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Actualité

Cart’Afrik Kigali… So Quiet


Selon un organisme des Nations-Unies, Kigali offrirait un confort de vie égale à celui de New-York. Difficile à Croire ? Pas tant que ça si on se rend dans la capitale rwandaise. Propreté, discipline, et travail sont les mots d’ordre du Kigali way of Life, vitrine du modèle de développement socio-économique rwandais. Sans ombre au paysage ? Reportage. 

Par Dounia Ben Mohamed à Kigali 

Pas un mégot, une cannette ni même un sac en plastique, interdit d’usage depuis2008. Les rues de Kigali sont impeccables. L’ONU Habitat a d’ailleurs consacré Kigali la «ville la plus propre d’Afrique» en 2016 pour la troisième année consécutive, avant de lui décerner, cette année, le titre de «meilleure capitale africaine», soulignant un confort de vie égale à New York. Etonnant ? Il faut s’y rendre pour le croire. Moins polluée, plus sûre et mieux organisée, que les autres capitales africaines également, Kigali détonne dans le paysage continentale. 

«  Six heures seulement pour ouvrir une entreprise »

Dès la descente de l’avion, le ton est donné : «  Six heures seulement pour ouvrir une entreprise », peut-on lire sur des panneaux d’affichage. Loin d’être un mythe, cette réalité rwandaise, possible notamment grâce à la digitalisations des services administratifs, est un des facteurs de l’attractivité de la ville. Il y en a beaucoup d’autres. « Je suis rwandais, j’ai passé toute ma vie ici avant d’aller en France étudier et travailler. Quand l’idée de rentrer en Afrique est venue, le choix s’est immédiatement porté sur le Rwanda, confie Eric Ntonfo, PDG de Fiatope Digital Solutions, basée à Kigali. Pas seulement parce que c’est mon pays. On était en 2012, le pays était déjà dans une forme d’ébullition économique. » 

70% de taux d’alphabétisation, une couverture médicale pour 90% de la population, et une pauvreté réduite à 30% 

C’est peu ce le dire. Le PIB du Rwanda progresse de plus de 8% par an depuis 2001. « Le Rwanda a réalisé des progrès spectaculaires en termes de développement depuis le génocide et la guerre civile de 1994 » indique la Banque Mondiale dans son dernier rapport annuel sur le pays. Avec, indique l’institution, « l’amélioration du système éducatif, le développement de la santé et une très grande parité hommes/femmes (au parlement rwandais, 64% des députés sont des femmes). » Le Rwanda ainsi, et c’est suffisamment rare sur le continent pour le souligner, a atteint la plupart des objectifs du Millénaire pour le développement,  dès fin 2015, avec notamment 70% d’alphabétisation, un taux parmi les plus élevés du continent. Grâce à un accent porté sur l’éducation, la santé également_ à ce jour 90% de la population bénéficie d’une couverture sociale. Les autorités ont par ailleurs réduit le taux de pauvreté, de l’ordre de 30% aujourd’hui. Tout en mettant en place des réformes drastiques pour améliorer le climat des affaires, avec une politique zéro vis-à-vis de la corruption, la mise en place d’outils de contrôles, une culture de l’évaluation, que l’on retrouve au plus haut sommet de l’Etat, à travers les contrats de performance, et qui font la réputation du modèle rwandais. Un modèle inscrit dans la Vision Rwanda 2020 qui doit faire ce petit pays d’Afrique de l’Est enclavé et densément peuplé, un pays à revenu intermédiaire à l’horizon 2020, en orientant l’économie, essentiellement agricole, vers les services et le savoir. « Au lendemain du génocide, nous avons porté l’accent sur le développement économique de notre pays », explique Emmanuel Hategeka, directeur des opérations au Rwanda Development Board, pièce maîtresse de ce « modèle rwandais ». Le résultat est palpable : le dernier rapport Doing Business, publié début novembre dernier, confirme l’ascension du pays qui fait son entrée_ deuxième pays africain du classement_ dans le Top 50 mondial. « Aujourd’hui nous mettons le focus sur les sciences et l’innovation », poursuit Emmanuel.

Un hub numérique

Une ambition dont Kigali se veut la vitrine. Une capitale qui se veut être un hub numérique. Avec l’installation de 500 km de fibre optique, l’adoption de la wifi dès 2013, la digitalisation des services de l’Etat, 60% de personnes disposant d’un téléphone portable et plus de 4000 sociétés opérant dans les TIC. « Véritable pépinière de start-up, cette ville offre un écosystème dans lequel des start-up comme K-Lab peuvent émerger, observe Didier Acouetey, président du cabinet de recrutement AfricSearch et organisateur du SME Forum Africa dont la dernière édition se tenait précisément, en novembre dernier, dans la ville. Quand on vient d’année en année, on voit que les choses évoluent. Il y a une administration qui fonctionne. Une économie qui tourne. Ce qui signifie que c’est un modèle qui fonctionne.» 

