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BRVM 6ème bourse africaine

L’économie africaine se porte globalement bien, les marchés aussi. Encore loin derrière l’Afrique du Sud, la Bourse régionale des valeurs Mobilières (BRVM) qui réunit les 8 pays de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) a clôturé l’année avec 458,73 milliards de FCFA soit 11,22% par rapport à 2013. Signe de sa reprise. Etat des lieux avec son Directeur Général, Edoh Kossi Amenounve.

« Les marchés africains ont évolué dans un contexte globalement favorable de croissance économique » a indiqué Edoh Kossi Amenounve, Directeur Général de la Bourse régionale des valeurs Mobilières (BRVM), à l’occasion d’une conférence de presse qui s’est tenue le 5 février 2015 à Paris. Active depuis 1998 et basée à Abidjan, la BRVM réunit les 8 pays de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA), à savoir la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso, le Togo, le Bénin, le Mali, le Niger et la Guinée-Bissau.

 56% des transactions réalisées par des investisseurs du continent

Avec une moyenne de 6,6% de croissance, contre 4,8% pour le continent et 3,8% pour le reste du monde, l’Afrique de l’Ouest  reste une zone de croissance. Malgré les crises, les conflits, les épidémies. « On a eu une grosse frayeur début 2014 avec Ebola, mais fort heureusement l’impact économique a été globalement limité pour la sous-région. » Qui confirme ainsi son attractivité en termes d’investissements. « Ce qui nous réjouit particulièrement, c’est que les analystes internationaux commencent à mieux apprécier le risque-pays de notre continent. Il y a dix ans à peine, quand une crise ou une épidémie intervenait dans un pays, on assistait tout de suite à un retrait des investissements. Désormais, les investisseurs qui viennent en Afrique s’inscrivent sur le long terme. » Et de prendre pour exemple le secteur de la consommation et de la distribution où les projets portent non sur 2020 mais sur 2050 « avec cette classe moyenne qui va se développer malgré les crises et épidémies. » Des investisseurs qui par ailleurs sont de plus en plus originaires du continent_d’Afrique du Nord notamment, les Marocains en tête, mais également d’Afrique anglophone, les Sud-Africains en premier lieu_ avec 56 % des transactions réalisées l’an dernier alors les investisseurs étrangers représentaient encore 70 % en 2012. Ceci dit, « l’Asie tient une place prépondérante dans les investissements en Afrique, notamment la Chine, et on assiste à un retour de l’Europe. » Les Nord-Américains également renforcent leur présence, les Canadiens notamment dans les mines, et les USA dans les activités pétrole et gaz.

38 sociétés cotées

Un regain d’intérêt pour l’Afrique, l’Afrique de l’Ouest notamment, qui n’a pas manqué de se traduire sur le bilan 2014 de la BRVM. La capitalisation boursière totale s’est chiffrée à 7458,73 milliards FCFA au terme de l’année 2014, soit une hausse de 11,22% par rapport à 2013. La capitalisation du marché des actions a progressé de 12,18% et celle du marché des obligations de 6,17%. De même, les principaux indices de la BRVM ont connu une évolution « appréciable» juge Edoh Kossi Amenounvé. En effet, l’indice BRVM 10 s’est fixé à 267,53 points soit une variation de +8,60% par rapport à l’année 2013 ; + 11,23% pour l’indice BRVM Composite avec 258,08 points. Et au 31 décembre 2014, la BRVM enregistrait 38 sociétés cotées avec la récente entrée en bourse de BOA Sénégal. A laquelle devrait s’ajouter celle de Total Sénégal. « Deux nouvelles cotations après cinq années d’attente, ça ne parait pas extraordinaire, mais cela signifie que la dynamique a repris sur notre marché » souligne le DG. Par ailleurs, 6 nouvelles admissions obligataires ont été réalisées au cours de l’année pour un montant total de 309, 49 milliards de FCFA. « Notre marché reste essentiellement un marché de la dette, reconnaît-il, ce qui n’a rien d’étonnant dans la mesure où c’est le secteur bancaire et la dette qui constitue la principale source de financement des Etats et des entreprises. » En 2014, la BRVM a levé 3 243 milliards de francs CFA en obligations et seulement 644 milliards en actions. « La plus grosse difficulté pour nous et d’aller vers un marché essentiellement financé par actions. » En attendant, la Côte d’Ivoire a annoncé le 4 février 2015, deux émissions d’eurobons pour 1 milliard de $. « Ce qui pour nous est une bonne chose. Les émissions en eurobonds envoient un signal fort : nous sommes dans l’économie mondiale. » Du côté du privé, le processus est en marche, observe le Directeur, avec des sociétés qui commencent à recourir aux emprunts obligataires pour se développer. Comme cela a été le cas avec l’ago-industriel Sifca (35 milliards de FCFA, 6,90%, 2013-2021).

« La reprise de la croissance en Côte d’Ivoire est un des facteurs les plus      importants de la dynamique de notre marché. »

 Résultat, la BRVM se classe à la 6ème place des 23 bourses africaines, encore loin derrière l’Afrique du Sud, mais en progression tout de même après des années sèches consécutives à la crise ivoirienne. « 11% de progression de l’indice général en 2014 contre 20% en 2012, et 40% en 2013, c’est une tendance à la normalisation, explique le Directeur. Pendant 5 à 6 ans, on a connu un ralentissement consécutif à la crise ivoirienne ; fin 2011, 2012, on a assisté à un effet de rattrapage, et aujourd’hui on va vers une stabilisation. » Qui reste influencé par la reprise en Côte d’Ivoire. «  Aujourd’hui cette reprise de la croissance en Côte d’Ivoire est un des facteurs les plus importants de la dynamique de notre marché. »  Ce qui n’est pas sans susciter quelques inquiétudes à l’approche des élections en Côte d’Ivoire, en octobre 2015. « La BRVM n’est pas sensible aux situations politiques ou économiques en Côte d’Ivoire parce qu’elle compte d’autres valeurs importantes. » Sachant que le marché reste dominé par les titres Sonatel et ITIE qui totalisent plus de 50% du marché. Ce qui pose un autre problème selon le DG. « Il n’est pas bon d’avoir deux sociétés qui représentent 50% de la capitalisation. Il faut une diversification géographique. Il faut que les autres pays apportent des valeurs pour éviter cette sensibilité forte en terme de secteur d’activité. Un enjeu important, mais non politique, économique ! »

Perspectives 2015

 Les PME-PMI, une des priorités des Etats, de la BRVM également qui doit cette année ouvrir son troisième compartiment dédié à celles-ci. « L’idée pour nous n’est pas juste de mettre en place une solution de plus qui ne marche pas. Or si l’on se focalise sur les critères d’adhésion ça ne fonctionne pas, idem si l’on se concentre sur les incitations fiscales. Tout dépend du projet lui même et de la vision de la PME : s’ils ont des ambitions et des perspectives de développement, ils auront un appétit pour les marchés. » Innover. C’est au coeur de la réflexion de la BRVM. En s’associant notamment avec des fonds de Private Equity de plus en plus nombreux à s’orienter vers le financement des PME. Et de soulever un « paradoxe français » : « à la BRVM on compte une vingtaine de fonds anglo-saxons, pour 2 ou 3 français. Alors que l’arrimage à l’euro les immunise contre tout risque. Si Total a intégré cela, les entreprise françaises qui ont des filiales en Afrique doivent faire la même démarche. »  A ce titre, Edoh Kossi Amenounve se rendra à Londres le 28 avril précisément en vue de ecouragee les fonds européens à investir dans la sous région.


Par Dounia Ben Mohamed

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