Amadou Oury Bah
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Amadou Oury Bah : La nouvelle Guinée

Tandis que le gouvernement guinéen crie à tue-tête que ses « Jeunes ont du talent », Amadou Oury Bah, jeune entrepreneur dans la distribution, le démontre, lui, chaque jour, sur le terrain, avec pour seule force sa rage de réussir.

 

« J’ai rapidement compris que j’étais plus productif quand c’est moi qui décide et qui coordonne les actions ». Amadou Oury Bah a 28 ans et une assurance si inébranlable qu’elle en est déconcertante. A 24 ans, jeune stagiaire en entreprise à peine sorti de l’université de Sonfonia, déjà certain qu’il peut mieux faire que ses supérieurs, il crée à Ratoma (banlieue de Conakry), à partir de quasiment rien, sa propre entreprise de distribution : Intello Group Negoce. Quatre ans plus tard, il emploie neuf salariés et cinq stagiaires, distribue une dizaine de produits dans trois points de vente à Conakry (Matoto, Dixinn et Ratoma) pour une entreprise dont le chiffre d’affaires 2014 a approché les 1,2 milliard de francs guinéens (140 000 euros). Dans un pays frappé par la crise économique, l’instabilité politique et le virus Ebola, ce jeune homme a réussi un véritable tour de force. D’autant qu’il le dit lui-même, la Guinée ne fait pas suffisamment confiance à des gens comme lui : « Ici, la jeunesse est synonyme de faiblesse et de manque de vision ». Un handicap loin de le faire dévier de sa course : « Un jour, les gens comprendront qu’il y a des jeunes Guinéens capables de sortir de l’ornière et d’avoir des résultats ».

Une stratégie agressive…

Mais comment a-t-il fait ? « J’ai constaté que dans la téléphonie en Guinée, les gens qui importent les produits de l’étranger les emmagasinent, s’assoient devant leur magasin et attendent le client. Moi, je n’ai pas les moyens d’importer mais j’ai la capacité d’aller sur le terrain, de vendre le produit et de ramener l’argent. Donc si tu importes, tu signes un contrat avec Intello Group pour qu’il soit le distributeur exclusif de ton produit. Toi tu t’occupes de l’importation et moi je m’occupe de la vente en Guinée ». Il commence avec la téléphonie mais répète la même stratégie agressive avec d’autres produits comme le savon, la levure pâtissière ou les lubrifiants automobiles. Quand Vivo energy, distributeur exclusif de Shell en Guinée, cherche un distributeur, plusieurs candidats se pressent. Amadou Bah, bien qu’il soit le seul à ne proposer aucune garantie financière, décroche le contrat. Sa détermination, sa vision et sa stratégie l’ont emporté. « Les multinationales ont cet avantage qu’elles n’ont pas besoin du distributeur qui a de l’argent, elles cherchent juste le bon, celui qui sera le plus efficace pour vendre leur produit ».

… et une volonté indéfectible

L’air encore marqué par un brin juvénile mais les traits de son visage sont taillés à la serpe. Le regard, noir et fier, est posé sur un corps fin et musculeux. Il y a au fond des yeux d’Amadou une histoire… Sa vie a sans doute basculé un jour de mars 2007, alors qu’il n’a que quinze ans. La fin de règne de l’autocrate Lansana Conté est marquée par des affrontements. Des enfants tombent à Conakry. « J’ai vu deux de mes meilleurs amis mourir, raconte-t-il d’une voix posée et claquante. J’ai compris alors que chaque jour était une vie et que plus jamais je ne remettrai à demain ce que je pouvais faire aujourd’hui. A partir de là, je n’ai plus eu de complexes. La partie de moi qui avait peur a disparu… ».

Inutile de le dire, Amadou Oury Bah n’en a pas fini de son ascension. Son ambition dévorante, sa force de travail et son intelligence le mèneront sans doute bien plus loin. Il veut imiter ses modèles tels l’entrepreneur guinéen en bâtiment, Kerfalla Person Camara (GuiCoPres), le président sénégalais et ancien entrepreneur florissant Macky Sall ou encore l’homme le plus riche d’Afrique, le Nigérian Aliko Dangote. Mais encore faudrait-il, pour accélérer le mouvement, que les banques de son pays soient un peu moins frileuses. « J’ai besoin de120 000 euros pour donner une vraie impulsion à mon activité. Mais malgré tout ce que j’ai déjà accompli et les milliards de francs guinéens qui transitent par Intello Group, je n’en ai encore trouvé aucune banque pour me prêter cet argent ». Vous l’aurez compris, cet obstacle ne sera sans doute qu’un de plus qu’il arrivera à surmonter. Lui en tout cas, en est persuadé : « Je sais que j’ai fait le plus difficile. Partir de zéro et arriver jusqu’où j’en suis, c’était ça le plus dur ».

Décidément un jeune homme à suivre.

Amadou Oury Bah

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Par Julien Wagner

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