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Cart’Afrik Dakhla, porte du désert

Les villes du sud marocains font l’objet d’un nouveau modèle de développement socio-économique décentralisé. A l’image de Dakhla, porte d’entrée du Sahara, ville carrefour depuis des siècles entre le Maroc et le reste du monde. Une position géostratégique que les autorités marocaines, résolument tournées vers l’Afrique, entendent revaloriser.

Par Lilia Ayari, à Dakhla

« Il y a 20 ans, quand je me suis installé, confie un opérateur économique originaire de Rabat, il n’y avait rien, un petit hôtel, un petit resto, et rien, que du désert… ». Aujourd’hui, quelques hôtels de plus, des restaurants et boutiques et surtout un port, plateforme d’exportation des produits marocains en direction de l’Atlantique et de l’Afrique. C’est la vocation de Dakhla, ville située à la porte du désert, carrefour historique entre le Maroc et l’Afrique… point de connexion avec le reste du monde, plus largement. Une position que le Roi du Maroc, Mohammed VI, entend renouveler. Signalant au passage que « le Sahara marocain est aujourd’hui l’une des zones les plus sûres dans la région du Sahel et du Sahara », il résume ainsi sa feuille de route : « Nous l’entendons comme un pilier d’appui pour l’insertion définitive de ces provinces dans la patrie unifiée, et pour le renforcement du rayonnement du Sahara, comme centre économique et comme trait d’union entre le Maroc et son prolongement africain ».

« Nous voulons opérer une véritable rupture avec les méthodes adoptées jusque-là dans la prise en charge des affaires du Sahara : rupture avec l’économie de rente, rupture avec la mentalité de la concentration administrative »

L’idée avait déjà été annoncée lors du quarantième anniversaire de la Marche verte, célébrée à Laâyoune. « Aujourd’hui, nous voulons opérer une véritable rupture avec les méthodes adoptées jusque-là dans la prise en charge des affaires du Sahara : rupture avec l’économie de rente et des privilèges et la défaillance de l’initiative privée, et rupture avec la mentalité de la concentration administrative ». Ainsi, explique le roi, « au terme d’années de sacrifices et d’efforts au plan politique et en matière de développement, nous sommes arrivés au stade de la maturité », l’heure est venue, dans le cadre du programme de régionalisation avancée entrepris au sein du Royaume, de donner aux populations du Sud, les Sahraouis, « des moyens nécessaires pour gérer leurs propres affaires et montrer leur capacité à assurer le développement de la région ». 

Aussi, pour joindre le geste à la parole, le souverain a officiellement lancé, au cours de sa visite, les programmes de développement des trois nouvelles régions du Sud, nées du processus de décentralisation, et devant s’affirmer en pôle économique compétitif. Un nouveau modèle de développement des provinces du Sud qui s’articule autour de quatre principaux axes, à savoir: la création d’une nouvelle dynamique de développement et d’emploi fondée sur des pôles régionaux compétitifs, la réalisation d’un développement global et la valorisation de la dimension culturelle, la consécration d’une gouvernance responsable, la promotion d’un développement durable et l’amélioration de la connectivité nationale et internationale des provinces du Sud. Cette feuille de route, évaluée à 77 milliards de dirhams (un peu plus de 700 millions d’euros) est déjà à pied d’œuvre à Dakhla ainsi que l’explique le premier président de la nouvelle région de Dakhla-Oued Eddahab, Ynja Khattat. « Dakhla est la région la plus au sud du Maroc qui voit le jour avec de nouvelles prérogatives. Nous sommes passés à une étape décisive dans la régionalisation avancée. Qui correspond à un choix stratégique, un choix politique : il s’agit de renforcer le développement et l’essor économique de la région ». Et de rappeler : « Dans nos régions sud, le Maroc a proposé l’autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine pour proposer une solution définitive à ce problème. La régionalisation avancée est le premier pas vers cette autonomie. Les décisions seront prises désormais localement, au plus près des citoyens ».

