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Cart’Afrik Abidjan, ville aux multiples visages


Du Plateau et ses buildings à la joyeuse Yop City, en passant par le très huppé Cocody. Quatre fois plus vaste que Paris, la capitale économique ivoirienne compte dix communes, réparties sur la rive nord et sud de la lagune Ébrié. Chacune a son histoire, ses particularités, et son ambiance. Visite d’Abidjan par quartier. 

Par Hervé Gobou, à Abidjan 

Yopougon renait de ses cendres

Commune la plus peuplée (plus d’un million d’habitants !), la plus étendue, la plus excentrée également, Yopougon serait un îlot si ce n’est le pont qui la relie au reste de la ville. Elle possède ses propres boutiques d’alimentation, ses zones industrielles et résidentielles, son CHU et ses écoles. Yopougon, relativement récente au regard des autres (1970), choisie pour étendre la ville et accueillir les premiers logements sociaux, est une ville en miniature. Yop’City de son surnom, bastion du zouglou, c’est surtout une ambiance. Même si la mythique rue Princesse, version locale de la « cité de la joie », n’est plus, la commune fourmille de maquis, bars et night-club qui font tout son charme et drainent au passage des centaines de millions de francs toutes les semaines. Si la crise ne l’a pas épargnée, elle connait une série de travaux de modernisation avec notamment la construction d’un nouveau quartier, la Cité Ado, prototype du programme présidentiel de construction de logements. « À Yopougon, les plaies de la crise sont en train de se panser tout doucement, assure le maire Gilbert Kafana Koné, décidé à effacer les stigmates de la crise. Nous mettons l’accent sur la cohésion sociale par la réalisation des routes et des bâtiments, et en encourageant tous les acteurs de la commune à travailler ensemble pour l’intérêt commun ». Noble programme. Déjà, la commune connaît une nouvelle dynamique économique avec l’installation de sociétés et industries, parmi lesquels, un centre commercial Carrefour… 

Treichville, cité commerciale 

La particularité de Treichville, située au sud d’Abidjan, c’est que les différentes artères sont numérotées, fait suffisamment rare pour être mentionné. Impossible donc de s’y perdre. Quoi que… À l’origine, la ville accueillait les « indigènes », tandis que les colons étaient plus confortablement installés sur le Plateau, juste en face, de l’autre côté de la lagune. Elle abrite le port autonome d’Abidjan (PAA) et une vaste zone industrielle. Grande cité commerciale, elle a profité de la construction du canal de Vridi, avec en particulier les innombrables magasins et autres commerces de Marocains, Sénégalais ou Libanais, qui ont remplacé, rue 12, les innombrables restaurants et discothèques qui l’animait ainsi que les boutiques chics où l’on trouvait de quoi vivre à l’européenne. Sans oublier son marché où tout Abidjanais a forcément mis un pied, ou encore le Palais de la culture, réalisé sous la présidence de Bédié, la piscine d’État, le palais omnisports ou l’hippodrome d’Abidjan. Toujours sous la houlette du maire Albert François Amichia, Treichville suit un programme d’assainissement urbain. 

Attécoubé La vierge 

Située au nord d’Abidjan sur une butte dominant la baie du Banco, marquée par la présence de la forêt du Banco, classée comme parc national, Attécoubé a longtemps été épargnée par l’urbanisation accélérée d’Abidjan. Actuellement, un gigantesque complexe commercial y est construit. Sur le plan touristique, en plus de la forêt de 3000ha, les fanicos, ces blanchisseurs traditionnels, attirent les curieux ainsi que le Sanctuaire marial, dédié à la Vierge Marie. Autre curiosité, moins touristique celle-là, le siège des forces onusiennes en Côte d’Ivoire (l’ONUCI) y est installé. Sur le pan social, Attécoubé, ce sont aussi des zones précaires où sont apparus ces derniers temps les « microbes », ces gamins armés et violents. Un Plan de rénovation urbaine (Pru) et de reconstruction des quartiers précaires de la commune, porté par le maire Danho Paulin, est en cours.

