Théophile Tawéma, président de l’ASEHB@ANA
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Bénin : Le numérique accélère l’éducation inclusive à l’Université d’Abomey-Calavi

Grâce au e-learning, l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) dispense ses cours à un plus grand nombre d’étudiants. Le campus devient leader en la matière dans la zone Afrique francophone, même si des efforts restent encore à faire.

Ulrich Viany à Cotonou

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Le e-learning fait des heureux à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Grâce à cet outil, le campus dispense plus facilement ses cours à un plus grand nombre d’étudiants y compris les apprenants déficients. Cette politique fait du campus, l’établissement d’enseignement supérieur la plus inclusive au Bénin. L’UAC est la première et plus grande université du Bénin, située à Abomey-Calavi la deuxième ville la plus peuplée du pays au nord de Cotonou.

Le numérique et la digitalisation des enseignements ne sont pas des concepts et pratiques nouveaux à l’UAC. L’aventure a démarré, entre autres, avec le campus numérique francophone inauguré en septembre 2002. La tendance a pris de l’ampleur au fur et à mesure que les années passent, notamment en 2020 avec la pandémie de Covid-19 qui a durement touché les secteurs d’activité dans le monde.

Cours et travaux dirigés en mode visio-conférence sont ainsi dispensés à tous, sans exception, et intensifiés via la plateforme https://etudiant.bj/ lancée le 11 mai 2020. De plus, les supports de cours sont disponibles en ligne sur le site internet de l’université.

Au-delà de la Covid-19, l’UAC a accéléré l’enseignement supérieur à distance en raison du grand écart entre étudiants et infrastructures disponibles. « L’an dernier, nous avons franchi le seuil de 95 000 étudiants préinscrits… Malheureusement, les infrastructures pédagogiques que nous avons, n’accompagnent pas cet effectif important et le personnel aussi ne suffit pas. Donc, il est presque évident que les conditions de cours sont difficiles », affirme le professeur Patrick Houessou, vice-recteur chargé des affaires académiques de l’UAC.

Aujourd’hui, le e-learning se révèle comme l’outil par excellence à travers lequel le campus accélère l’éducation inclusive. Atteindre beaucoup plus de cibles n’est plus une illusion à l’UAC qui par ses prouesses devient leader de l’Afrique subsaharienne francophone en matière de e-learning. L’établissement est en effet classé depuis janvier 2022, 1re université la plus digitale en Afrique francophone (116e en Afrique et 2e en Afrique francophone en 2021) devant l’Université Cheick Anta Diop du Sénégal. Le classement est effectué par Webometrics Ranking qui répertorie, chaque année, les établissements d’enseignement supérieur (par continent et au plan mondial) sur la base de leur présence académique sur le web et de leurs services digitaux.

Ce rang qu’occupe l’UAC constitue une source de motivation supplémentaire pour les autorités rectorales engagées à transposer les 52 ans d’expériences de l’université sur internet.

Des difficultés malgré le succès

Si accéder aux cours devient plus aisé grâce au e-learning, ce n’est toujours pas simple dans la réalité, en raison de plusieurs difficultés. La principale est le coût de la connexion internet (environ 2 euros par gigaoctet pour les GSM). Un budget que les étudiants en général ont du mal à supporter. Dans les rangs des étudiants déficients, ces difficultés vont du manque de ressources et d’infrastructures aux supports de cours et matériels peu adaptés à leur type de handicap.

« L’accès aux cours était vraiment pénible pour ceux qui n’avaient ni android, ni ordinateur adaptés. J’ai un camarade d’amphi, malvoyant, qui était dans ce cas et venait chez moi pour prendre les cours… », témoigne Théophile Tawéma, président de l’Association des Scolaires et Etudiants Handicapés du Bénin (ASEHB créé en 1996 pour l’épanouissement des apprenants handicapés. Ce regroupement est composé de 220 membres dont 115 actifs). A l’en croire, il ne s’agit là que des résumés de cours en format texte. Grâce aux applications ou aux logiciels de lecture audio installés sur smartphone ou ordinateur, ils arrivent à suivre la lecture des supports de cours. 

Chaque année, l’Etat béninois vient en aide aux nouveaux étudiants handicapés en leur donnant, entre autres, des ordinateurs portatifs adaptés. En 2022, 16 ordinateurs portables ont été distribués. Mais ce nombre ne couvre pas encore la totalité des besoins. « Les ordinateurs offerts cette année ont été remis aux étudiants ayant obtenu le Bac en 2018 », informe Théophile Tawéma qui ajoute que « ceux qui ont eu le Bac en 2019, 2020 et 2021 sont toujours dans l’attente… ». Il souhaite également que des ordinateurs adaptés soient offerts aux personnes atteintes d’un handicap auditif.

Depuis peu, deux agents traducteurs en langue des signes, en service au rectorat, interviennent sur des activités du campus, et l’ASEHB souhaite que le rectorat en recrute plus et qu’il les affecte d’office pour les filières d’études au sein desquelles le besoin se fait sentir. De plus, il souhaite qu’un moyen soit trouvé pour faire intervenir ces agents traducteurs dans les cours par visio-conférence.

Engagements pour de meilleures conditions d’études

Les autorités du campus d’Abomey-Calavi ne sont pas étrangères aux difficultés des étudiants en général et des handicapés en particulier. L’université « met les bouchées doubles pour les résoudre, car cela fait partie de nos projets et nous sommes en train d’obtenir des engagements de quelques partenaires pour nous accompagner », affirme professeur Patrick D. Y. Houessou.

Mais si les choses bougent moins vite au sujet de l’inclusion numérique des étudiants handicapés, c’est bien parce que l’administration rectorale rencontre également quelques blocages. « Pour s’occuper des personnes handicapées, il y a aussi une réalité qu’il ne faut pas occulter, c’est qu’on a besoin de moyens pour mettre en place un certain nombre de choses. Par exemple, les personnes malvoyantes ont besoin qu’on leur traduise des documents en braille ou qu’on leur fasse des agrandissements. Les appareils pour le faire coûtent chers. Quand on fait un budget dans ce sens, on finit par élaguer des choses en raison des moyens économiques disponibles. Donc, les idées sont là mais ce n’est pas toujours la faute de l’université, au contraire elle fait l’effort de faire au mieux », explique le vice-recteur.

L’UAC et le ministère du Numérique et de la Digitalisation travaillent actuellement sur des projets et programmes visant à renforcer le e-learning sur le campus. « Lorsque ces initiatives pour la digitalisation seront mises en œuvre, il est évident que cela s’étende également au niveau des étudiants handicapés », rassure professeur Patrick D. Y. Houessou. Ce dernier affirme que le rectorat a donné des instructions fermes, cette année, pour qu’au niveau de l’inscription déjà, « l’on puisse arriver à mieux déterminer les personnes handicapées qu’il y a sur le campus et les types de handicaps en présence, pour faire le point et agir en conséquence ». Ceci contribuera à mener à bien les projets et programmes en perspective.

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