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Le dossier du mois

Analyse Hamidou Anne « Nous avons un pays qui fonctionne à deux vitesses »

Avec « Politisez-vous ! » le jeune sénégalais Hamidou Anne avait lancé un appel explicite à ses homologues du continent. Aujourd’hui, cadre au sein du Bureau opérationnel de suivi du Plan Sénégal Émergent, il livre un regard, sans complaisance, sur le potentiel du Sénégal en voie d’émergence, sur ses failles également.

 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed à Dakar

 

Hamidou, quel regard portez-vous sur votre pays qui vise, comme d’autres sur le continent, l’émergence ?

 

Nous avons un pays qui fonctionne à deux vitesses. Avec d’un côté un fort potentiel économique, mais de l’autres, des lenteurs socio-culturelles qui bloquent la machine administrative.

 

En attendant, le pays multiplie les bonnes notes. Dernier en date, le rapport Doing Business qui souligne les progrès du pays en matière de climat des affaires…

 

On est dans une bonne trajectoire économique, c’est certain. Les fondamentaux de l’économie sont très sains. On est quand même parti d’une croissance de 2,4% à 7% aujourd’hui et toutes les projections montrent qu’elle va aller crescendo. En termes d’infrastructures, les chantiers se font.

 

 

Signe que la feuille de route adoptée, le Plan Sénégal Émergent, est efficiente ?

 

Le PSE affiche de nombreuses limites mais aussi des avantages notamment celui de la planification, en termes de projets, de financement etc. Ce qui permet aux investisseurs de se positionner. De nombreuses entreprises s’installent, ce malgré les critiques de la société civile, comme Total, les majors dans le secteur pétrolier… Sur le plan social également, on a connu des avancées majeures, comme la mise en place de la CMU, même si elle se déploie difficilement, les bourses de sécurité familiale qui viennent en aide à 300 000 ménages corrélées au maintien de l’enfant à l’école. J’ai évoqué les infrastructures, l’aéroport, Diamniadio,…

 

La vitalité de la société civile, une des forces du paysage démocratique sénégalais, qui n’hésite pas à monter au créneau quand c’est nécessaire. La stabilité du Sénégal, un des principaux atouts, avec une démocratie installée, et confirmée à chaque RDV électoral…

 

Sans aucun doute. Avec un des ciments de cette démocratie, notre culture du débat. Ce qui nous préserve de toute crise, c’est que l’on parle. Depuis 1994 et l’avènement de la démocratie, chaque Sénégalais a la possibilité d’appeler après le journal télévisé du soir pour dire du bien ou mal des personnes qui nous gouvernent. Et ils le font !

 

Ceci dit, aujourd’hui, vous fustigez les leaders politiques de ce pays …

 

Sur le plan démocratique, le pays fonctionne, les institutions fonctionnement même si on vit une tension permanente, animée par les réseaux sociaux, et la médiocrité des élites politiques, pas seulement au sein du gouvernement. Il n’y a jamais de vrais débats, sur le plan économique par exemple. On reste sur les mêmes débats, notamment celui sur le fichier électoral et la transparente des élections, depuis trente ans ! Depuis 1993 les élections sont transparentes au Sénégal et il y a eu alternance. Mais comme l’élite politique, médiocre, ne veut débattre sur des enjeux internationaux, l’écologie, elle reste sur de vieux débats. Si l’orientation du gouvernement est mauvaise quelle alternative vous proposez ? On se limite à des invectives, des insultes par débat télévisé opposé. Là, on commence déjà à débattre sur le prétendu 3ème mandat de Macky Sall alors que l’on sort à peine de la dernière élection présidentielle.

 

Vos propos sont très durs. « Médiocrité des élites » ?

 

Oui, et je l’assume. La notion de reproduction des élites n’existe pas au Sénégal où prévaut I ’idée d’arracher une place. Malgré tout le potentiel que tu peux avoir, la volonté, faire bouger les idées, tu as l’impression de mener une guerre contre les tiens. Et qui ne veulent pas qu’on les dérange. Résultat, on assiste à une régression, c’est le statut quo qui prédomine, sans aucune innovation. Nous génération, qui n’a pas connu de colonisation, ne souffre d’aucun complexe, et aspire à un changement radical. Ce que l’on peut avoir également en Algérie, à Hong-Kong, ou encore au Liban. Il y a aujourd’hui des inter-nations à créer, pour fédérer ses énergies, confrontées au même problème, à la même réalité, … Le défi climatique aujourd’hui d »montre que le système explose, sur le plan social, des précarités… tout le monde dit la même chose, on ne veut plus de ce système. Trump ne présente rien de nouveau pour nous, les fous on les a déjà connus au pouvoir, les Kadhafi, Mobuto etc. Le défi est de se connecter avec les autres.

 

Pour finir, dans quelle mesure le Sénégal peut se positionner comme le Hub régional ?

 

Déjà, nous avons eu la chance de ne pas connaître de dictature, le multipartisme a été adopté très tôt, créant ce ciment démocratique. Par ailleurs,  le Sénégal est historiquement un pays de brassage, d’immigration et d’émigration, qui a toujours accueilli des populations, donc un hub de valeur. Tous ceux qui sont persécutés ailleurs viennent se réfugier ici. Comme les Haïtiens autrement. Des intellectuels. Senghor avait beaucoup misé sur la culture. Il n’y a pas de repli identitaire, un syncrétisme religieux de ce point de vue-là. Tout ce patrimoine a rendu la tâche facile pour proposer un nouveau modèle. Aujourd’hui, les jeunes entrepreneurs proposent beaucoup de choses. Il y a une multitude de forces, de mouvements, qui innovent à travers les cultures urbaines, les jeunes de Yen a marre entre autres, avec des idées nouvelles mais aussi des personnalités politiques nouvelles. Le défi pour moi reste à faire tomber les barrières encore ce monde politique très cloisonné, et les universités, , privé, les citoyens.

 

A condition qu’ils se politisent…

 

Car je reste convaincu que c’est par la politique que l’on change les choses. Si on prend le cas des enfants des rues au Sénégal, il y en aurait 30 000, seul tu peux en sortir 2 ou 3, si le gouvernement décide de s’attaquer au problème, demain il n’y en aucun plus aucun.

Il y a un autre chantier à attaquer en priorité, celui de l’éducation. Ce qui était, jusqu’aux années 80, le gros avantage comparatif du Sénégal , depuis la crise de l’université sénégalaise, malheureusement les compétences que l’on forme aujourd’hui, sont moins bonnes qu’avant, avec l’avènement d’une éducation a deux vitesse, l’école catholique, privé, d’un autre, et toute la masse locale, formée dans les public. On a formé une nouvelle classe d’enseignants, volontaire, qui ont un niveau brevet, payé au lance pierre et qu’on met dans les classes. Aujourd’hui on a des universitaires, des mathématiciens, des biologistes qui vont partir, qui va les remplacer …