« Ce plan de régionalisation avancée vise à faire de Dakhla un hub maritime, terrestre, routier, vers l’Afrique subsaharienne »

Au programme, entre autres le raccordement de la ville de Dakhla au réseau national d’électricité ; la valorisation des produits de la pêche ; le développement de l’aquaculture ; la construction d’une station de dessalement de l’eau de mer à des fins agricoles d’une capacité de 100.000 m3/jour ; la création d’un pôle éco-touristique, la protection des écosystèmes à travers la revitalisation des forêts locales, la lutte contre la désertification, la mise en place de ceintures vertes, et la conservation de la diversité biologique. « Dakhla est déjà la première destination touristique pour tous les sports nautiques, souligne le président. On a organisé, ici, des compétitions mondiales. Dakhla a des potentiels énormes en matière d’écotourisme, avec le désert, la mer, la valorisation des produits locaux… ». A ce titre, la création d’un musée dédié à la valorisation du patrimoine des provinces du Sud est annoncée. Des investissements d’une valeur de 17,75 milliards de dirhams, dont 6,6 milliards de dirhams alloués par l’Etat. « Ce plan de régionalisation avancée vise à faire de Dakhla un hub maritime, terrestre, routier, vers l’Afrique subsaharienne. Saviez-vous que beaucoup de produits marocains sont acheminés vers le continent via Dakhla ? Dakhla est la porte vers le sud. C’est déjà une réalité. Là, ce que l’on veut faire, c’est renforcer cette réalité pour un écoulement plus facile de tous nos échanges entre le Maroc, l’Afrique mais également l’Europe et l’Atlantique ».

Port Atlantique de Dakhla,vitrine desambitions marocaines pour son Sud

Le premier chantier, le plus emblématique, le projet de Port Atlantique de Dakhla qui résume à lui seul les ambitions marocaines pour son Sud. La nouvelle infrastructure portuaire, située à Ntireft, à 70 kilomètres au nord de la ville de Dakhla, qui comptera à la fois un port de pêche et une plateforme commerciale, pour un investissement de 6 milliards de dirham qui doit générer près de 20.000 nouveaux emplois, s’appuie sur le potentiel halieutique du site, jusqu’à un million de tonnes de petits pélagiques. Une production doit être valorisée dans des usines implantées sur place avant de partir alimenter les marchés internationaux. Une activité déjà en partie développée par le port existant, mais que les autorités entendent booster, tout en les éloignant de la ville afin de préserver l’écosystème de la baie… qui recèle d’autres potentiels, en matière d’aquaculture notamment. Le port de pêche de Dakhla, qui souffre d’encombrement, avec un trafic global de 750.000 tonnes en 2014, fait également l’objet d’un programme inscrit dans le cadre de la feuille de route 2016-2020 de l’Agence nationale des ports (ANP). 

« Le développement va trop vite pour qu’on puisse suivre, trop vite pour intégrer les populations locales »

Des projets ambitieux qui doivent voir le jour à court terme. Trop vite pour certains ? « Aujourd’hui, le développement va trop vite pour qu’on puisse suivre, trop vite pour intégrer les populations locales », s’inquiète notre opérateur économique local. Autre source d’inquiétude : la fiscalité. « Pour faire venir les investisseurs dont ils ont besoin pour développer la région, il va falloir une politique fiscale très attractive. Pourquoi pas faire de Dakhla une zone franche ? » Membre actif du secteur privé local, ce dernier porte la question dans les échanges avec les acteurs publics locaux. En attendant, dernier volet mais pas des moindres du programme, le volet social. Une attention toute particulière y a été accordée avec la mise en œuvre d’une série de projets destinés à rehausser la qualité de l’enseignement, des services de santé et des structures socio-économiques. En matière de formation notamment. Les emplois qui doivent être créés devant être pourvus localement pour un réel essor socio-économique.