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Akinwumi Adesina-Noel for ANA
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Analyse Akinwumi Adesina, la tempête et le bilan

Il traverse une zone de turbulences ces derniers temps. Accusé de népotisme, de clientélisme et autres maux connexes, Akinwumi Adesina est l’objet d’une procédure d’enquête à travers laquelle se joue son sort à la tête de la Banque africaine de développement (BAD). Quid de son bilan à la tête de l’Institution ? Les avis divergent… Analyse.   

 

Par Blame Ekoué

 

En se faisant élire à la tête de la BAD le 28 mai 2015, Akinwumi Adesina ne devait pas s’attendre à une telle bourrasque. Sous le coup d’une enquête, son sort à la tête de la Banque africaine de développement (BAD) se joue alors qu’il brigue un nouveau mandat.

 

Tout est parti d’une alerte lancée par des membres de la Banque sous couvert d’anonymat accusant le Président de « népotisme,comportement contraire à l’éthique, enrichissement personnel, obstacle à l’efficacité, favoritisme, (activités) affectant la confiance dans l’intégrité de la banque et engagement dans des activités politiques »et même de « prévarication ».

 

Des griefs « non fondés »

 

Les conclusions d’une enquête interne conduite par le comité d’éthique dirigé par l’administrateur japonais Takuji Yano, sont claires : les griefs sont « non fondés, non corroborés et non étayés ».«Après avoir procédé à un examen point par point de toutes les allégations contenues dans la plainte, le comité a conclu que la plainte ne reposait sur aucun fait objectif et solide», relève le rapport.

 

Blanchi par cette enquête interne, Akinwumi Adesina n’est cependant pas au bout de ses peines. Les lanceurs d’alerte croient fermement que le processus de sa disculpation «a été entaché d’irrégularités et truffé de manipulations» et exigent, à la date du 9 mai 2020, une enquête externe indépendante. Ainsi, le 4 juin, le Bureau du Conseil des gouverneurs de la BAD présidé par Nialé Kaba, également ministre ivoirienne du Plan et du Développement,  autorise « une revue indépendante sur les allégations» des lanceurs d’alerte.

 

«La plainte des lanceurs d’alerte ne peut être considérée comme étant de bonne foi, car elle ne vise pas à dénoncer la fraude, la corruption ou d’autres actes de mauvaise conduite. Bien au contraire, elle a d’autres motivations inavouées». Cette ligne de défense du Président de la BAD, dans un mémorandum adressé au comité d’éthique, le 8 avril, mérite qu’on y fasse une halte, du moins qu’on s’y interroge.

 

Il n’est pas superfétatoire de rappeler l’existence d’une guerre de positionnement à la tête de la Banque africaine de développement. L’élection du Nigérian en 2015 à la tête de l’institution bancaire n’a pas fait sourire tout le monde. On assistait déjà à une sorte de conflit entre les actionnaires anglophones et francophones pour la prise de contrôle. Et dans ce duel, la Côte d’Ivoire qui abrite le siège de la Banque, occupe une place de choix.

 

Les États-Unis accusés de mener la cabale contre Adesina

 

Dans les coulisses du lancement de la présente enquête, l’influence des États-Unis, principal actionnaire de l’Institution après le Nigeria, est dénoncée. L’actuel administrateur américain de la Banque, Steven Dowd,homme d’affaires et proche de Donald Trump, est décrit comme à l’origine de la « déstabilisation » d’Akinwumi Adesina.

 

De fait, l’enquête est lancée à la veille de l’élection à la tête de la Banque. Prévue dans un premier temps le 25 mai 2020, ajournée en raison de la crise sanitaire du coronavirus, cette rencontre est remise à fin août prochain. Le congrès se présentait au départ comme une simple formalité pour Akinwumi Adesina, en pôle-position pour se faire réélire, en l’absence d’ailleurs de concurrent. Il avait le soutien de la CEDEAO, mais aussi de l’Union africaine. Mais avec la tournure des événements, sa réélection est remise en question.

 

Dans cette zone de turbulences, le Président de la BAD, qui a réussi à s’attirer le soutien d’une douzaine d’anciens chefs d’État africains, met sur la table son bilan axé sur la feuille de route « Bâtir une Afrique avec une croissance inclusive et une prospérité partagée par tous ».

 

Augmentation de capital, décentralisation et triple A

  

La BAD, sous sa gouvernance, a enregistré en octobre 2019 une augmentation de capital de 115 milliards de dollars. Un succès personnel de son Président et qui fait davantage de la Banque l’une des cinq principales (banques) multilatérales de développement au monde. Akinwumi Adesina a également assuré la décentralisation de la Banque avec la création de 5 bureaux régionaux de développement et de prestation de services à Tunis, Pretoria, Yaoundé, Nairobi et Abidjan pour desservir les régions du Nord, du Sud, du Centre, de l’Est et de l’Ouest du Continent. «Nous devons ressentir le pouls de nos pays membres et de nos clients», argue Akinwumi Adesina.

 

Dans le processus d’adoption de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), la BAD a également joué sa participation, avec un investissement de plus d’un milliard de dollars pour soutenir le financement du commerce en Afrique, se vantait Akinwumi Adesina lors du dîner annuel aux actionnaires le 5 février 2019. La Banque africaine de développement a réalisé de nombreux investissements transfrontaliers -12 milliards de dollars en 2018, contre 2 milliards en 2010-. Elle a également apporté son assistance aux pays africains en matière de réformes des politiques d’environnement des affaires et de règlementation des entreprises. Les Investissements directs étrangers (IDE) en faveur des pays bénéficiaires du Pacte du G20 ont bondi de 36 %, alors que ceux en direction des autres pays du continent ont chuté de 42 %. A l’actif aussi du Nigérian, le lancement de l’Africa Investment Forum dont l’objectif est de mobiliser 300 milliards de dollars d’investissements en Afrique sur une période de huit ans.

Des performances qui ont valu à la Banque africaine de développement la note AAA des quatre principales agences de notation mondiales, une distinction qui lui permet d’obtenir des financements à des conditions très compétitives. Personnellement, le Nigérian a engrangé deux titres internationaux de 750 000 dollars.

 

Des avis mitigés

 

Cabale contre Akinwumi Adesina ? Les avis divergent. Didier Acouetey, le Directeur du Groupe de détection de talents et de gestion des ressources humaines pour l’Afrique, AfricSearch, concède que « L’enquête est fondée. Il faut s’assurer que la gouvernance au sein de nos institutions soit quasi irréprochable ». Sur le bilan du Nigérian durant le mandat finissant, le Togolais pense que « l’on ne voit pas encore les résultats au niveau des pays bénéficiaires », et de nuancer : « Sur le « Gender », les efforts sont plus visibles sans doute ».

A l’inverse, Taïeb Talbi, conseiller de plusieurs Etats et multinationales en matière d’investissements et de gestion d’actifs, lui, fait constater que « l’enquête est demandée par un seul actionnaire et intervient dans une période de réélection ». Cependant, « La BAD n’a pas perdu beaucoup de son influence et de son rayonnement sous la présidence d’Akinwumi Adesina. Son bilan reste stable ! Son président qui souhaitait soutenir la croissance inclusive et la transition vers une croissance verte, en soutenant l’investissement et en mettant l’accent sur des priorités appelées « High-5 » (Eclairer l’Afrique ; Nourrir l’Afrique ; Industrialiser l’Afrique ; Intégrer l’Afrique ; et Améliorer la qualité de vie des populations en Afrique) semble ne pas atteindre ses objectifs », dit le Franco-tunisien, sur le bilan du Président de la BAD.

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