Et qui attire. Une attractivité portée essentiellement par le tourisme d’affaire. Selon la Banque Mondiale toujours, le Rwanda est le second pays africain le plus propice aux affaires. « Contrairement à ce que l’on peut penser, il y a un peu de tous à Kigali, note Janvier Régis Habimana, franco-rwandais également, cofondateur du cabinet de consulting, Convergencium,  installé ici depuis 2012. Des Américains, des Asiatiques, de plus en plus d’Africains, et des Européens. Y compris des Français ». Allusion aux relations, tendues, entre Paris et Kigali, en raison des diverses procédures toujours en cours, dont la dernière en date, vise la BNP accusé de complicité pour avoir financé l’achat d’armes par le gouvernement hutu extrémiste en plein génocide malgré un embargo de l’Organisation des Nations unies (ONU). Mais business is business, assure les autorités rwandaises et, force est de constater, qu’en Afrique, la capitale des affaires devient de plus en plus Kigali. Avec des Investissements directs étrangers (IDE) au Rwanda qui ont croit de 78,1 %, selon le Recensement des capitaux privés étrangers (FPC) entre 2013 et 2015 pour atteindre  409 millions USD en 2016  selon le rapport du CNUCED sur l’investissement dans le monde 2017. A travers des évènements comme le YouthConnekt Africa Summit, ou Transform Africa Summit, Kigali s’affiche comme le hub numérique régionale. Membre de la communauté des Etats d’Afrique de l’Est, l’EAC, Kigali se veut plus largement la porte des investisseurs en Afrique de l’Est…et  en Afrique ! 

Le souvenir du génocide, peu évoqué, néanmoins partout

 « Nous mettons aujourd’hui l’accent sur le tourisme », indique Emmanuel. Avec ses parcs, ces fameux gorilles, ses marchés et son artisanat, Kigali offre de nombreuses sources d’intérêts touristiques. Sans oublier son  histoire également. Le mémorial de Kigali est un passage obligé pour tout visiteur.  « On ne sera jamais réellement ce qui s’est passé ici ». Cette phrase prononcé par un des survivants du génocide de 1994 que l’on peut entendre dans le film qui introduit la visite du mémorial, résume le sentiment général. « On mieux on les a laissés s’entretuer, au pire on les y a aidé » analyse un Français en visite au mémorial. Les Rwandais, résolument tournés vers l’avenir n’évoquent pas, ou peu, le génocide, son souvenir est partout. Dans l’énergie que met tout un peuple pour s’en sortir par lui-même. Un leg du génocide, devenu un trait marquant de la culture rwandaise. « C’est sûr, on s’en serait bien passé, confie un consultant franco-rwandais aujourd’hui installé à Kigali, mais le génocide, a eu pour conséquence que chaque habitant de la ville ou presque a vécu un moment où l’autre en exil. A  notre retour, nous avons développé une forme de culture de l’autosuffisance. Sur le plan économique d’abord, pour ne plus être dépendant des importations, mais pas seulement. Chaque Rwandais aujourd’hui va tout faire pour se débrouiller, gagner son pain, et vivre. Même les étudiants. Ils n’attendant pas de finir leurs études pour lancer un projet d’entreprise. C’est devenue quelque chose de très ancrée dans notre culture. » Et de souligner : « Quelque chose qui est également rendu possible grâce au leadership de ce pays. Qui a une vision claire et s’assure qu’elle soit suivie sur le terrain. »

Paul Kagamé, décrié en Occident, encensé en Afrique

25 ans après, ce pays qui a connu le pire, est capable du meilleur en Afrique. Et ce grâce à un leadership incarné par Paul Kagamé. Mais si tout le monde s’accorde sur le rôle joué par sa gouvernance dans la dynamique actuelle du Rwanda, ici, sons nom est rarement cité, ni en bien, ni en mal d’ailleurs. Un peu comme Voldemort, dans Harry Potter, Paul Kagame est celui dont on ne prononce pas le nom.  Décriée en Occident pour ses méthodes jugées peu soucieuses des libertés individuelles, il est devenu une référence en Afrique pour des populations en quête de nouveau leadership… et de résultats ! D’autant qu’il affiche un certain panafricanisme. Après avoir ouvert à tout Africain les portes de son pays, pour un visa touristique de trente jours, sans frais, délivré à l’aéroport, il a invité l’an dernier 30 000 Subsahariens en Libye à se réfugier au Rwanda. 3 millions d’Africains ont déjà séjourné au Rwanda au cours de l’année précédente. Qui dit mieux ? 

Pas aussi fun que Nairobi que la voisine, plus paisible, « so quiet », Kigali n’en est pas moins une ville en pleine ébullition. Aidée en cela par le boom des services, qui pèse pour 50% du PIB. Hôtels, restaurants, centres commerciaux se multiplient dans une ville qui a soif de vie.  Kigali semble se réveiller d’un profond sommeil. Et c’est l’image qu’elle affiche.