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Cart’Afrik : « La course aux vaccins cache le rôle clé de la nutrition »

L’accès à une alimentation adéquate pour tous doit être une priorité dans la lutte du continent contre la pandémie.

Par le Dr Akinwumi A. Adesina, président de la Banque africaine de développement

Dans le cadre de l’effort mondial visant à maîtriser la pandémie, l’attention s’est portée sur la mise à disposition de vaccins sûrs et efficaces pour tous, y compris les habitants des pays pauvres. Pourtant, si les vaccins changent la donne, ils ne constituent pas une solution miracle.

« La vaccination généralisée ne sera pas atteinte avant 2023 ou 2024« 

L’Organisation mondiale de la santé a mis en garde contre les inégalités dans la distribution des vaccins en Afrique. La vaccination généralisée ne sera pas atteinte avant 2023 ou 2024. Ainsi, inévitablement, des réservoirs du virus persisteront, nous menaçant tous par l’émergence de souches résistantes au vaccin. De plus, dans la course à la vaccination, les gouvernements ne reconnaissent pas le rôle vital que joue la nutrition dans la lutte contre cette maladie pernicieuse.

Une bonne nutrition ne prévient pas l’infection par le Covid-19. Pourtant, la malnutrition peut en aggraver considérablement les effets. La dénutrition altère la fonction immunitaire. L’obésité qui résulte d’une alimentation bon marché et malsaine est également liée au diabète et aux maladies cardiovasculaires – deux facteurs de risque élevés de maladie grave et de décès dus au coronavirus. Enfin, une bonne alimentation est importante pour garantir la pleine efficacité du vaccin, et peut être associée à la progression d’un long Covid.

« Le Covid-19 menace de créer 132 millions de personnes sous-alimentées supplémentaires en raison de la perte d’emplois, de la perturbation des revenus et de la mauvaise santé »

La prévalence de la malnutrition, malgré des efforts considérables, reste élevée dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, notamment en Afrique et en Asie, où 250 millions et 381 millions de personnes respectivement n’ont pas accès à une alimentation adéquate. Le Covid-19 menace de créer 132 millions de personnes sous-alimentées supplémentaires en raison de la perte d’emplois, de la perturbation des revenus et de la mauvaise santé. Le monde s’est mobilisé pour la vaccination ; il doit aussi se mobiliser pour améliorer la nutrition. Sinon, le Covid va creuser les inégalités mondiales.

L’amélioration des systèmes alimentaires est essentielle, et elle peut jouer un rôle vital dans la réduction de la menace de futures pandémies. Partout où les animaux sauvages entrent dans le régime alimentaire de l’homme, ou lorsque les habitats des hôtes sauvages et des humains se chevauchent, les maladies peuvent passer des populations animales aux populations humaines – comme c’est le cas pour le VIH/sida, Ebola, la grippe et presque certainement le Covid-19. Des systèmes alimentaires mieux gérés réduisent ces risques.

Le double objectif d’un déploiement plus rapide et plus équitable de la vaccination et de la lutte contre l’aggravation des niveaux de malnutrition constitue un défi de taille pour les pays déjà gravement touchés par la pandémie. L’accès aux vaccins a été grandement facilité par le développement de mécanismes de financement novateurs. La garantie de marché de Gavi Covax, par exemple, favorise l’accès aux vaccins dans 92 pays à revenu faible ou intermédiaire. L’African Vaccine Acquisition Task Team a également été créée par l’Union africaine afin d’acquérir suffisamment de vaccins pour la vaccination d’environ 60 % de la population du continent, ce qui, selon Gavi, apportera une immunité de groupe.

Les investissements du Groupe de la Banque africaine de développement dans l’agriculture (publics et privés) devraient quadrupler, passant d’une moyenne annuelle de 612 millions de dollars à environ 2,4 milliards de dollars d’ici à 2024 pour la transformation des systèmes alimentaires. En mars 2020, la banque a levé un montant exceptionnel de 3 milliards de dollars dans le cadre d’une obligation à trois ans pour contribuer à atténuer l’impact économique et social de la pandémie de Covid-19 sur les économies africaines. Le mois suivant, le conseil d’administration de la banque a approuvé une facilité de réponse à la pandémie de Covid-19 de 10 milliards de dollars pour aider les pays à renforcer leurs systèmes de santé, à stabiliser leurs économies et à fournir les filets de sécurité sociale dont leurs citoyens ont si désespérément besoin.

« Une réponse mondiale est nécessaire pour combattre une menace mondiale »

Aucun pays ou région ne peut gagner la bataille seul. Une réponse mondiale est nécessaire pour combattre une menace mondiale. Dans le cadre de cette lutte, un mécanisme de financement spécifique est nécessaire pour mobiliser les ressources mondiales et nationales afin que chacun ait accès à une alimentation durable, abordable et saine. Lorsque les dirigeants mondiaux se réuniront cette année au sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires, il faudra reconnaître que la nutrition et la santé sont au cœur du programme de transformation alimentaire et de la gestion de Covid-19. 

Les vaccins protègent peut-être, mais c’est la nutrition qui assure la subsistance.

Source : Financial Times

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