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Automobile : La Côte d’Ivoire concrétise ses ambitions dans la filière

En lançant la production de minibus « made in Côte d’Ivoire », la Sotra et son partenaire franco-italien Iveco font le pari de servir les besoins croissants du marché local, et au-delà, ceux de la sous-région. 

Par Issiaka N’Guessan, à Abidjan

Les premiers minibus « made in Côte d’Ivoire », sortis de la chaîne de montage et d’assemblage de la Société des transports abidjanais (Sotra), sont désormais sur les routes ! Ces véhicules aux couleurs nationales- orange, blanc et vert- avec à leur bord le ministre Patrick Achi, nés dans l’unité de production implantée dans le quartier de Koumassi, au Sud d’Abidjan, ont fait leur grande sortie le 10 janvier.

Fruit d’un partenariat entre le constructeur automobile franco-italien Iveco Group et la Sotra, entreprise détenue à 60 % par l’État ivoirien et à 40 % par Iveco, la chaîne de montage a nécessité un investissement de 45 milliards de francs CFA (70 millions d’euros) et aura une capacité de production de 1 000 véhicules (autobus, camions de chantier, ambulances…) par an, qui seront commercialisés sous la marque Daily Ivoire. 

« Amplifier le processus de renouvellement du parc automobile »

De quoi, selon le Premier ministre ivoirien, aider à « amplifier le processus de renouvellement du parc automobile [national] », celui-ci étant le plus vieux de l’espace CEDEAO en 2018, a rappelé le ministre des Transports, « avec un âge moyen de 22 ans ».  Une vétusté « cause de nombreux décès», selon le responsable politique. Amadou Koné s’est toutefois réjoui que « grâce aux réformes entreprises depuis 2018 »- à savoir la mise en place de mesures d’interdiction d’importations de certains véhicules d’occasion (ndlr)- le pays ait « enregistré un accroissement des ventes de véhicules neufs de 20 % l’an […] ». 

Résultat, selon les données communiquées par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Souleymane Diarrassouba, présent à l’inauguration de la chaîne de montage, la Côte d’Ivoire serait aujourd’hui « le 1er marché d’importation de véhicules neufs » de la zone UEMOA avec « 23 797 unités vendues en 2021, contre 12753 unités en 2018 ». Un quasi-doublement en l’espace de trois ans. 

Objectif, substituer les importations de véhicules par une production domestique

De ce point de vue, le gouvernement ivoirien, en accordant une place de choix au volet industriel dans son Plan national de développement (PND 2021-2025), cherche à capitaliser sur cette dynamique nouvelle afin de substituer progressivement les importations de véhicules par une production domestique, ce qui ferait financièrement sens en allégeant la charge des importations de véhicules étrangers dans la balance des paiements du pays. Mais au-delà de ces éléments comptables, il y a aussi et surtout la volonté affichée de monter en compétences et de créer des emplois. Le ministre du Commerce et de l’Industrie a ainsi souligné que grâce à cette chaîne d’assemblage qui sortira « 2 à 3 véhicules jour », ce sont « 1500 emplois indirects qui [étaient] attendus » et que le carnet de commandes [était] rempli jusqu’à 2024 ».  

De son côté, Amadou Koné a d’ores et déjà annoncé la construction d’une nouvelle « zone industrielle destinée à l’industrie automobile à San Pedro », la seconde ville portuaire ivoirienne, au Sud-Ouest du pays. « Nous ne nous arrêterons pas en si bon chemin pour contribuer au rayonnement de la Côte d’Ivoire, nous créerons des emplois par millier pour les cadres et des emplois spécialisés », a ainsi soutenu le ministre les Transports, lors du lancement de la chaîne de montage des minibus de la Sotra. 

Des ambitions de ventes dans le reste de la sous-région

Mieux, Amadou Koné, ambitionne de voir cette unité ivoirienne de production automobile « prendre une dimension sous-régionale » avec des ventes annoncées en Afrique de l’Ouest et Centrale sur le réseau d’Iveco Bus, partenaire technique du projet, et « 30% moins chers » que les véhicules équivalents  importés.  Un objectif repris en cœur par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Souleymane Diarrassouba, qui a vanté le marché de la CEDEAO, fort de ses 300 millions d’habitants et les 1,3 milliard d’habitants du continent africain, accessibles désormais grâce à la Zlecaf. Plus largement, avec un marché d’environ 1 million de véhicules neufs par an, l’Afrique reste la région la plus sous-­motorisée de la planète et donc celle dont la marge de progression est l’une des plus fortes. Une configuration potentiellement très favorable pour investir dans la filière sur le continent. 

Signe de cet intérêt, les ministres des Transports du Bénin, du Cameroun, de la République Centrafricaine, du Congo, du Gabon, de la Guinée Équatoriale, de Madagascar, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Sénégal, du Tchad, du Togo et de l’Union des Comores ont suivi cette présentation des premiers véhicules Sotra-IVECO par visioconférence. Les ministres Burkinabè du Transport, de la Mobilité Urbaine et de la Sécurité Routière et des Transports et Communications de la Guinée Bissau étaient quant à eux présents à Abidjan.

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