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Analyse : Les conseils du FMI pour attirer plus de fonds privés en Afrique

Face aux multiples défis posés par les enjeux de développement, les États africains doivent de plus en plus faire appel aux investisseurs privés pour obtenir les financements indispensables à la réalisation de leurs objectifs.  Une démarche complexe et sur laquelle s’est récemment penché le FMI, avec plusieurs recommandations à la clé.  

Par Jacques Leroueil, à Kigali

Alors qu’un terrien sur six est un africain (1,38 milliard d’habitants sur 7,9 milliards), le continent continue de ne représenter qu’une part négligeable (3 %) du PIB mondial. En cause, un niveau de développement encore insuffisant à bien des égards pour « peser » dans la balance économique mondiale. Or, pour être rehaussé durablement, celui-ci exigera d’importants financements dans les infrastructures et principaux secteurs productifs.  Une nécessité qui est devenue encore plus impérieuse dans la foulée du choc économique sans précédent né de la pandémie du Covid-19.  

Attirer les fonds privés pour financer le développement de l’Afrique

Dès lors, comment financer ces importants besoins en développement ? C’est pour répondre à cette question essentielle, que trois dirigeants du Fonds monétaire international (FMI), Abebe Aemro Selassie (directeur du département Afrique), Luc Eyraud (chef de mission au département Afrique) et Catherine Pattillo (directrice adjointe du département Afrique), ont publié une tribune en juin dernier, intitulée « Comment attirer les fonds privés pour financer le développement de l’Afrique ? ». En préambule, l’article rappelle que toutes choses étant égales par ailleurs, les ressources doivent [provenir] en premier lieu d’une augmentation des recettes fiscales, à laquelle s’emploient déjà la plupart des pays ». Mais compte tenu de l’ampleur des besoins, les auteurs du papier conviennent très vite qu’il est impératif de « mobiliser de nouvelles sources de financement auprès de la communauté internationale et du secteur privé ». 

Dans cette optique, les équipes du FMI estiment que, d’ici la fin de la décennie, « le secteur privé pourrait apporter chaque année des financements supplémentaires en faveur des infrastructures physiques et sociales équivalant à 3 % du PIB de l’Afrique subsaharienne », ce qui « représente environ 50 milliards de dollars par an et près d’un quart du taux d’investissement privé moyen dans la région », précisent les auteurs de l’article. 

Des investisseurs souvent frileux

Mais pour y parvenir, encore faut-il changer la donne actuelle : aujourd’hui, en Afrique,  le secteur privé participe peu au financement et à la fourniture d’infrastructures, les entités publiques exécutant jusqu’à 95 % des projets infrastructurels. Pire, « le volume des projets infrastructurels associant le secteur privé a nettement diminué au cours des dix dernières années, à la suite de l’effondrement des cours des produits de base », déplorent les co-rédacteurs de la tribune, qui ajoutent en outre que « ces rares investissements se concentrent sur les ressources naturelles et les industries extractives, et non sur la santé, le réseau routier ou l’eau ». 

Pour expliquer cette frilosité des investisseurs internationaux vis-à vis de l’Afrique,  Abebe Aemro Selassie, Luc Eyraud et Catherine Pattillo avancent trois risques potentiels que les opérateurs privés associent au continent :  le risque inhérent au projet- des projets peu « bancables » car  en cours d’élaboration ou positionnés sur des marchés méconnus-  ; le risque monétaire, lié à la possible instabilité d’une monnaie locale; et enfin, le risque de sortie, qui correspond à l’incertitude associée à la sortie d’un investissement (contrôle des mouvements de capitaux, cadre juridique fragile), au moment par exemple de la vente d’une participation dans un projet.  

« Rendre les projets plus attrayants pour les investisseurs privés »  

Le constat clairement posé, reste à proposer les solutions les plus appropriées. Sur ce point, outre l’amélioration du climat des affaires- un élément important mais qui ne saurait tout résoudre en lui-même  les équipes du FMI préconisent la mise en place, par les pouvoirs publics, d’une série d’incitations pour « rendre les projets plus attrayants pour les investisseurs privés », nombre de ces projets présentant souvent « des coûts initiaux élevés, avec une rentabilité [s’étalant] sur de longues périodes, ce qui peut être difficile à évaluer pour les investisseurs privés ».  

Dans le détail, ces mesures d’accompagnement pourraient prendre notamment « la forme de divers types de subventions et de garanties, [qui certes] peuvent être coûteuses et présenter des risques sur le plan budgétaire », mais qui sont néanmoins indispensables, car « de nombreux projets ne [pourraient] se concrétiser sans elles ». Modèle de croissance et de développement pour le continent africain, l’Asie de l’Est aurait ainsi « 90 % de ses projets d’infrastructure auxquels participent des entreprises privées bénéficiant d’un soutien public », notent les économistes précités, qui jugent par ailleurs que ce soutien public doit être « ciblé, temporaire et accordé sur la base de dysfonctionnements avérés du marché ». 

« Une réflexion plus innovante afin de réaliser le potentiel de transformation des infrastructures sur le continent »

Enfin, les auteurs de l’article susmentionné suggèrent que, compte tenu de la disponibilité limitée des fonds publics, les pays africains et les partenaires pour le développement pourraient « envisager de réaffecter certaines ressources consacrées à l’investissement public au financement d’incitations en faveur de projets privés »,  ce dispositif étant susceptible « d’accroître la quantité, la variété et la qualité des services offerts aux populations africaines », plaident les spécialistes, qui concluent leur exercice écrit en appelant à « une réflexion plus innovante » afin de « réaliser le potentiel de transformation des infrastructures sur le continent ». 

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