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Antoine Guego, DG AccorHotel Services Afrique et Océan Indien : « Développer le tourisme domestique et transfrontalier sur le continent »

Malgré la menace terroriste qui plane au-dessus des pays africains la classe moyenne africaine tend à s’accroître et représente aujourd’hui, 300 millions d’habitants. Les agences de voyages et les grands groupes hôteliers dont le groupe AccorHotels, bien implanté en Afrique, proposent des destinations économiques, d’affaires… aux populations locales et transfrontalières.

Entretien avec Antoine Guego, Directeur Général AccorHotel Services Afrique et Océan Indien.

Le développement du voyage domestique tend à se développer en Afrique. L’Angola est un exemple fort. Le pays compte sur son territoire 50 hôtels dont près de 30 hôtels économiques. AccorHotels et son partenaire angolais manifestent ainsi leur désir de contribuer à la démocratisation du tourisme local. Bien implanté en Afrique et sur tous les segments, du luxe, en passant par le haut de gamme, au milieu de gamme sans oublier l’économique, AccorHotels affiche son ambition de continuer à développer le voyage domestique. AccorHotels a contribué à la réalisation d’une cinquantaine d’hôtels dont près de 30 hôtels économiques en Angola, notamment les hôtels Ibis Style. Par ailleurs, en 2015 et 2016, le groupe a également étoffé son offre hôtelière au Cameroun, en République démocratique du Congo, en Côte d’Ivoire, au Maroc et au Ghana. Il prévoit d’atteindre les 200 établissements sur le continent africain, d’ici 2020. Il y’a quelques semaines, le « Development Hub » d’AccorHotels s’est installé en Afrique du Sud, plus précisément à Johannesburg, un signe fort de l’ambition du Groupe de se développer davantage en Afrique anglophone. « Actuellement, le groupe AccorHotels développe une branche intitulée « My Marocco » pour la clientèle domestique. A plus long terme, ce type d’offres sera étendu à d’autres destinations telles que le Sénégal, la Côte-d’Ivoire, l’Ile-Maurice… Cette offre est un projet qui prendra effet le dernier jour du ramadan. L’idée est de pouvoir capter tous les segments économiques de clients avec des offres différenciées, et ce, quels que soient les loisirs choisis. Les classes moyennes auront ainsi accès aux offres par tous les canaux de distributions classiques : agences de voyage, sur le web, dans les call centers ou encore directement à l’hôtel. Globalement, tous les pays africains sont concernés. Un des objectifs du groupe est de créer des offres sur mesure en rapport avec le bien-être, la famille et le business au niveau du Maroc, ainsi que le tourisme d’affaires qui est le premier type de tourisme en Afrique subsaharienne », indique Khol Souleymane, directeur des ventes et du marketing Afrique et océan indien AccorHotels.

 

Comment caractériser l’état du tourisme en Afrique ?

En Afrique le secteur du tourisme est assez localisé. Il a lieu, le plus souvent, au Maghreb, en Afrique du sud et dans certaines régions d’Afrique de l’Est. En Afrique du Nord, la Tunisie souffre beaucoup, l’Algérie, n’a pas fait du tourisme une priorité et le Maroc est le pays qui résiste le mieux. Du côté de l’Afrique de l’Est, en revanche, et plus précisément au Kenya, c’est un secteur qui connaît des soucis de développement. Par ailleurs, l’île Maurice jouit d’un regain d’activités importants grâce à une situation extrêmement calme, un service de qualité, du personnel accueillant qui donne envie à la clientèle internationale de revenir.

 

Pensez-vous que la menace terroriste puisse-être un frein au développement du tourisme

Je pense que l’Afrique est l’aventure du 21ᵉ siècle et AccorHotels, qui est présent depuis 1975 avec son hôtel à Pointe Noire, possède un rôle très important dans le développement du tourisme. Nous sommes toujours restés sur ce continent malgré les crises, dont celles qui ont eu lieu en Côte d’Ivoire, par exemple. Nous voulons continuer à être leader en Afrique au niveau du développement des hôtels. Les phénomènes politiques, sanitaires ou encore sécuritaires font partie des aléas du continent et j’ai la conviction que cela ne fera que diminuer dans le temps. Notre première ambition est d’avoir 200 hôtels ouverts en 2020 et ce ne sera qu’un début. Nous souhaitons être aussi forts en Afrique de l’Est et du Sud que nous le sommes en Afrique du Nord et de l’Ouest. En tout, nous avons ouvert 96 hôtels sur l’ensemble du continent, quatre sont prévus à l’ouverture en Angola, un au Kenya, et un autre au Maroc, dont l’ouverture est récente.

