brésilien de Rio a généré, en 2020, près d’un milliard de dollars de revenus pour le seul secteur de l’hôtellerie, on imagine sans peine les recettes que pourrait apporter une ZLECAf réussie aux industries culturelles et créatives du continent. 

C’est cette vision d’une Afrique prospère grâce à ses industries culturelles et créatives qui a impulsé notre initiative Africa in Colors, une plateforme panafricaine née en 2018 au Rwanda et destinée à mettre en valeur l’économie créative du continent. Aujourd’hui comme à nos humbles débuts, notre objectif est de rassembler les communautés, de donner du pouvoir aux jeunes, de créer des plateformes où les Africains se rencontrent, échangent et collaborent, et où l’accès au financement des acteurs des ICC n’est plus un défi. 

« Les ICC font partie intégrante des secteurs qui permettront d’augmenter les exportations de biens et de services, d’attirer davantage les investissements étrangers et de générer plus d’innovations sur le continent »

Une chose est sûre, à l’heure de la relance des économies africaines, les ICC font partie intégrante des secteurs qui permettront d’augmenter les exportations de biens et de services, d’attirer davantage les investissements étrangers et de générer plus d’innovations sur le continent. Plus encore, la filière continuera d’offrir aux jeunes un canal de créativité pour penser différemment, innover sur la base de leur culture et des besoins de leur communauté, et changer ainsi le narratif de notre continent. 

Au final, si ce plaidoyer en faveur de l’industrie culturelle et créative africaine fait sens à leur yeux, nous invitons tous les lecteurs d’ANA à se joindre à notre dernier projet de plateforme communautaire, créée avec Empower Africa pour faciliter la collaboration des différents acteurs des ICC africaines au profit de leurs familles, de leurs communautés et de toute l’Afrique.

*Entrepreneur rwandais, Raoul Rugamba est le fondateur de Hobe Agency, une agence de communication  événementielle qu’il a créée en 2015 et qui est notamment spécialisée dans la communication d’entreprises, le lancement de produits / services et le développement de projets. Il est par ailleurs à l’origine de l’initiative Africa in Colors, une plateforme panafricaine lancée en 2018 au Rwanda et destinée à mettre en valeur l’économie créative du continent. 

EN SAVOIR PLUS

Twitter@raoulrugamba | @africaincolors

LinkedIn: Raoul Rugamba | Africa in Colors 

www.africaincolors.com

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