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Analyse Le barrage de la renaissance éthiopienne et de la décadence égyptienne

Le barrage de la Renaissance en Éthiopie devrait devenir le plus grand complexe hydro-électrique du continent. Mais son gigantisme n’est pas sans poser de nombreuses questions, notamment du côté de l’Égypte et du Soudan qui craignent une raréfaction de leurs ressources en eau.

 

Par Simon Vermot Desroches

 

 

« Nous avons réussi la première phase de remplissage du barrage de la Renaissance sans faire de tort à quiconque. » Par cette annonce, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a confirmé le lancement du plus grand, et probablement le plus controversé, des complexes hydro-électriques africains. Un enjeu de souveraineté à plusieurs niveaux pour l’Éthiopie. Économique d’abord. Installé sur le Nil Bleu, affluant du Nil, le barrage devrait couvrir toute la demande nationale d’électricité dans un pays où plus de la moitié de la population n’y a pas accès selon les données de la Banque Mondiale. Avec une production maximale pouvant atteindre 6,45 GW il permettra de supporter un dynamisme économique en plein essor et, en saison des pluies, offrira à l’Éthiopie la possibilité de revendre de l’électricité à ses voisins. Le barrage permettra également d’augmenter la surface de terres cultivables dans le pays. Un enjeu de souveraineté et de fierté nationale ensuite. Avec un cout de 4,8 milliards dollars, soit 15% du PIB éthiopien, l’État a dû faire appel à la participation de ses fonctionnaires (et aux banques chinoises), notamment via des réductions de salaire. La colossale infrastructure est présentée comme une « fierté éthiopienne ».

 

Une source d’eau potable menacée en Égypte et au Soudan

 

Car colossal, le barrage de la Renaissance l’est. 155 m de haut (la hauteur d’un immeuble d’une cinquantaine d’étages), 1 780 m de long et un réservoir de près de 80 milliards de m3, soit un peu moins que le volume du lac Léman. Égypte et Soudan situé en amont du Nil Bleu craignent pour leurs ressources en eau et mettent en cause ce gigantisme. Le barrage ne pourra tourner à plein régime que lors de la saison des pluies. Et pour le remplir, il faudra des années. Sept espère le gouvernement éthiopien, ce qui réduirait drastiquement le débit du Nil en Égypte dont 59% des eaux dépendent du Nil Bleu. L’irrigation de la vallée du Nil dépend donc principalement de cet affluant prenant source en Éthiopie tout comme la quantité d’eau potable du pays qui dépend à 70% du fleuve. Une dépendance et une inquiétude que partage le Soudan en amont. Le Nil Bleu apporte également la majorité des sédiments qui font la richesse des sols aux abords du fleuve. De quoi diminuer les rendements des récoltes des deux pays.

 

Le temps de remplissage, point de désaccord

 

Les deux pays espèrent donc un remplissage le plus lent possible, notamment à cause d’un risque de sécheresse qui pourrait être fatale. Et cela ne coïncide pas avec l’objectif éthiopien d’une mise en activité rapide du barrage. Depuis des années, les pourparlers sont en cours, et sous l’égide de l’Union Africaine ses dernières semaines, avec les Etats-Unis pour médiateur. Pour mobiliser la communauté internationale, Égypte et Soudan se raccrochent à un droit historique sur le fleuve notamment via des traités signés en 1929 et 1959. Mais fin août, les trois pays qui campent chacun sur leur position annoncent n’avoir toujours pas trouvé d’accord. Et avec la phase de remplissage lancée, le temps presse.

 

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