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Ambitions Africa La France veut reprendre la main

Très attendue, la première édition d’Ambitions Africa, « l’événement de référence » sur la France-Afrique, s’est tenue à Paris les 22 et 23 octobre, au ministère de l’économie à Bercy. Avec un message clair : la France veut reprendre la main et signer de nouveaux contrats sur le continent.

Par Mérième Alaoui, à Paris 

Plus de 550 entreprises représentées, environ 1000 rendez-vous en B to B organisés… La première édition d’Ambitions Africa semble avoir été fructueuse. Pour l’ouverture, la salle de conférence de Bercy est bondée. Les représentants du gouvernement ont ouvert le bal avec des déclarations sans détour. « Travailler ensemble nous rendra plus forts » a lancé Agnès Pannier-Runacher secrétaire d’état auprès du ministre de l’Economie et des Finances, « nos destins sont liés (…), en réalité soit on réussit ensemble soit on échoue ensemble et il est hors de question d’échouer » a déclaré de son côté Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’état auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Christophe Lecourtier, directeur général de Business France, structure organisatrice, a réaffirmé « une volonté claire exprimée par le président : nous devons démultiplier les partenariats ». Le décor est planté. Un optimisme affiché, nuancé par l’absence du ministre de l’économie Bruno Le Maire, pourtant annoncé.

Pour ces nouvelles relations, les grands moyens ont été annoncés. Business France s’est mis « en ordre de bataille », déployant son réseau africain, réorganisant son action en France. « Il y a cinq ans nous n’avions que trois bureaux en Afrique, à Alger, Tunis et Johannesbourg. Depuis lors, nous avons ouvert à Lagos, Nairobi, Luanda, Abidjan, Douala, Dakar et Addis-Abeba et nous disposons aujourd’hui de dix bureaux, plus de 75 collaborateurs qui couvrent 26 pays du continent. Nous sommes désormais à même de détecter rapidement les besoins du continent » se félicite le DG. Et Agnès Pannier-Runacher de renchérir : « nous allons consacrer plus d’un milliard d’euros au financement des start-up et PME africaines comme l’a annoncé le président de la République ».

« Il y a 125 000 entreprises exportatrices. On veut monter à 200 000 »

Les relations commerciales entre la France et le continent africain ne sont pas au point mort. Loin de là. Mais il faut accélérer la cadence, pour rattraper le retard. « En 2017, près de 50 milliards de marchandises ont été échangées entre la France et l’Afrique, ce sont derrière des centaines de milliers d’emplois qui sont concernés. Et il faut accélérer cette dynamique », détaille Jean-Baptiste Lemoyne. « Il y a 125 000 entreprises exportatrices, aux termes des objectifs fixés par le premier ministre, on veut monter à 200 000 » poursuit-il. L’idée est que « l’Afrique devienne un réflexe (…). Un tiers des entreprises exportatrices sont présentes sur le continent africain, il faut qu’on provoque le déclic chez les deux autres tiers ». Car s’ils ne sont pas nommés directement, les concurrents (Chinois, Turcs, Portugais…), ont pris une avance certaine, et il s’agit d’entrer dans la course. Les Chinois, les mieux implantés, n’ont-ils pas annoncé un investissement de 60 milliards de dollars lors du dernier forum Chine-Afrique le 3 septembre à Pékin ?

Le forum de Paris, qui se présente comme « l’événement de référence » intervient dans un contexte de volonté politique particulièrement appuyée par la présidence. « Il y a onze petits mois, Emmanuel Macron a eu un échange avec la jeunesse africaine, à Ouagadougou le 28 novembre 2017. C’était un moment refondateur dans relation entre continents européen et africain. Une feuille de route nous a été dressée, une boussole très claire pour conforter ce lien. Aujourd’hui Ambitions Africa à vocation à favoriser les échanges, les liens » rappelle le secrétaire d’état auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Une ambition réaffirmée publiquement par le président lors de son dernier discours à l’attention des ambassadeurs.

« La France doit se remettre en cause et corriger cette perception du risque »

Mais côté africain, comment perçoit-on cet appel du pied ? Sambou Wagué, ministre de l’Energie et de l’eau au Mali invite les Français à prendre davantage d’initiatives au milieu des nouveaux acteurs récemment arrivés sur le marché. « Le secteur de l’eau est essentiel, stratégique. Compte tenu des relations historiques, les entreprises françaises sont les mieux placées car elles connaissent bien le cadre réglementaire. Je veux dire aux Français d’intervenir pour prendre leur marché ». Pour qu’il y ait intervention, encore faut-il avoir confiance. Le fameux climat des affaires perçu comme sécurisant côté français, explique la frilosité. Ce qui fait réagir Mossadeck Bally fondateur et PDG de Azalai Hôtel, «il y a la perception du risque et la réalité du risque. Nous les Africains, nous ne racontons pas notre histoire, d’autres la racontent pour nous » déplore le PDG malien formé aux Etats-Unis. Pour lui, la France a perdu sa place depuis une vingtaine d’année, victime de ses perceptions. « Aujourd’hui, si vous appelez un consultant français pour un travail à Bamako, vous avez 95% de chances qu’il vous réponde qu’il ne peut pas y aller, (à cause de sa compagnie d’assurance notamment NDLR). Vous appelez un Portugais, le lendemain il est dans l’avion » lance-t-il, un brin moqueur. « La France doit se remettre en cause et corriger cette perception du risque. Sinon, la place qu’elle a déjà perdu sur le continent africain, elle la perdra davantage au profit de ces nouvelles puissances émergentes ».

Complètement décomplexée, la nouvelle génération d’entrepreneurs africains lance de nombreux défis à la France. Outre les plus connus : le numérique, le développement durable, l’infrastructure-BTP, les services… Mossadeck Bally veut sensibiliser sur le tourisme. En effet, on compte plus d’hôtels à New-York que sur tout le continent, malgré une demande en forte croissance, affirme les connaisseurs du terrain. Les nouveaux chantiers ne manquent pas, tout autant que la concurrence. Les vrais résultats de cette première rencontre annuelle entre la France et l’Afrique, pourront être évalués à la deuxième saison. Le rendez-vous est pris pour la rentrée 2019. 


 

Par Mérième Alaoui, à Paris

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