À Cocody, luxe, calme… et bling-bling 

2-Plateaux, Riviera, rue des Jardins, etc., autant de zones résidentielles qui font le charme et la particularité de Cocody, commune huppée de la capitale où réside le chef de l’État, plusieurs membres du gouvernement, les ambassades et la petite jet set locale. Nombre d’hôtels et de restaurants côtés y sont établis, dont le fameux hôtel Ivoire qui a récemment fait peau neuve. On y trouve également une multitude de nouveaux salons de beauté, salles de sport et salles de spectacle. Les principales universités du pays, les grandes écoles ainsi que les principaux lycées y sont implantés. Son marché, incendié en 2007, a été longtemps un centre de référence de l’artisanat et des objets d’arts africains. Le grand rêve de Ngouan Aka Mathias, l’ancien maire de la commune, était de faire de Cocody « un Beverly Hills sous les tropiques ».

Abobo la modeste

Jadis petit village Ébrié, Abobo est aujourd’hui la commune la plus peuplée d’Abidjan, avec 1 million 500 000 habitants. Elle concentre une forte proportion des migrants de la sous-région depuis la construction de la gare routière qui lui a donné son nom, Abobo-gare. Conséquence de la crise économique, elle attire également ces dernières années les ménages ivoiriens les plus modestes, notamment les ressortissants de l’arrière-pays. Abobo est sans aucun doute la commune la moins privilégiée d’Abidjan. Des projets en cours doivent participer à l’amélioration du quotidien des populations et à rafraîchir la commune. Parmi eux, l’extension de la voie Abobo-Anyama, la nouvelle voie express Mohamed VI, et la mise en service du château d’eau d’Anyama, qui doit mettre fin aux problèmes d’accès à l’eau potable. 

Adjamé, le coin des go et des gaous

« La rencontre » ou « le centre » en Ébrié, Adjamé a accueilli les premiers migrants venus dès les années 30 participer à la construction de la voie ferrée. Petite et surpeuplée, elle continue de voir affluer les travailleurs de la sous-région attirés par la gare routière, carrefour principal des lignes de bus qui traversent tout le pays, et par l’importante activité commerciale de la ville. La commune compte aussi de nombreux marchés, le Forum notamment, le plus grand, reconstruit après un incendie,  qui en fait l’un des principaux centres économiques de la capitale. Adjamé c’est aussi un spectacle étonnant : une foule de gens massés autour de la gare où l’on parle arabe, dioula, wolof, bambara ou « le français de Moussa », dialecte des Abidjanais, des vendeurs de tout et rien, des go et gaous qui se cherchent, c’est le carrefour des populations, des cultures et des cuisines. Sans oublier la grande mosquée autour de laquelle tournoient mendiants aveugles et vendeurs d’articles religieux en tous genres. La surpopulation et l’agitation perpétuelle de la commune sont toutefois à l’origine de l’importante insalubrité qu’elle connait.

Le Plateau, petit Manhattan     

Plus petite commune de la ville, c’est aussi la plus célèbre.  Surplombant la ville avec ses buildings, le lieu est incontournable. Toutes les administrations, en plus du palais présidentiel et des ministères, pour ceux qui n’ont pas encore été transférés dans la capitale politique Yamoussoukro, s’y trouvent. Des sociétés y ont leurs sièges sociaux. Son urbanisme est très particulier, mêlant constructions de style colonial et d’autres plus contemporaines, signées entre autres Pierre Fakhoury, datant des années fastes du miracle ivoirien. D’où son surnom de « petit Manhattan ». Quartier européen sous la colonisation, il a ensuite accueilli la nouvelle élite du pays formée par Houphouët. C’est avant tout le quartier d’affaires de la capitale, véritable baromètre de l’activité économique ivoirienne. Ainsi il suffoque la journée en raison de la circulation et de l’absence d’air dans cet espace fermé par la hauteur des bâtisses. 

Les derniers travaux effectués, notamment au niveau des voiries et de l’assainissement, ont redonné toute sa fraicheur au quartier sorti abîmé de la crise postélectorale. Depuis, les nouvelles constructions ou réhabilitations se multiplient, dont des hôtels d’affaires de grands standings comme l’ancien Sofitel devenu Pullman sur le boulevard Lagunaire, ou le Tiama, entièrement rénové sur le boulevard de la République. 