 

Quel est le potentiel de l’Afrique en matière de tourisme ?

Le potentiel de l’Afrique est sans limite en matière de tourisme. De nombreux pays sur le continent ont compris que le tourisme est une force et une source possible de diversification économique. Je pense notamment à l’Angola qui, jusqu’à présent, ne vivait que de l’argent émanant du pétrole. Aujourd’hui, le pays fait du tourisme un axe majeur. D’ailleurs, notre groupe y participe puisque nous avons signé un contrat afin d’ouvrir 50 hôtels dans ce pays et participer au développement du tourisme domestique. Il est important de développer sur le continent, le tourisme domestique et transfrontalier. Nous participons déjà à démocratiser le tourisme local. Au Maroc, par exemple, la clientèle domestique augmente fortement de même que la clientèle africaine. Nous avons enregistré, depuis le début de cette année, +4 % de visiteurs subsahariens dans ce pays.

 

Pouvez-vous revenir sur les offres économiques que vous proposez avec les hôtels Ibis Style ?

Nous développons beaucoup notre hôtellerie économique, car c’est celle qui s’adresse en priorité aux nouvelles classes moyennes émergentes. Les 27 hôtels Ibis Style d’Angola, le nouvel Ibis Style d’Accra sont autant d’exemples qui démontrent notre ambition de toucher un grand nombre de personnes issues de toutes les classes sociales. D’autres hôtels sont également à venir, car nous sommes en cours de négociations dans divers pays. Nous sommes convaincus que nos offres trois étoiles soient aujourd’hui recherchées. Elles sont adaptées à la demande d’une classe moyenne panafricaine en voie de développement et se déplaçant elle aussi, d’abord pour son travail et ensuite pour ses loisirs.

 

Qu’est-ce qui, selon vous, permettra la démocratisation du tourisme de loisir local en Afrique ?

Il faudrait, selon moi, développer un « open sky africain », des infrastructures de qualité, éliminer les politiques des visas, ouvrir les frontières et mettre en place des moyens de communication transfrontaliers terrestres, concevoir des autoroutes, des rails… Pourquoi ne pas imaginer un train qui partirait de Dakar pour aller vers Abidjan, par exemple, ou encore d’Abidjan à Lagos ? Pourquoi ne pas mettre en œuvre une autoroute à l’image de la panaméricaine et qui serait pour l’Afrique, la panafricaine, par exemple ? Pour moi, l’avenir de l’intégration africaine passe par le développement de tous ces éléments. Ainsi, le tourisme se développera à l’intérieur même du continent africain.

 

Employez-vous du personnel local ?

La quasi-totalité de nos collaborateurs est issue de l’Afrique. Dans certains pays où nous sommes présents depuis longtemps, les directeurs et directrices d’hôtels, par exemple sont issus de la population locale. Il s’agit de personnes présentes depuis longtemps, qui ont été formées et qui ont gravi des échelons et qui sont même, aujourd’hui pour certaines, en position de collaborateurs internationaux. Ils sont postés dans un autre pays d’Afrique comme autrefois étaient postés des expatriés venant d’Europe. Nous participons à la diversification économique et nous avons un engagement « d’angoliser » les postes. Il s’agira de permettre à chaque manager formé d’avoir la responsabilité, dans les trois ans, d’identifier et de former son successeur qui sera lui-même Angolais. A terme, nos cinquante hôtels en Angola ne devraient conserver qu’une poignée de collaborateurs internationaux et avoir au moins, trois ou quatre mille collaborateurs nationaux, y compris les managers.

 

La formation hôtelière n’étant pas répandue en Afrique, proposez-vous des formations ?

En Angola, il n’y a pas du tout d’école pour les formations hôtelières. Nous avons donc signé un contrat avec l’école hôtelière de Lisbonne qui nous a envoyé plusieurs professeurs afin de démarrer toute une série de formations à Luanda. Nous allons identifier les futurs formateurs angolais qui prendront la relève et qui formeront, à leur tour, tous les collaborateurs de ces cinquante hôtels. Nous poursuivons donc notre démarche de pérenniser et de démocratiser le tourisme local au sein de toute l’Afrique.


 

Par Darine Habchi

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