La vie culturelle y a aussi son adresse avec le musée des Civilisations, ancien centre IFAN qui compte une riche collection de l’art de toute la Côte d’Ivoire. La Bibliothèque nationale, même si elle n’a plus son allure d’antan, et le centre culturel français, ont fait les belles heures culturelles du plateau. Malheureusement, les anciens cinémas, dont Le Paris, sont fermés depuis des années.  Symbole aussi du cosmopolitisme de la ville, au Plateau se dresse la Grande mosquée du Plateau avec son joli dôme bleu azur attirant les foules le vendredi, jour de la grande prière, et la cathédrale Saint Paul d’Abidjan signée par l’architecte italien Aldo Spiritom à l’initiative du président Félix Houphouët-Boigny et bénie par le Saint Pape Jean-Paul II en 1980.

L’ancien maire du Plateau, Noël Akossi Bendjo, a lancé les premiers chantiers de mise en œuvre du très ambitieux programme Abidjan 2020. Au programme, parmi d’autres constructions, un mall et un important centre d’affaires et de conférences. Le Plateau, symbole de l’émergence, selon la nouvelle volonté des autorités. 

Koumassi, un carrefour

Quand les Abidjanais parlent de Koumassi, c’est essentiellement pour son carrefour, le plus grand de la ville. Parmi les plus récentes, la commune compte également une importante zone industrielle et un grand marché qui en font un centre économique qui pèse. Mais de nature marécageuse, Koumassi n’offre pas un tableau très excitant avec ses bâtisses vétustes. À ce titre, la commune verra prochainement sortir de terre des logements sociaux, fruits du partenariat entre la Côte d’Ivoire et des promoteurs immobiliers marocains. D’autant qu’avec sa façade lagunaire, Koumassi affiche un potentiel réel, tant du point de vue du développement locatif que de l’activité économie. Sa proximité avec le port de Port-Bouët la rend attractive aux yeux des investisseurs. C’est une commune en plein développement. 

Marcory la bourgeoise

Commune privilégiée des expatriés et cadres sup ivoiriens, Marcory est la commune la plus agréable d’Abidjan. Pourtant à l’origine, jugée inadaptée à l’habitation pour ses marécages notamment qui lui valurent le triste surnom de Marcory poto-poto (Marcory la boueuse), elle est restée longtemps délaissée. Aujourd’hui, le changement est étonnant. Des boutiques chics de la rue des Jardins aux restaurants les plus fameux de Zone 4 ou Biétry, Marcory est le coin le plus branché de la ville. Même si la commune compte également une zone plus modeste, plus populaire dans la partie ouest, séparée de l’autre par le boulevard Giscard d’Estaing, le plus large d’Abidjan. 

La commune est également traversée par le boulevard de Marseille, qui borde la lagune Ébrié, célèbre pour ses restaurants gastronomiques qui réunissent les affairistes de la ville. Là encore, la zone connait d’importants travaux de réhabilitation… et de déguerpissement. À l’image du Café de Rome, rasé récemment et qui a ému les plus nostalgiques. 

Port-Bouët, porte d’entrée d’Abidjan 

Autrefois village de pêcheurs tchamans, la commune a pris le nom du commandant Bouët Willaumez, chargé par le roi de France entre 1842 et 1845 de conclure des traités de commerce avec les rois et chefs côtiers. C’est autour de son célèbre phare qu’elle se développe dans les années 30. Avec la construction du port au début des années 50, elle devient un grand pôle industriel où s’installent entrepôts, commerces et usines, dont la Société ivoirienne de raffinage (SIR). Ce qui en a fait au fil des années la première commune de la ville en termes d’emplois. Avec l’aménagement de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny, elle reste la porte d’entrée d’Abidjan. Du côté de Vridi, c’est un tout autre décor : on trouve des plages et maquis de bord d’océan qui accueillent les week-ends les Abidjanais en quête d’air frais.